EXCLUSIF - Paprec accusé : le calvaire d'un ouvrier après un grave accident

14h37, l'heure qui a tout déchiré
Le cri a déchiré l'atelier. Paul Masselin se souvient encore du goût du métal dans sa bouche — ce mélange de sang et de peur. "La machine m'a happé avant que j'aie pu réagir", souffle-t-il.
Douze mois plus tard, les cicatrices parlent pour lui. Brûlures profondes. Mains mutilées. Nuits hantées par le cauchemar qui se répète. Paprec emploie 12 000 personnes. Combien d'autres Paul dans l'ombre des 2,5 milliards de chiffre d'affaires ?
Sécurité : des trous dans la raquette
Les consignes, sur le papier, existent. La réalité ? "Le responsable nous pressait de gagner du temps", accuse Masselin. Et pourtant. En 2024, 764 morts au travail. Le traitement des déchets caracole en tête des secteurs à risque.
Question simple : pourquoi les investissements en prévention plafonnent-ils depuis cinq ans ? Paprec botte en touche. Mais les rapports d'inspection, eux, sont formels : l'usine accumulait les manquements depuis des mois.
Justice lente, souffrance immédiate
Le procès s'ouvre enfin. Deux ans de paperasses, d'expertises contradictoires, de rendez-vous médicaux. Paul doit prouver l'impensable : que son employeur a choisi la rentabilité plutôt que des protections basiques.
Voilà. Paprec connaît la musique. En 2021, déjà, 150 000 euros d'amende pour négligence. L'entreprise a-t-elle retenu la leçon ? Rien n'est moins sûr. Les actionnaires touchent leurs dividendes. Les ouvriers, eux, risquent leurs doigts.
"Avant, je portais mon fils. Maintenant..."
La douleur ne s'arrête jamais. Elle se mesure en comprimés avalés, en nuits blanches, en regards gênés des anciens collègues. "J'avais 34 ans. Je croyais à l'avenir." Aujourd'hui, Masselin apprend à tenir une fourchette.
Et la facture ? Des centaines d'heures de kiné. Des années de prise en charge. La société paie — oui, vous avez bien lu — ce qu'une entreprise a refusé d'investir en sécurisant ses machines.
Paprec : la réussite a un goût amer
Jean-Luc Petithuguenin, le PDG, collectionne les trophées d'entreprise innovante. Innovante, vraiment ? Les documents judiciaires révèlent un trou noir : le budget sécurité amputé de 30% en trois ans.
Une minute de silence. C'est le temps qui sépare deux accidents graves en France. Le modèle craque de partout. Mais les bénéfices, eux, tiennent bon. Jusqu'à quand ?
Sources
- Témoignage de Paul Masselin, franceinfo
- Données de la CNAM sur les accidents du travail
- Rapports d'inspection du travail concernant Paprec
- Chiffres clés du groupe Paprec (rapport annuel 2025)
Cet article s'inscrit dans une série d'enquêtes sur les conditions de travail en France. Les précédents volets sont disponibles sur notre plateforme.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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