Dette à 117% : le Sénat accuse, le gouvernement esquive

Le gouvernement réunissait un comité d'alerte des finances publiques. Parlementaires, élus locaux, experts — tous convoqués pour constater les dégâts. Mais pour Jean-François Husson, sénateur LR et rapporteur général de la commission des finances, le diagnostic est connu depuis longtemps. « La France est un malade chronique », lance-t-il. « On est à l'hôpital dans le secteur des grands brûlés. »
Un malade chronique
La dette française a augmenté de 18 points depuis 2019. Chez les partenaires européens, la hausse est de 2,5 à 4,5 points. « Notre dette a augmenté entre 4 et 7 fois plus vite », calcule Husson. « La médaille d'or de l'endettement public, je n'en veux pas. »
« Ce n'est pas des crises », corrige-t-il. « La France est un malade chronique. »
Le Sénat avait raison
Il y a trois ans, la majorité sénatoriale avait voté 7 milliards d'euros d'économies. « Ça ne s'était jamais fait », insiste Husson. Bruno Le Maire, alors ministre de l'Économie, avait balayé la proposition : « Tout ça, ce n'est rien. Ce sont de fausses économies. »
Aujourd'hui, le Sénat demande 12 milliards d'économies supplémentaires pour 2026. 6 milliards déjà annoncés par le gouvernement, plus 6 autres réclamés par Gérard Larcher, président du Sénat. « Le budget que nous avons adopté n'était pas un bon budget », constate Husson. « Il faut que le gouvernement aille piocher et imposer contre l'avis du Parlement. »
Le gouvernement utilise la technique du gel et du surgel. Sans passer par la loi. « La Constitution permet une souplesse jusqu'à un peu plus de 12 milliards », reconnaît le sénateur. « Mais il eut été préférable que la représentation nationale soit saisie. »
La facture des crises
La guerre en Iran et la fermeture du détroit d'Ormuz ont fait flamber le prix de l'essence. Résultat : les recettes fiscales liées au carburant ont baissé de 80 millions d'euros sur les six premiers mois de 2026, selon le ministère des Comptes publics.
Dans le même temps, l'État a dû soutenir les ménages et les entreprises : 1,4 milliard d'euros d'aides, soit 50 fois moins qu'en 2022-2023. « C'est un changement de doctrine ? », interroge la journaliste. « C'est une autocritique, oui », répond Husson.
S'ajoutent les coûts militaires — nos forces armées sont déployées sur toute la zone — et le ralentissement économique. Moins de consommation, moins de recettes de TVA.
Et les canicules : fermetures d'écoles, aides d'urgence pour les éleveurs, transports perturbés, chômage partiel. « Notre agriculture est en grande souffrance », alerte Husson. La balance commerciale agricole est devenue déficitaire. « Ce qui faisait le fleuron du commerce extérieur est aujourd'hui en grande difficulté. »
13 000 fortunes sans impôt
Le débat budgétaire 2027 s'annonce explosif. Avec une question centrale : qui doit payer ?
Le MEDEF propose 44 milliards d'euros d'économies. Le Sénat en proposait un peu moins l'an passé.
Mais il y a aussi le sujet des recettes. Le Premier ministre Sébastien Lecornu est favorable à une idée inspirée par le prix Nobel Philippe Aghion : forcer les grandes fortunes à investir dans l'économie sous peine de forte imposition, une alternative à la taxe Zucman.
« On connaît mal la richesse, les grands patrimoines, les très hauts revenus », répond Husson. « Il faut déjà commencer par là. »
Le sénateur a mené un travail avec Claude Rénal sur le sujet. Leur constat : plus de 13 000 fortunes françaises ne paient pas d'impôt sur le revenu. « Il faut comprendre ce qui se passe », explique Husson. « Quand vous ne payez pas d'impôt sur le revenu, il faut donner la vérité des prix sur les autres impositions. »
Pas de chasse aux riches, prévient-il. « On ne va pas chasser les riches plus que les pauvres. » Mais un effort partagé, oui. « Les Français attendent que chacun fasse un effort, mais il faut que tout le monde le fasse en même temps. »
Collectivités sous pression
Jean-François Debas, maire socialiste de Bourg-en-Bresse et président du comité des finances locales de l'Association des maires de France, est en première ligne. Son constat : « Depuis huit ans, 40 milliards de suppressions d'impôts ont été votés. » 24 milliards de taxe d'habitation, 15 milliards d'impôts économiques en 2021. « Nous estimons qu'il faut regarder ce qui a été retenu aux collectivités territoriales. »
Aujourd'hui, le gouvernement dit : « Je ne vais plus pouvoir vous compenser, ça coûte trop cher. » Résultat : les collectivités s'endettent. « Comme en 2025, notre endettement va finir par augmenter », prédit Debas. « Les ponctions ont été tellement puissantes qu'elles n'ont pas pu être compensées par des baisses de dépenses. »
Les investissements, eux, continuent. Bus électriques commandés il y a deux ans, livrés en 2026. « On a tassé nos recettes, mais on a quand même investi. » Et à la fin, l'endettement augmente. « C'est une politique qui n'a pas de sens. »
Husson reconnaît l'effort des collectivités. « Au Sénat, on s'est battus pour que l'effort soit moindre. » Mais l'urgence est là. « Il y a urgence à ce que le gouvernement respecte le contrat qu'il signe et qu'il tienne sa parole. »
La présidentielle en toile de fond
Le débat budgétaire 2027 va s'inviter dans la campagne présidentielle. Avec une question explosive : combien de fonctionnaires supprimer ? Le débat évoque des suppressions de 100 000 à 200 000 postes, selon la source.
« On ne peut pas perdre une année de plus de tergiversations, de petites combines », tonne Husson.
« Allô l'Elysée, Matignon, we are dans la mouise », résume le sénateur.
Sources
- Chiffres du ministère des Comptes publics (recettes fiscales carburant, aides aux ménages et entreprises)
- Rapport de la commission des finances du Sénat (13 000 fortunes sans impôt sur le revenu)
- Déclarations de Gérard Larcher, président du Sénat (6 milliards d'économies supplémentaires)
- Proposition du MEDEF (44 milliards d'économies)
- Travaux de Claude Rénal et Jean-François Husson sur les grands patrimoines
- Vidéo source : https://youtube.com/watch?v=oyHXNCVz27A
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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