Hantavirus : Stéphanie Rist face au Parlement, les leçons du Covid en lambeaux

11 cas dans le monde, un mort, un Français en réanimation
Elle entre dans la salle, sourire de circonstance. Stéphanie Rist, ministre de la Santé depuis octobre 2025, sait que l’audition sera tendue. La veille, une conférence de presse, des questions au gouvernement. Mais rien n’avait préparé les députés à ce qu’ils allaient entendre.
Onze personnes contaminées par l’hantavirus souche des Andes. Toutes passagères du navire MV Hondu, un bateau de croisière parti d’Amérique latine. Cinq Français hospitalisés à Bichat. L’un d’eux, une femme de 52 ans, est en réanimation. Son état s’est dégradé pendant le vol retour. Les médecins l’ont branchée en urgence.
« Le taux de létalité dans les études est d’environ 32 % », annonce la ministre. Elle précise : « Ces patients étaient dans des zones rurales d’Amérique latine, sans forcément l’accès aux soins. » Une manière de relativiser. Mais les faits sont têtus : ce virus tue un tiers des personnes infectées. Il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique.
Le premier décès remonte à quelques jours. Un ornithologue hollandais, mort après avoir embarqué sur le Hondu. Sa femme, malade elle aussi, a pris un premier avion Saint-Hélène – Johannesburg avec huit Français à bord. Tous testés négatifs le 7 mai. Puis un deuxième vol vers Amsterdam. Quatorze autres Français étaient dans cet avion. « La personne est montée, mais elle était trop malade. Ils l’ont descendue », explique Rist. Trop tard : le contact avait eu lieu.
Résultat : 22 personnes hospitalisées par précaution. Cinq autres en isolement strict. Un décret pris le 10 mai, signé par le Premier ministre, prévoit des mesures de quarantaine jusqu’à 42 jours. Un arrêté ministériel oblige les malades à rester à l’hôpital. « On ne peut pas obliger des gens à rester », reconnaît Rist. Alors le gouvernement a forcé la main. La question juridique est posée : peut-on enfermer des personnes saines pour un risque incertain ?
Le spectre de 2020 : les mêmes phrases, les mêmes silences
« Il n’y a aucune raison de porter un masque. » Cette phrase d’Olivier Véran, le 29 février 2020, résonne encore dans les mémoires. Stéphanie Rist aurait-elle appris ? L’audition montre que non.
Le député Aurélien Rousseau (socialiste) a rappelé la chronologie. 12 janvier 2020 : la Chine partage la séquence génétique du Covid. 24 janvier : la ministre de l’époque affirme que « ça ne nous concerne pas ». 7 février : la DGS sort 800 000 masques des stocks. 25 février : consensus scientifique de Nature sur la pandémie. 29 février : Véran ment. 2 mars : l’OMS préconise dépister, tracer, isoler. 6 mars : Macron va au théâtre.
« Comment vous imaginez notre dialogue ? » a demandé Rousseau. Rist a répondu en décrivant les mesures de précaution prises pour le Hondu. Elle a parlé de « bulle de sécurité », de « coordination internationale », de « transparence ». Mais sur le fond, elle n’a jamais expliqué pourquoi les masques, les capacités de dépistage et les stocks n’avaient pas été renforcés après Covid.
Un député a cité le documentaire de France Info diffusé dimanche soir : l’Espagne a refusé d’accueillir le navire. Peur de l’impact touristique. La France a dû rapatrier ses ressortissants en urgence. « On ne peut pas les mettre tous sur un même bateau », a dit Rist. La réponse est trop courte. Où étaient les plans de contingence ? Pourquoi aucun port français n’était prêt à recevoir des passagers contaminés ?
Stocks de masques : le mensonge des 3 mois
« Le stock stratégique est suffisant pour trois mois de vague épidémique. » Stéphanie Rist l’a affirmé. Mais la Cour des comptes dit le contraire. Dans un rapport cité lors de l’audition, elle évalue à 750 millions le nombre de masques non mobilisables. Pourquoi ? Parce qu’ils sont périmés, mal stockés, inaccessibles.
La capacité nationale de production est de 2,6 à 3,5 milliards de masques par an. C’est ce que la ministre avance. Mais produire ne suffit pas : il faut distribuer, former, anticiper. Le Covid l’a pourtant montré. En 2020, la France a dû importer des millions de masques de Chine. Les stocks stratégiques étaient vides. Aujourd’hui, la Cour des comptes alerte : « Les mêmes erreurs se répètent. »
Le député Yannick Neuder (droite républicaine) a interrogé Rist sur les capacités de diagnostic. « Nos laboratoires peuvent-ils réaliser les PCR spécifiques pour la souche des Andes ? » La ministre a répondu oui, via le Centre national de référence sur les fièvres hémorragiques virales. Mais elle n’a pas donné de chiffres. Combien de tests par jour ? Combien de laboratoires équipés ? Où sont les stocks de réactifs ?
Les questions sont restées sans réponse.
Outre-mer : les oubliés de la stratégie sanitaire
Karine Lebon, députée de La Réunion (apparentée communiste), a posé les bonnes questions. « Nos outre-mer ne sont pas seulement des territoires éloignés de l’Hexagone. Ils ont des frontières sanitaires actives. » La Réunion est connectée à Madagascar, Maurice, Mayotte, l’Afrique Australe. La Guyane partage une frontière terrestre avec le Brésil. La Guadeloupe et la Martinique sont dans l’espace caribéen.
