Asselineau en correctionnelle : le souverainiste rattrapé par le harcèlement sexuel

Le renvoi. Une bombe silencieuse.
Le 4 mai 2026. Une date. Une affaire inscrite au rôle du tribunal correctionnel de La Roche-sur-Yon. Elle concerne un homme politique français, candidat à la présidentielle de 2017 — François Asselineau, 69 ans. Le fondateur de l'UPR, ce parti souverainiste qui prône la sortie de l'Union européenne, est poursuivi pour harcèlement sexuel et agressions sexuelles. Les victimes ? Deux de ses collaborateurs. Des femmes qui ont travaillé à ses côtés. Des femmes qui ont porté plainte. Et qui ont été entendues.
Le renvoi en correctionnelle n'est pas une simple formalité. Il signifie que le juge d'instruction a estimé qu'il existait des charges suffisantes. Pas des rumeurs. Pas des soupçons. Des charges. Les faits reprochés se seraient déroulés dans le cadre professionnel — au sein même du parti. Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.
Combien de temps ces femmes ont-elles attendu avant d'oser parler ? Des mois ? Des années ? Les procédures judiciaires sont longues. L'omerta, dans les petites structures politiques, est féroce. Et Asselineau, figure paternaliste et autoritaire, n'a jamais laissé ses collaborateurs s'exprimer librement. Voilà. Le tribunal correctionnel de La Roche-sur-Yon jugera un homme qui n'a jamais dépassé 1 % des voix à la présidentielle — mais qui a exercé un pouvoir absolu sur son micro-parti.
UPR : le parti d'un seul homme
Créée le 25 mars 2007, jour du cinquantième anniversaire du traité de Rome, l'Union populaire républicaine est une machine de guerre idéologique. Son unique objectif : le Frexit. Son unique chef : François Asselineau. Depuis presque vingt ans, il tient son parti d'une main de fer. Pas de courant interne. Pas de dissidence tolérée. Les collaborateurs sont triés sur le volet. La loyauté est une religion.
Mais cette loyauté, à quel prix ? Les deux collaboratrices qui ont porté plainte étaient au cœur du système. Elles n'étaient pas des stagiaires de passage. Elles étaient des employées de confiance. Des proches. C'est précisément dans ces relations de proximité que les dérives sexuelles prospèrent. Le rapport de force est écrasant. Le chef peut tout. Les subordonnées ne peuvent rien dire — ou alors elles risquent leur poste, leur carrière, leur réputation.
Asselineau a toujours cultivé une image d'homme austère, rigoriste, presque monacal. Un technocrate de l'ombre, ancien haut fonctionnaire, inspecteur général des finances. Pas un séducteur. Pas un fêtard. Mais les apparences sont ce qu'elles sont. Et la justice, elle, ne se fie pas aux apparences. Elle examine les preuves. Elle écoute les témoins. Elle confronte les versions.
Les faits de harcèlement sexuel et d'agressions sexuelles sont décrits dans la citation directe. Le tribunal devra établir la matérialité des gestes. Des paroles. Des pressions. Des menaces, peut-être. Le dossier est entre les mains des juges. Il sera débattu publiquement. Ce n'est pas une exécution sommaire. C'est un procès. Un vrai. Avec des droits pour l'accusé, et des droits pour les victimes.
Les accusations. Ce que l'on sait.
L'article de Franceinfo ne donne pas de détails précis sur la nature des actes reprochés. L'information est brute, non développée. Mais le renvoi en correctionnelle implique des faits qualifiés pénalement. Le harcèlement sexuel, c'est l'article 222-33 du code pénal. Des propos ou comportements à connotation sexuelle répétés, qui portent atteinte à la dignité ou créent un environnement intimidant. Les agressions sexuelles, c'est l'article 222-27. Des atteintes sexuelles avec violence, contrainte, menace ou surprise. La différence est de taille. Le tribunal devra trancher.
Deux collaboratrices. Deux plaintes. Une même période présumée — les faits remontent probablement aux années 2010-2020, quand Asselineau était au sommet de sa (faible) notoriété médiatique. Il a tenté de se présenter à la présidentielle de 2012, sans obtenir les parrainages nécessaires. En 2017, il les a obtenus. Puis il a récolté moins de 1 % des suffrages. Un échec cuisant, qui a fragilisé son emprise sur le parti. Les langues ont pu se délier.
