Anne Mostar : 7 procès, 45 000 € de frais, la lanceuse d’alerte ciblée

45 000 euros. C’est ce qu’Anne Mostar doit à son avocat. Sept procès en diffamation, un burnout en 2020, des comptes Instagram suspendus par une utilisation abusive des droits d’auteur. Voilà le prix de la parole.
Anne Mostar y détaille les mécanismes de silenciation qui frappent les lanceuses d’alerte, les agressions, les menaces, les procédures-bâillons. Elle a créé le compte « Balance Agency » en 2020, après un effondrement professionnel.
« Une envie de mourir »
Anne Mostar travaillait depuis plus de dix ans dans la publicité — chez Publicis, puis dans des agences plus petites. En février 2020, elle fait un burnout. « J’ai eu très envie de mourir, clairement », dit-elle dans l’interview. Pendant six mois, elle se reconstruit. Et dans son canapé, un soir, elle crée un compte Instagram. Le nom est trouvé : « Balance Agency ».
Le lendemain, 2 000 abonnés. Deux jours plus tard, 20 000. « Il y avait un besoin de prendre la parole », explique-t-elle. Les témoignages affluent, racontent des faits de harcèlement sexuel, d’agressions, voire de viols. Le milieu de la pub — alcool, drogue, culture du « tout est permis » depuis les années 1980 — est pointé du doigt. Le compte devient une safe place, mais aussi une cible.
Très vite, les pressions commencent. Un ancien employeur l’attaque en diffamation. Son identité, qu’elle avait gardée secrète, est divulguée. « J’ai appelé un journal pour dévoiler mon identité moi-même », raconte-t-elle. Elle sort de l’anonymat, contrainte et forcée.
45 000 € d’avocat, sept procès
Sept procès en diffamation. Le coût total des procédures — honoraires non remboursés — atteint 45 000 euros. « C’est une vraie volonté de m’atteindre financièrement, et moralement », dit-elle. Les agences visées ne se remettent pas en question. « Le problème, c’est ceux qui dénoncent », résume-t-elle. Certaines, rares, ont entamé une réflexion interne, publié des articles dans la presse spécialisée.
Un cas emblématique : le groupe Avas. En 2022, Mediapart publie un article de dix pages qui révèle des pratiques d’achat de silence. Des victimes de viol signent des clauses de confidentialité contre des chèques pouvant atteindre 200 000 euros. La justice, elle, suit son cours lent. Des propos tenus par Anne Mostar en 2020 ne seront jugés qu’en 2026. « La justice n’est pas très rapide », constate-t-elle.
Mais les procès ne sont pas la seule arme. Il y a aussi les techniques numériques.
Faux followers, suspensions, droits d’auteur détournés
Quelqu’un achète des faux followers pour faire sauter le compte. Un humoriste influent — nommé Rial — utilise à trois reprises la procédure de violation de droits d’auteur pour faire supprimer des vidéos critiques. Selon la source, il a menacé le youtubeur Mousse et banni deux humoristes des Comedy Club.
L’affaire Merwan et la violence dans la cuisine
Selon la source, Anne Mostar a reçu des messages privés insultants et menaçants de Merwan, chef pâtissier et candidat de Top Chef. Elle a publié le message. Des témoignages ont afflué, et une enquête de l’OPS a été ouverte. Elle a estimé ne pas maîtriser suffisamment le secteur et a confié les témoignages à une journaliste spécialisée, Nora Boisonni. Selon la source, le secteur culinaire français normalise les abus. Un phénomène documenté par d’autres comptes, comme « Jeudi Chef » de Camille Montcarnel.
Un sketch, une procédure, un procès
L’humoriste Rial a composé un sketch de dix minutes sur Anne Mostar. Des spectateurs ont filmé la scène, les vidéos ont été remises à son avocate. Un procès en diffamation est programmé, Anne Mostar étant attaquée aux côtés de l’humoriste Florence Mendz. Selon la source, Rial se présente comme féministe mais attaque des comptes féministes et traite de « folle » et d’« hystérique » les femmes qui le critiquent.
L’impasse des institutions et le recours à Instagram
Selon la source, les canaux classiques — RH, CSE, syndicats, médecine du travail — ne protègent pas toujours les victimes. Instagram devient un recours, un espace de parole, mais expose aussi à des représailles. Elle cite un baromètre de l’ACC (syndicat patronal des agences de pub) et une enquête Caï Social Ipsos de 2022 sur le harcèlement au travail.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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