Bipolarité: le calvaire des malades abandonnés par la médecine

"Burnout" à la place de bipolarité
Lausanne, 1989. François s'effondre en pleine école hôtelière. "Je devenais une éponge émotionnelle, explosant pour un rien." Premier contact avec la médecine ? Catastrophique.
La policlinique lausannoise parle de burnout. Rien sur la bipolarité. On lui propose un choix surréaliste : "Dortoir ou chambre à deux ?" Huit jours de sommeil artificiel plus tard, il sombre dans une dépression d'un an. Et pourtant, personne ne fait le lien.
Le diagnostic correct viendra cinq ans après. Cinq ans. "C'est courant", lâche le Dr Philippe Nuss de l'hôpital Saint-Antoine. "La maladie se camoufle. Et nos médecins ? Mal formés."
Conséquence : 3000 suicides par an en France selon Argos 2001. Des morts qu'on pourrait éviter.
Médicaments : la roulette russe
Neuf hospitalisations. Neuf échecs thérapeutiques. De la Suisse aux Antilles, François découvre l'effrayante réalité des traitements bipolaires.
"La camisole chimique existe toujours." Il enchaîne les cocktails dangereux : neuroleptiques surdosés, antidépresseurs seuls — "la pire erreur" selon Nuss —, anxiolytiques en injections retard.
40% des dépressions résistantes cacheraient une bipolarité. Vous imaginez ? Quarante pour cent de diagnostics manqués. Et des vies saccagées.
Renaissance après deux décennies d'enfer
19 ans. Le temps qu'il a fallu à François pour stabiliser sa maladie. Comment ?
D'abord, les bons médicaments : "Lithium, anxiolytiques, neuroleptiques nouvelle génération — jamais d'antidépresseurs seuls." Ensuite, une vigilance de chaque instant : "Quand tout va trop bien, je m'alerte."
Aujourd'hui, il témoigne dans un livre écrit avec Juliette Lamballe : "Dans ma tête de bipolaire". Parce que personne ne devrait traverser ce calvaire seul. La preuve qu'on peut s'en sortir ? Le voilà.
Les oubliés du système : les familles
"J'ai insulté ceux que j'aimais. Dépensé des fortunes." François évoque ces proches broyés par sa maladie.
Les associations deviennent des refuges. Le système public ? Trop souvent absent. Une double peine pour ces familles qui tiennent bon malgré tout.
Urgence : former, dépister, accompagner
1 à 2% de Français concernés. Des diagnostics après dix ans d'errance. Des traitements qui tuent parfois.
"La formation des médecins est indigente", assène Nuss. Il faut des moyens. Des structures. Une vraie politique publique.
Parce qu'au bout du compte, il ne s'agit pas de statistiques. Mais de vies. —et de morts évitables.
Sources : Témoignage de François Luneau, Dr Philippe Nuss (hôpital Saint-Antoine), Fondation FondaMental.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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