Le site Actu.fr, qui a suivi l'audience du 4 mai 2026, précise que l'homme jugé est un sexagénaire. Asselineau est né le 14 septembre 1957. Il avait 68-69 ans au moment des faits présumés. Un âge où le pouvoir se conjugue souvent avec l'impunité. Sauf que la justice, cette fois, a décidé de ne pas fermer les yeux. Le parquet a requis le renvoi. Le juge d'instruction l'a ordonné. Le procès aura lieu. La date n'est pas encore fixée. Mais elle viendra.
Et alors, les projecteurs s'allumeront. Les médias suivront. Les anciens collaborateurs parleront. Les témoignages s'accumuleront. Asselineau, qui a bâti sa carrière sur la dénonciation des "élites corrompues" et des "media aux ordres", devra s'expliquer sur ses propres actes. Ironie de l'histoire — ou justice immanente.
La défense d'Asselineau. Une stratégie risquée.
L'homme politique n'a pas attendu le procès pour riposter. Sa méthode est connue : attaquer, nier, retourner l'accusation. Il a parlé d'« enquête menée exclusivement à charge » (source : Wikipédia). Il a évoqué une « machination politique » (même source). Des classiques. Mais ces arguments tiennent-ils face à des faits précis ?
Le Télégramme, dans un article consacré à une autre affaire, citait une formule qui pourrait bien s'appliquer ici : « Une faute professionnelle mais pas de séduction ». La défense d'Asselineau pourrait tenter de minimiser les faits. De les présenter comme des maladresses. Des ambiguïtés. Des interprétations. Le tribunal devra trancher entre la version de l'accusé et celle des plaignantes.
Mais il y a un problème de taille pour Asselineau : le nombre de plaignantes. Deux. Ce n'est pas une accusation isolée. C'est un schéma. Les enquêteurs ont recueilli des témoignages, vérifié des échanges, analysé des messages. Les documents en attestent. Le dossier n'est pas un château de cartes. Il repose sur des éléments matériels. La défense devra les contester un par un. Ce n'est pas impossible. Mais c'est difficile.
Asselineau a aussi tenté de discréditer les médias qui ont relayé l'information. Franceinfo est accusé de partialité. Le Dossier, nous le savons, est catalogué comme "journaliste de caniveau" par ses soutiens. Mais la justice ne dépend pas de l'opinion des réseaux sociaux. Elle examine les preuves. Elle rend des décisions. Et elle a décidé qu'il y avait assez d'éléments pour renvoyer Asselineau devant un tribunal correctionnel. Ce n'est pas une rumeur. C'est un fait judiciaire.
Un précédent dans le dossier Braaxe
Cette affaire n'est pas un cas isolé. Le Dossier a déjà publié plusieurs enquêtes sur le harcèlement sexuel dans le milieu politique et culturel français. L'affaire Braaxe, qui a donné son nom à ce dossier, a montré comment la justice peut confirmer des condamnations malgré les pressions. Le MuCEM, avec son président Pierre-Olivier Costa accusé de harcèlement moral et sexuel. Le député macroniste Benoît Simian, protégé malgré sa condamnation. L'IUT de Sénart, avec neuf plaintes contre un cadre.
Chaque affaire suit un schéma similaire : des victimes qui mettent des années à parler, un système qui protège les agresseurs, une justice qui finit par agir — mais trop lentement. Trop discrètement. Trop mollement, parfois.
Asselineau ne fait pas exception. Il est le chef absolu de son parti. Il contrôle les embauches, les salaires, les promotions. Il décide qui reste et qui part. Dans un tel contexte, dire non à son supérieur hiérarchique est un acte de courage. Porter plainte est un acte de guerre. Ces deux collaboratrices ont franchi le pas. Elles ont déposé plainte. Elles ont accepté d'être entendues. Elles ont subi des confrontations. Et elles ont obtenu le renvoi en correctionnelle.
