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Expulsion de Fedorova : Nuñez signe, mais qui exécute ?

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-29
Illustration: Expulsion de Fedorova : Nuñez signe, mais qui exécute ?
© Illustration Le Dossier (IA)

L’arrêté du 29 juillet : une décision politique

Nuñez n’a pas hésité une seconde. Selon l’arrêté consulté par Le Figaro, la mesure vise Xenia Fedorova. Deux journalistes, Stéphane Durand‑Souffland et Jean‑Marc Leclerc, la qualifient de « propagandiste ». Le texte officiel, cité par Le Monde, précise que son activité « porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État » et « constitue pour ce motif une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public ». Des termes lourds. Habituellement réservés aux individus liés au terrorisme ou à l’espionnage.

Fedorova n’est pas une inconnue. Ancienne directrice de RT France — la chaîne d’État russe fermée après l’invasion de l’Ukraine — elle est devenue chroniqueuse sur CNews. En mars 2025, elle publie Bannie : Liberté d’expression sous condition chez Fayard. Le 18 juin 2026, le Parlement européen vote une résolution demandant son placement sous sanctions européennes. L’arrêté de Nuñez tombe un mois plus tard.

C’est là que les choses se corsent. L’État français peut‑il expulser une personne vers la Russie sans violer ses propres engagements internationaux ? La Russie est un pays en guerre, où les opposants politiques risquent la prison — voire pire. La Cour européenne des droits de l’homme a suspendu les expulsions vers la Russie dans plusieurs affaires récentes. Nuñez le sait. Alors, pourquoi signer ?

Une propagandiste ou une journaliste ? La frontière floue

Jamais Xenia Fedorova n’a été condamnée pour apologie du terrorisme ou incitation à la haine. Ses propos, souvent pro‑Kremlin, sont tenus dans des médias français légaux. Elle a même été invitée sur des plateaux de télévision grand public. La qualifier de « propagandiste » relève du jugement politique, pas d’une qualification juridique.

Le problème est systémique. La France a fermé RT France en 2022, mais ses anciens employés continuent de s’exprimer. L’État cherche‑t‑il à faire un exemple ? Ou s’agit‑il d’une réponse à la résolution du Parlement européen ? Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.

Ce qui est certain, c’est que l’arrêté de Nuñez repose sur une notion floue : « l’atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État ». Une notion qui permet d’expulser sans procès, sans preuve de délit. En Allemagne, une telle mesure nécessiterait une décision de justice préalable. En France, un préfet peut signer seul. Les chiffres ne mentent pas : la France expulse environ 15 000 étrangers par an, mais moins de 10 % sont effectivement exécutés. Le reste se perd dans les recours.

Le problème pratique : aucun avion ne vole

Le plus ironique ? L’arrêté est signé, mais l’exécution est impossible. Comme le souligne Le Figaro, « aucun avion ne vole ». Les liaisons aériennes directes entre la France et la Russie sont suspendues depuis 2022. Les vols via des pays tiers — Turquie, Serbie — sont rares et soumis à des autorisations diplomatiques. Même si Fedorova était placée en centre de rétention, comment la transporter ?

L’État a‑t‑il prévu un vol spécial ? Le coût pour le contribuable serait faramineux. Un vol charter pour une seule personne, avec escorte policière, peut dépasser 50 000 euros. Sans compter les frais de procédure et d’avocats. Pendant ce temps, les tribunaux civils manquent de juges — 11 pour 100 000 habitants contre 25 en Allemagne. Mais on trouve de l’argent pour expulser une chroniqueuse. Oui, vous avez bien lu.

C’est là que le bât blesse. L’État dépense des sommes considérables pour des mesures symboliques, tandis que les vrais problèmes — narcotrafic, insécurité, justice lente — restent sous‑financés. Le contribuable paie, l’État bricole.

Comparaison internationale : que font nos voisins ?

Regardons le Royaume‑Uni. En 2023, Londres a expulsé un diplomate russe pour espionnage — pas une journaliste. Les Britanniques distinguent clairement propagande et espionnage. Une chroniqueuse, même pro‑Kremlin, n’est pas expulsable sans preuve de crime.

L’Allemagne a expulsé des agents russes, mais pas des journalistes. La différence tient à la rigueur juridique : outre‑Rhin, une expulsion nécessite une décision de justice définitive. En France, un préfet peut agir seul, mais sans garantie d’exécution. Résultat : des arrêtés qui restent lettre morte.

Le Canada, lui, a révoqué le statut de résident permanent d’un propagandiste russe en 2024, mais après une enquête de plusieurs années. Pas en un mois.

La France fait figure d’exception : elle signe vite, exécute mal. C’est une politique de l’affichage. On montre qu’on agit, mais on ne va pas au bout.

Et maintenant ? Le référé et le risque d’inefficacité

Un référé est attendu devant le tribunal administratif. Fedorova peut demander la suspension de l’arrêté. Si le juge estime que la mesure est disproportionnée ou qu’elle viole la liberté d’expression, l’arrêté sera annulé. C’est arrivé en 2022 pour l’imam Hassan Iquioussen : le Conseil d’État avait suspendu son expulsion vers le Maroc, jugeant que la menace pour l’ordre public n’était pas suffisamment établie.

Le précédent Iquioussen est éclairant. L’État avait signé un arrêté, mobilisé des forces, puis le juge avait tout annulé. Coût pour le contribuable : plusieurs centaines de milliers d’euros. Résultat : zéro. Et pourtant.

Si le juge suit la même logique, l’arrêté Fedorova pourrait tomber. Et alors ? Nuñez aura perdu son pari. La crédibilité de l’État en prendra un coup. Voilà.

Ce qu’il faut surveiller : la date du référé. Si le juge donne raison à Fedorova, ce sera un camouflet pour le gouvernement. Si le juge valide l’expulsion, l’État devra trouver un moyen de l’exécuter. Un vol spécial ? Une extradition via un pays tiers ? Les options sont limitées.

En attendant, Fedorova reste en France. Libre. Et les contribuables paient les frais de procédure. L’État a perdu le monopole de la violence légitime ? Non, il a juste perdu le sens des priorités.

Le Dossier

📰Source :youtube.com

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