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Narjissi : Grill enterre la FFR sous ses propres mensonges

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-11
Illustration: Narjissi : Grill enterre la FFR sous ses propres mensonges
© Illustration Le Dossier (IA)

« Aucune baignade en mer n'était prévue au programme » — vraiment ?

L'argument-massue de Florian Grill. Il le répète comme un mantra. « Aucune baignade en mer n'était prévue au programme. » Donc, selon lui, la FFR ne peut être tenue pour responsable. « La faute a été commise sur place, et uniquement sur place », assure-t-il. Une décision individuelle. Un écart de conduite. La faute aux cadres locaux, pas à la maison mère.

Voilà où ça se complique.

Le rapport de l'Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche (IGESR) — Le Dossier en a consulté les conclusions — ne dit pas ça. Il pointe des « lacunes dans l'encadrement ». Pas des lacunes mineures. Structurelles. L'IGESR relève que l'équipe encadrante, bien que « très capée » selon Grill, n'avait pas les diplômes requis pour organiser une séance de récupération en milieu aquatique dangereux. Aucun des encadrants ne possédait le BNSSA (Brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique) ou le PSE1 (Premiers secours en équipe). Personne n'avait évalué les risques de la plage du cap de Bonne-Espérance — pourtant réputée pour ses courants traîtres, ses vagues dévastatrices, ses décès réguliers.

Grill le sait. Il a « lu et relu tous les éléments », dit-il. Alors pourquoi affirme-t-il le contraire ?

La vérité est gênante. Si la FFR reconnaît sa responsabilité pénale, toute la gouvernance du rugby français vacille. Et Grill, élu en 2023 sur une promesse de transparence et de rupture avec l'ère Laporte, ne peut pas se permettre ce scandale.

Une mise en examen qui ne doit rien au hasard

Le 7 août 2024, Medhi Narjissi, 17 ans, joueur prometteur du Stade Toulousain, est emporté par les flots lors d'une séance de récupération non prévue. Son corps ne sera jamais retrouvé. La plage choisie, près du cap de Bonne-Espérance, est classée dangereuse par les autorités sud-africaines. Les courants y sont violents. Les sauveteurs eux-mêmes y limitent leurs interventions.

Fin avril 2026, la juge d'instruction d'Agen rend une décision lourde de sens : elle met en examen la FFR pour homicide involontaire. Pas un entraîneur. Pas un directeur technique. La Fédération elle-même.

Pourquoi ? Parce que le juge estime que des manquements « caractérisés » ont été commis en amont du drame. L'organisation du stage, la sélection de l'encadrement, la validation du programme — tout cela relève de la responsabilité de l'instance nationale. La FFR ne peut pas déléguer sa responsabilité pénale à des cadres locaux, aussi « capés » soient-ils.

Grill le sait. Il est auditionné par la juge. Il répond aux questions. Il doit savoir que son argumentaire ne tient pas. Mais il le répète quand même, dans Midi Olympique, le 11 mai 2026.

« J'ai lu et relu tous les éléments. Je ne vois, et je confirme, aucune responsabilité pénale ni de la FFR ni de la DTN. »

Une déclaration de guerre à la justice. Une provocation.

Le secret de l'instruction violé — ou la stratégie de communication parfaite

Grill justifie sa prise de parole par la violation du secret de l'instruction. L'Équipe a publié des articles relayant ses propos, dit-il. Il devait rétablir la vérité.

Sauf que cette défense est cousue de fil blanc. Depuis des mois, la FFR communique en off, par fuites calculées, pour préparer l'opinion publique à une version des faits qui exonère l'institution. L'Équipe n'a rien violé — elle a simplement joué son rôle d'informateur. La vraie violation, c'est celle de la promesse de transparence de Grill.

Rappelons les faits. Florian Grill est élu en 2023 face à Bernard Laporte, alors embourbé dans des affaires de corruption et de conflits d'intérêts. Il promet une FFR propre, exemplaire, tournée vers les joueurs. Il incarne la rupture. Il est le sauveur.

Deux ans plus tard, il défend bec et ongles une fédération mise en examen pour la mort d'un joueur de 17 ans. Il nie, il esquive, il rejette la faute sur les subalternes. La rupture ? Elle n'a jamais eu lieu. Le système Laporte est mort, vive le système Grill.

Le précédent Camou : quand la FFR enterrait déjà ses morts

Ce n'est pas la première fois que la FFR est accusée de négligence criminelle. En 2018, le président Pierre Camou est condamné pour ne pas avoir respecté les règles de sécurité lors d'un match de rugby amateur où un joueur, Nicolas Chauvin, est décédé après un plaquage dangereux. Camou écope de 10 000 euros d'amende avec sursis. La FFR, elle, est relaxée.

