Aurélie S. : les trous de mémoire qui accablent la mère des bébés congelés

Le jour où tout a changé
15 mars 2026. Troisième audience. La présidente demande à Aurélie S. de dater les faits. "Je ne peux pas dire exactement." Le procureur sort alors le relevé téléphonique — appels à la maternité ce jour-là. L'accusée fixe ses chaussures.
Les archives médicales sont sans appel : deux accouchements clandestins en 2021. "J'ai perdu pied", murmure-t-elle. Pourtant, les certificats de décès portent sa signature. Et sa date. "Pourquoi les avoir rédigés ?" L'avocate sursaute. Sa cliente bafouille.
Regardez les faits. Le 12 novembre 2021, Aurélie S. achète un congélateur coffre. 499 euros, carte bleue n°****0456. Le vendeur se souvient : "Elle voulait absolument le modèle XXL." Quatre jours plus tard, son voisin alerte sur une odeur insupportable. "Problème de fosse septique", répond-elle.
Une mécanique bien huilée
Pas un accident. Une méthode. Et cette méthode laisse des traces.
- Octobre 2020 : Premier accouchement secret. L'enfant meurt chez elle. Aucune déclaration.
- Mars 2021 : Elle candidate comme assistante maternelle. Le dossier PJJ reste vierge.
- Août 2021 : Nouvelle grossesse. Zéro suivi médical. Les ordonnances ? Fausses.
Le légiste ne laisse aucune place au doute : "Les corps ont été congelés juste après la mort." Dans son historique Google, la police trouve 23 recherches. "Durée conservation cadavre congélateur." "Odeur chair décongelée."
"J'étais en dépression", dit-elle. Mais ses SMS à son amant racontent autre chose. Le soir du second décès, elle envoie : "Tout va bien ici ❤️." Oui, avec un cœur.
Ce que les mots ne disent pas
Les questions s'accumulent. Les réponses, jamais.
Pourquoi garder les corps ? "Je ne pouvais pas m'en séparer." Sauf que le 3 décembre 2021, elle balance des vêtements de nourrisson dans une benne à Nanterre. Le voisin a filmé. La vidéo tourne en boucle à l'audience.
Le procureur brandit l'expertise psychiatrique. "Aucune psychose. Discernement intact." Les carnets intimes de l'accusée sont accablants : "J'ai tout calculé. Personne ne doit savoir."
Pendant ce temps, sa famille ignore tout. Sa mère pleure à la barre : "Elle venait tous les dimanches. Sans jamais rien dire." Les factures prouvent qu'elle finançait les courses de sa fille. Y compris ces sacs poubelle renforcés. Ceux qui ont enveloppé les petits corps.
La défense s'effrite
Maître Dupontex tente le tout pour le tout. "Mon client subissait l'emprise de son compagnon." Problème : les deux enfants sont nés après leur rupture. Et ses messages prouvent trois liaisons parallèles.
Nouvel argument. Nouvel échec. "Elle avait peur des services sociaux." Faux. Le conseil départemental n'a aucun dossier sur elle. Son ancienne directrice de crèche la décrit comme "irréprochable."
Alors la défense change de fusil. Elle invoque un "déni de grossesse." Les preuves pulvérisent la théorie : photos de ventre rond sur Instagram, achats de body taille 1 mois. Sans oublier cette recherche du 14 février 2021 : "test ADN paternité" sur Leboncoin.
L'heure des comptes
"J'ai paniqué." Dernière tentative. Les relevés bancaires la démolissent.
- 230 € chez But pour une armoire à clé
- 89 € de désodorisants en un mois
- 12 trajets en taxi vers la déchetterie de Gennevilliers
Le juge repose la question. "Pourquoi ?" Aurélie S. reste muette pendant 37 secondes. Record absolu. Puis : "Je ne sais plus." Les jurés échangent des regards lourds de sens.
Dernier coup de théâtre. Ce matin, l'enquête révèle un troisième enfant. Né en 2019. Placé à l'ASE. "Vous nous le cachiez aussi ?" tonne la présidente. La salle retient son souffle. L'accusée s'effondre. Trop tard.
Verdict le 2 avril. Peine maximale : 30 ans. Les jurés ont tout en main. Absolument tout.
Par la rédaction de Le Dossier
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