« Existe-t-il un protocole propre aux outre-mer pour l’alerte sanitaire ? » a-t-elle demandé. Rist a répondu par l’évocation des réunions interministérielles et de l’ARS. « Je vois les directeurs d’ARS presque quotidiennement. » Mais aucun plan spécifique n’a été présenté. Aucune mesure de contrôle aux points d’entrée. Aucun stock dédié dans les territoires ultramarins.
« Qui décide, à quel moment et selon quel critère du renforcement des contrôles sanitaires ? » La ministre a esquivé : « À ce jour, la question ne se pose pas puisqu’il n’y a pas de cas identifié. » Une logique d’attente, pas d’anticipation. C’est exactement ce qui a échoué en 2020.
Le député Michel Lozano (ou Lozan, nom incertain) a insisté sur la vulnérabilité des territoires ultramarins face aux zoonoses. L’hantavirus est lié aux rongeurs. À La Réunion, la leptospirose fait déjà des ravages. Mais aucun programme de surveillance épidémiologique des rongeurs n’est coordonné avec les pays voisins. La France est membre de la Commission de l’océan Indien. Mais elle n’a pas activé cette coopération.
Retenez ce détail : le virus a été décrit dans les années 1990. Des clusters familiaux en Amérique latine. Une transmission interhumaine connue. Et pourtant, la France n’avait aucun plan pour un cas importé.
Communication de crise : transparence ou opération de com’ ?
« Je suis très attachée à cette commission », a dit Rist en ouverture. Puis elle a déroulé son discours : transparence, coordination, principe de précaution. Les députés n’ont pas été dupes.
Le député Thomas Ménagé (RN) a souligné le décalage entre les annonces rassurantes et la réalité des stocks. « Hier, vous avez dit que tout allait bien. Aujourd’hui, on apprend que 750 millions de masques ne sont pas utilisables. » Rist a répondu par la production nationale. Mais le chiffre de la Cour des comptes est resté en suspens.
La ministre a annoncé des réunions quotidiennes avec le Premier ministre, des conférences de presse, des communiqués. Pourtant, le documentaire France Info a révélé que l’Espagne avait refusé le navire sans que la France n’intervienne. « On a su très vite », assure Rist. Mais pourquoi n’a-t-on pas informé les passagers avant leur départ ?
Un autre sujet brûlant : les fake news. Aurélien Rousseau a demandé où en était le travail avec l’Ordre des médecins pour lutter contre la désinformation. Rist a répondu : « J’étais ce matin avec l’ensemble des professionnels de santé, syndicats et ordre. » Mais elle n’a donné aucun résultat concret. Pas de sanction annoncée contre les médecins qui propagent des fausses informations.
Le climat politique est tendu. La droite républicaine a appelé à « raison garder ». La gauche a dénoncé l’absence de contrôle parlementaire. « Dès août 1914, le général Joffre était toutes les semaines devant le Parlement », a rappelé Rousseau. Il a proposé que la ministre rende compte à chaque commission pendant la durée du décret. Rist a botté en touche : « Je viendrai devant chaque commission demandée. »
Une alerte mondiale, mais des réponses nationales
L’OMS a donné l’alerte le 3 mai. C’est une avancée, reconnaît Rist : « Par rapport à la pandémie Covid, très tôt tous les pays ont eu l’information. » Mais la coordination européenne reste balbutiante. La France a pris un décret unilatéral. Pas de protocole commun sur la durée de quarantaine, la définition des cas contacts, la traçabilité.
« Cet après-midi, je rencontre mes homologues européens », a annoncé la ministre. Mais elle n’a pas précisé les points concrets à l’ordre du jour. Le député Neuder a insisté : « Quels sont vos objectifs pour harmoniser les pratiques ? » Rist a parlé de « principe de précaution » et de « poids de la France à l’OMS ». Rien de plus.
Le virus n’a pas muté, selon les premières analyses. Mais les résultats définitifs ne sont pas encore connus. « Il faut analyser toute la séquence génétique », a expliqué Rist. « On aura la certitude dans les jours qui viennent. » Si le virus a muté, la transmission pourrait être plus facile. Les mesures actuelles seraient alors insuffisantes.
Et pourtant. La ministre a conclu sur une note rassurante : « Le virus ne diffuse pas. » Une phrase qui rappelle étrangement le « ça nous concerne pas » de janvier 2020.
Sources
- Audition parlementaire de Stéphanie Rist (commission des affaires sociales) – transcript intégral
- New England Journal of Medicine – étude sur la transmission interhumaine de l’hantavirus souche Andes
- Rapport de la Cour des comptes sur la gestion des stocks stratégiques de masques (2025-2026)
- OMS – alerte du 3 mai 2026 concernant le navire MV Hondu
- France info – documentaire « Le navire fantôme de l’hantavirus » (diffusé le 10 mai 2026)
- Académie de médecine – courrier au gouvernement préconisant six semaines d’isolement pour les cas contacts
- Wikipedia – biographie de Stéphanie Rist, ministre de la Santé depuis le 12 octobre 2025
- Boursorama – article sur le déficit des hôpitaux publics estimé entre 2,6 et 2,8 milliards d’euros fin 2025
- Le Monde – article « “Il n’y a aucune raison de porter un masque” : les déclarations de Véran en 2020 »
- Huffington Post – article sur « l’inquiétude qui grandit » autour de l’épidémie d’hantavirus
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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