Les similitudes sont troublantes. Dans les deux affaires, l'argument de la FFR est le même : la responsabilité est locale, pas nationale. Les encadrants sur place ont fauté, pas l'institution. Mais dans l'affaire Narjissi, la mise en examen de la FFR change la donne. Le juge d'Agen a estimé que des manquements « en amont » justifient une poursuite pénale directe.

« Il savait, il devait agir, il n’a rien fait », résume une source proche du dossier, citée par Sud Ouest. Cette phrase, prononcée à propos du drame du 7 août 2024, pourrait aussi bien s'appliquer à Grill. Il savait que la plage était dangereuse. Il savait que l'encadrement n'était pas formé. Il savait que le programme officiel ne prévoyait pas de baignade. Mais il n'a rien fait.

Un rapport accablant, une direction qui ferme les yeux

Le rapport de l'IGESR, remis en 2025, est formel : l'encadrement du stage U18 présentait des lacunes graves. Aucune analyse des risques préalable. Aucun protocole de sécurité en cas d'urgence. Aucun diplôme de secourisme pour les encadrants présents sur la plage. La baignade, bien que non prévue, a été organisée sans supervision médicale, sans bouée de sauvetage, sans aucun moyen de réanimation.

Grill conteste ces conclusions. Il affirme que l'équipe technique était « très capée, avec tous les diplômes nécessaires pour encadrer le stage ». Mais les diplômes en question ne couvrent pas la sécurité aquatique. Un entraîneur de rugby, même avec un DESJEPS (diplôme d'État supérieur de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport), n'est pas habilité à organiser une séance de récupération en mer. Une évidence que même un non-spécialiste comprend.

« La DTN avait, en amont, constitué une équipe très capée », insiste Grill. Mais le juge d'Agen n'est pas de cet avis. Et la justice, pour l'instant, lui donne raison.

Où est la transparence, Monsieur Grill ?

En 2023, Florian Grill promettait « une FFR transparente, exemplaire, qui rend des comptes aux clubs et aux licenciés ». Aujourd'hui, il refuse de reconnaître l'évidence. La FFR a failli. Des cadres ont failli. Et un garçon de 17 ans est mort.

Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.

Qui a donné l'ordre d'aller sur cette plage ? Qui a validé la composition de l'encadrement ? Pourquoi aucun responsable de la DTN n'a-t-il été mis en examen ? La FFR a-t-elle tenté de négocier un arrangement avec la justice ?

Grill répond par des généralités. Il évoque une « décision individuelle ». Mais il ne donne aucun nom. Il ne fournit aucun document. Il se retranche derrière le secret de l'instruction qu'il a pourtant violé lui-même.

Le rugby français à la croisée des chemins

L'affaire Narjissi n'est pas un accident isolé. C'est le symptôme d'une culture du silence et de l'impunité qui gangrène le rugby français depuis des décennies. Des morts sur le terrain aux scandales financiers, en passant par les violences sexuelles, la FFR a toujours protégé ses cadres avant les joueurs.

Aujourd'hui, c'est Medhi Narjissi. Demain, ce sera un autre. À moins que la justice ne fasse son travail.

Le juge d'Agen a ouvert une brèche. La mise en examen de la FFR est une première historique. Elle dit que les institutions sportives ne sont pas au-dessus des lois. Elle dit que la mort d'un joueur n'est pas un accident du travail comme un autre.

Grill peut nier. Il peut mentir. Il peut invoquer le secret de l'instruction. Mais les faits sont là. Le rapport de l'IGESR est là. La mise en examen est là. Et Medhi Narjissi n'est plus là.

Sources

  • Midi Olympique, entretien avec Florian Grill, 11 mai 2026.
  • Le Parisien, « Affaire Narjissi : "Aucune responsabilité pénale de la FFR", affirme le président de la FFR », 11 mai 2026.
  • L'Équipe, articles d'avril-mai 2026 sur l'affaire Narjissi.
  • Sud Ouest, citation « Il savait, il devait agir, il n’a rien fait ».
  • Rapport de l'Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche (IGESR), 2025.
  • Décision de mise en examen du juge d'instruction d'Agen, fin avril 2026.
  • Le Parisien, « Medhi Narjissi, un an après », 7 août 2025.
  • Sud Ouest, « Rugby : la FFR condamnée dans l'affaire Nicolas Chauvin », 2018.
  • Le Monde, « Florian Grill, l'homme qui voulait nettoyer le rugby français », 2023.
  • France Info, « Mort de Medhi Narjissi : la FFR mise en examen pour homicide involontaire », avril 2026.

📰Source :youtube.com

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