Attentat de Nice : les repérages minutieux du tueur du 14 juillet

22h32, le 14 juillet 2016. Un camion de 19 tonnes monte sur le trottoir de la promenade des Anglais. Devant lui : 25 000 personnes. Le feu d'artifice de la fête nationale vient de s'achever. En quatre minutes trente, le conducteur parcourt près de deux kilomètres, fauchant tout sur son passage. Le Monde a reconstitué l'attentat, de la préparation au dénouement.
Les faits
Commençons par le commencement. Ce soir-là, Mohamed Lahouaiej Bouhlel n'est pas un inconnu pour la police. Mais il n'est pas fiché comme terroriste. Pourtant, d'après la reconstitution du Monde, l'homme a préparé son passage à l'acte avec une méthode glaçante.
Le 11 juillet 2016, il se rend dans une agence de location à Saint-Laurent-du-Var. À 9h, il quitte l'agence au volant d'un camion. Moins d'une demi-heure plus tard, le véhicule est filmé sur la promenade des Anglais. Il monte sur le trottoir, y effectue des manœuvres, repart en sens inverse. Le lendemain, il est de nouveau présent sur place.
« Sur la promenade des Anglais, il y a des pergolas. Il a mesuré la hauteur des pergolas pour voir s'il pouvait passer sous les pergolas », explique la vidéo du Monde. « Il s'est assuré de pouvoir éventuellement passer avec son camion sur les trottoirs. »
Le futur terroriste repère aussi les lieux à vélo. En moins de quatre jours, il se rend sur la promenade des Anglais à une quinzaine de reprises — dont dix fois avec le camion. « Quand on met ça en relation avec ce qui va se passer ce soir-là, on se dit : "tiens, on a manqué quelque chose" », confie un témoin dans le documentaire.
Le 14 juillet, l'homme retourne sur place à pied. Il se prend en photo à plusieurs reprises alors que les festivités débutent. Vers 21h30, il récupère son camion. Direction le centre-ville. « Il va disparaître pendant 45 minutes environ. On ne sait pas s'il a rencontré quelqu'un, s'il s'est mis en attente. Mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est que je pense qu'il a attendu le moment le plus propice où il pouvait se douter qu'il y aurait le plus de monde vulnérable sur la promenade des Anglais », analyse la source.
À 22h32, le camion arrive. Dans la cabine, un pistolet semi-automatique et plusieurs armes factices. Devant lui, la foule. « Il y avait beaucoup de familles, beaucoup d'enfants, il y avait de la musique, il y avait des concerts, il y avait même des stands à bonbons, c'était vraiment la fête, la fête nationale », se souvient un témoin.
Le terroriste grimpe sur le trottoir et commence à percuter des spectateurs. En une minute, le camion parcourt environ 1,5 km — soit une vitesse de près de 90 km/h. « Je vois un camion arriver comme ça. Arrivé à ma hauteur, je vois qu'il tourne parce qu'il vient en zigzaguant. Tous les gens qui étaient devant moi se sont fait happer par le camion », raconte un rescapé.
Une minute et huit secondes après le début de l'attaque, le camion arrive face à une pergola. Il retourne sur la chaussée pour la contourner, puis remonte immédiatement sur le trottoir. « Il va cibler à un moment une confiserie ambulante autour de laquelle, évidemment, s'affairent des familles avec de jeunes enfants. On voit des choses qui sont abominables, on voit des corps rouler sous le camion, ce genre de choses », décrit la vidéo.
Un homme en scooter tente de s'interposer. « Je ne suis pas très loin derrière, je le suis, mais l'idée, c'est de jeter mon scooter sous les roues. Je jette mon scooter, donc automatiquement, je tombe. Derrière, je suis obligé de courir pour le rattraper. »
À 22h39, environ trois minutes après le début de l'attaque, le camion ralentit. « En franchissant les terre-pleins, il a mis à mal son embrayage et donc il va être stoppé net dans son élan », explique la reconstitution. Un témoin monte à la cabine : « Je frappe de toutes mes forces pour que ça s'arrête jusqu'à ce que la police arrive. »
Le camion est touché par 61 tirs. Douze balles atteignent Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Il meurt. Il est 22h37. En un peu plus de quatre minutes, le terroriste a parcouru près de 2 km.
Le contexte
Qui était Mohamed Lahouaiej Bouhlel ? La vidéo du Monde dresse le portrait d'un homme perturbé, violent, mais pas radicalisé — du moins pas au sens où l'entendent les services de renseignement.
Cinq ans plus tôt, trois policiers se présentent au douzième étage d'un immeuble du nord de Nice. Son épouse a rappelé la police. Elle dénonce les violences quotidiennes de son mari, ses coups de poing après des reproches futiles. Une médiation est organisée. L'affaire est classée sans suite.
Trois ans plus tard, la même femme se présente dans ce commissariat de police. Elle raconte que quelques jours plus tôt, son mari l'a aspergée de vin et lui a uriné dessus. Plus tard, il aurait déféqué dans la chambre. L'homme aurait aussi poignardé la peluche de leurs enfants en déclarant qu'il ne comptait pas s'arrêter là.
« Mohamed Lahouaiej Bouhlel, on va dire que c'est une personnalité, un profil psychologique perturbé », analyse la source. « C'était quelqu'un qui avait beaucoup de frustration et je pense qu'il avait besoin de trouver une raison d'être à son existence, de faire parler de lui. »
Convoqué par la police, l'homme disparaît. Près de deux ans plus tard, il se présente finalement au commissariat. Il nie tout et repart libre.
Mais à ce moment-là, il a autre chose en tête. Le 3 juillet, il effectue plusieurs recherches sur internet : « Vidéo choc, âme sensible s'abstenir », « Horrible accident mortel », « Terrible accident ». Le lendemain, ses recherches se concentrent sur la location de camions. Sur son ordinateur, il conserve des vidéos de combat, d'accidents de la circulation ou d'exactions commises par des djihadistes.
« C'est assez perturbant en réalité parce que ce n'est pas véritablement la figure classique du terroriste. C'est quelqu'un qui n'est pas radicalisé, en tout cas qui n'est pas connu pour radicalisation. Il ne va pas à la mosquée, il n'est pas particulièrement religieux, il mange du porc, il boit de l'alcool, il a une vie sexuelle plutôt débridée », précise la vidéo.
Dans son téléphone, il conserve aussi autre chose. De nombreuses photos prises sur la promenade des Anglais l'été précédent, en 2015.
Le Dossier
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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