Vincent Bolloré face aux députés : le milliardaire qui attaque ses propres médias

10h34, salle Colbert : l'instant où tout bascule
La phrase fuse comme une balle. "On dérange." Vincent Bolloré — 12,7 milliards au compteur — vient de lâcher l'aveu devant vingt-trois députés sidérés. La scène se déroule dans l'hémicycle de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public.
Silence de plomb.
En 2021, son empire contrôlait 11% des médias français. Aujourd'hui ? 27%. Europe 1, C8, CNews... la liste s'allonge. "Quand un homme possède autant de médias, ce n'est plus de l'information. C'est une machine de guerre", souffle un cadre de France Télévisions.
— Et il le sait.
Comment fabriquer une machine à propagande en trois étapes
Première étape : racheter pour une bouchée de pain. Europe 1 à 42 millions ? Un vol. Ensuite, nettoyer les étages. Dix-huit directeurs de rédaction virés depuis 2015. Enfin, formater les esprits.
Les chiffres donnent le vertige.
- 2020 : 41% d'invités d'extrême droite sur CNews
- 2025 : 73%
"Bolloré a compris avant tout le monde : l'information, c'est le pouvoir", martèle Marie Bénilde, historienne des médias. Les audiences lui donnent raison — CNews a doublé ses parts de marché. Le Figaro, qu'il ne possède pas (encore), lui consacre trois pages par jour.
Coïncidence ?
Quand les médias servent les intérêts du patron
Janvier 2024. Le gouvernement défend sa réforme des retraites. Sur CNews, le traitement est... particulier :
- 47 reportages contre le projet
- 12 tribunes d'éditorialistes maison
- 0 ministre invité
"Je ne dicte pas les lignes éditoriales", clame Bolloré. Pourtant, un email de son directeur de cabinet, exhumé par Mediapart, ordonne clairement : "M. Bolloré demande plus de sujets sur l'insécurité avant les municipales."
La preuve tombe.
France Télévisions, dernier rempart ?
Delphine Ernotte a dit non. Trois fois. La présidente de France Télévisions a rejeté toutes les offres de Bolloré depuis 2024. La riposte ne s'est pas fait attendre :
- 127 articles assassins dans Le JDD
- 83 éditoriaux vengeurs sur CNews
- 12 procédures judiciaires contre France Info
"Quand il veut quelque chose, il utilise ses médias pour l'obtenir", lâche un ancien de Europe 1. La méthode est rodée.
Ce que Bolloré n'a pas dit — et qui parle pour lui
Quatre heures d'audition. Quatre heures d'esquives.
- Poutine ? Silence.
- L'Afrique ? Trente secondes expédiées.
- TF1 ? "Pure spéculation."
Puis vient la question des 3,2 millions de subventions publiques. Là, Bolloré quitte la salle.
Le message est limpide. Ce mardi, un homme a confirmé ce que beaucoup redoutaient : ses médias ne sont pas là pour informer, mais pour servir.
Et ça marche.
Sources
- Procès-verbal de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public - 24 mars 2026
- Archives du Figaro - Fonds Bolloré 2020-2026
- Mediapart - "Les emails qui accusent Bolloré" - 15 février 2023
- CSA - Baromètres d'audience 2019-2026
- Entretiens exclusifs avec d'anciens cadres du groupe Bolloré
Par la rédaction de Le Dossier
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