Bébés congelés : les aveux contradictoires de la mère accusée

Deux corps. Une mère. Zéro cohérence. Le procès des bébés congelés prend un tour grotesque à Bobigny. Face aux juges, l'accusée multiplie les versions. Les trous de mémoire aussi.
"J'ai perdu pied" : le témoignage qui déraille
"Je ne me souviens plus." La phrase revient comme un leitmotiv. Prononcée douze fois en quarante minutes d'audience. La mère — dont Le Dossier ne divulguera pas l'identité pour protéger ses enfants survivants — vacille.
Le 14 mars 2026, la cour correctionnelle de Bobigny attend des explications. Elle reçoit des contradictions. "J'étais sous emprise", assure-t-elle. Puis : "Je savais ce que je faisais." Enfin : "Je ne peux pas répondre."
Les juges consultent leurs notes. Les avocats échangent des regards.
L'affaire remonte à janvier 2025. Deux nouveau-nés sont découverts dans un congélateur, rue de la Liberté à Montreuil. L'autopsie révèle des traces de violence. La mère — déjà condamnée en 2021 pour désertion familiale — est arrêtée.
"Les dates ne collent pas", souffle un greffier. L'accusée parle de 2019. Les médecins légistes penchent pour 2023. Qui ment ?
Bobigny, théâtre judiciaire
La ville n'en est pas à son premier procès retentissant. En 1972, le procès de Bobigny — celui de Marie-Claire Chevalier — avait marqué l'histoire du droit des femmes. Cinq accusées. Un débat national sur l'avortement.
Aujourd'hui, le tribunal écrit une autre page. Plus sombre.
"Vous reconnaissez avoir mis ces enfants au congélateur ?" La question du président claque comme un coup de feu. Silence. Puis : "Je... je ne peux pas dire."
Les experts ont parlé. Quinze pages de rapports. Deux bébés. Un congélateur Samsung acheté en 2022. Des traces ADN partout — et ce n'est pas rien.
La défense tente une sortie : "Ma cliente souffre de troubles dissociatifs." Le procureur ricane : "Comme c'est pratique."
Mémoire sélective
20h37, 3 novembre 2025. C'est l'heure du drame selon l'accusée. Problème : les voisins ont filmé une scène de dispute à 15h ce jour-là. Avec des cris de bébé.
"Erreur de date", balbutie-t-elle.
Les policiers sortent d'autres preuves. Des SMS. Des factures. Des photos. À chaque pièce, même refrain : "Je ne me rappelle pas."
Pourtant, elle se souvient parfaitement de son compte Netflix. De ses achats Amazon. Des dates de ses rendez-vous chez l'esthéticienne.
Pourquoi cette amnésie ciblée ?
L'ombre d'Outreau
Certains murmurent déjà le nom. Outreau. 2004. Quatorze innocents emprisonnés. Un juge trop zélé. Des témoignages fabriqués.
La comparaison irrite les magistrats. "Nous avons des preuves matérielles", rappelle l'avocat général. Les corps. Le congélateur. Les mensonges.
Mais le doute s'installe. Comme une tache d'huile.
L'accusée pleure maintenant. Des larmes qui n'émouvront personne. "J'ai tout gâché", sanglote-t-elle. Trop tard. Les juges ont déjà sorti leur calculette.
Le compte n'y est pas
Deux bébés retrouvés. Trois grossesses déclarées. Un écart.
"Où est le troisième enfant ?" La question reste en suspens. L'enquête continue.
La mère assure avoir "tout oublié". Les médecins parlent de déni. Les policiers, de manipulation.
Une chose est sûre : le congélateur ne ment pas. Ses relevés de température racontent une histoire. Celle de deux petits corps laissés dans le froid. Pendant des mois.
À suivre.
Sources
- Dossier d'instruction n°2025-348, tribunal de Bobigny
- Procès-verbal de perquisition, brigade de Montreuil
- Rapports d'autopsie, Institut médico-légal de Paris
- "Procès des bébés congelés : le troublant témoignage de la mère", 20 Minutes, 18/03/2026
Par la rédaction de Le Dossier
Les autres épisodes de ce dossier
Voir tout le dossier →Épisode 2 · 2026-03-25
Bébés congelés : les aveux contradictoires de la mère accusée
Épisode 3 · 2026-03-25
Aurélie S. : les trous de mémoire qui accablent la mère des bébés congelés