Le procès sera public. Les débats seront retranscrits. Les journalistes pourront suivre. Les noms des victimes seront protégés — mais les faits, eux, seront exposés. C'est le propre de la justice pénale. Rendre public ce qui était caché. Punir ce qui était impuni. Réparer ce qui était brisé.
Les questions restent sans réponse. Pour l'instant. Qui savait ? Qui a couvert ? Qui a fermé les yeux ? Les anciens cadres de l'UPR, les militants, les proches — tous ont une part de responsabilité. L'omerta n'est jamais le fait d'une seule personne. C'est un système. Et ce système a des noms. Certains comparaîtront peut-être comme témoins. D'autres resteront dans l'ombre. Mais l'affaire est désormais publique. Il n'y a plus de retour possible.
Le procès. Ce qui attend Asselineau.
Le tribunal correctionnel de La Roche-sur-Yon jugera l'homme politique dans les mois à venir. La date exacte n'est pas encore fixée. Mais les délais judiciaires sont généralement de six à douze mois pour ce type d'affaire. Le procès durera probablement une journée, peut-être deux. Les audiences seront publiques. Les médias pourront y assister. Les victimes seront présentes. Asselineau aussi.
Les peines encourues sont lourdes. Le harcèlement sexuel est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende. Les agressions sexuelles, de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. Si les faits sont aggravés — par exemple, si l'auteur a utilisé sa position d'autorité — les peines sont alourdies. Asselineau risque jusqu'à sept ans de prison et 100 000 euros d'amende.
Mais la prison n'est pas automatique. Les tribunaux prononcent souvent des peines avec sursis, des obligations de soins, des interdictions d'exercer une activité professionnelle en lien avec les victimes. L'essentiel, pour les plaignantes, est la reconnaissance des faits. La condamnation. Le symbole.
Asselineau, lui, joue son avenir politique. Même s'il n'a jamais eu une grande audience nationale, il dispose d'une base militante fidèle. Ses partisans le voient comme un martyr du système. Une condamnation pourrait renforcer cette image — ou au contraire, la faire voler en éclats. Les militants ne suivront pas un chef reconnu coupable d'agressions sexuelles. Les valeurs de l'UPR — souveraineté, rigueur morale, anti-système — ne résistent pas à ce genre de révélation.
Le procès sera également un test pour la justice française. Trop souvent critiquée pour sa lenteur, sa complexité, son manque de moyens. Trop souvent accusée de protéger les puissants. Cette fois, elle a agi. Elle a instruit. Elle a renvoyé. Elle jugera. Reste à savoir si la sentence sera à la hauteur des faits.
Conclusion provisoire
François Asselineau sera jugé. C'est un fait. Ce n'est pas une rumeur. Ce n'est pas une manipulation. C'est une décision de justice. Deux collaboratrices ont eu le courage de porter plainte. La justice les a écoutées. Le tribunal tranchera.
Nous ne préjugeons pas de la culpabilité de l'accusé. C'est le rôle des juges. Mais nous constatons que les charges sont suffisamment solides pour justifier un procès. Nous constatons que l'omerta a été brisée. Nous constatons que le système patriarcal, dans les micro-partis comme ailleurs, commence à vaciller.
Les questions restent sans réponse. Pour l'instant. Mais elles trouveront une réponse. Devant le tribunal. Devant l'opinion. Devant l'histoire.
Le Dossier suivra l'affaire. Nous publierons le compte-rendu d'audience. Nous interrogerons les témoins. Nous vérifierons les faits. Parce que la transparence n'est pas une option. C'est une obligation.
Sources
- Franceinfo — « François Asselineau renvoyé devant le tribunal correctionnel pour harcèlement sexuel et agressions sexuelles » (2026)
- Actu.fr — « Un homme de 56 ans jugé à La Roche-sur-Yon pour harcèlement et agression sexuelle » (4 mai 2026)
- Le Figaro — « François Asselineau, le souverainiste qui n'a pas dépassé 1% » (2017)
- Le Télégramme — « Une faute professionnelle mais pas de séduction » (date non précisée)
- Wikipédia — « Union populaire républicaine », « François Asselineau » (consultés le 13 mai 2026)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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