Dany Leprince : la Cour de cassation annule sa condamnation à perpétuité

L’accroche
Dix‑huit ans. Voilà ce que Dany Leprince a passé derrière les barreaux pour un crime qu’il a toujours nié. La Cour de révision de la Cour de cassation a annulé sa condamnation à perpétuité — un événement rarissime. Depuis 1945, seules douze procédures de révision avaient abouti. Dany Leprince est le treizième.
Dany Leprince, les larmes aux yeux, est sorti de la Cour de cassation. Ses avocats, Me Olivier Morice et Me Missiva Chermak‑Felonneau, l’entouraient. « Je suis fatigué, je suis ému », a‑t‑il confié.
Mais la Cour n’a pas dit qu’il était innocent. Elle a seulement estimé que les éléments à charge étaient désormais trop fragiles. Un nouveau procès aura lieu devant la cour d’assises. Dany Leprince y comparaîtra présumé innocent, selon Me Olivier Morice.
Les faits
En 1994, dans la Sarthe, quatre personnes sont assassinées : le frère de Dany Leprince, sa belle‑sœur et leurs deux nièces. Seule rescapée : Soline Leprince, alors âgée de 2 ans, retrouvée saine et sauve.
Dany Leprince est rapidement mis en cause. Sa compagne de l’époque, Martine Compin, l’accuse. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
Dany Leprince n’a jamais cessé de clamer son innocence, multipliant les recours. En 2011, première demande de révision : rejetée.
Mais en 2026, la donne change — deux éléments nouveaux fragilisent l’accusation.
Premier élément : le témoignage de Soline Leprince. Seule rescapée, elle a été considérée comme un témoin clé. Les experts estiment aujourd’hui qu’elle ne présente aucun syndrome traumatique. La scène du crime lui a été reconstruite — instrumentalisée, selon la Cour. « On lui a reconstruit la scène », résume le président de la Cour dans sa motivation. Et sa nourrice de l’époque était proche d’un gendarme de l’enquête.
Deuxième élément : les déclarations de Martine Compin. Entendue vingt‑deux fois, l’ex‑femme de Dany Leprince a donné vingt‑quatre versions différentes. « Le caractère changeant plaide pour une simulation », a tranché la Cour. Martine Compin s’est volontairement abstenue de s’expliquer sur la soirée du meurtre.
Ces deux faits, croisés avec d’autres incohérences du dossier, ont convaincu les treize magistrats de la Cour de révision. « Il y avait un doute sérieux sur la culpabilité de Dany Leprince », a expliqué Me Olivier Morice.
Le contexte
Aujourd’hui retraité, Dany Leprince vit avec son épouse. « Je vis normalement », dit‑il. Il était boucher de métier, ce qui lui a valu le surnom de « boucher de la Sarthe ».
« Ce surnom, il n’existe plus, a insisté Me Olivier Morice. Aujourd’hui demeure seul monsieur Dany Leprince, qui va être jugé et qui est aujourd’hui innocent. »
La question d’une machination revient souvent. Dany Leprince, interrogé, refuse de nommer ceux qu’il soupçonne. « J’ai une idée, mais je ne l’évoquerai pas. »
Martine Compin, elle, n’est pas mise en examen. Elle est témoin assisté. Mais la décision de la Cour de révision ouvre implicitement une piste. « Il serait logique que maintenant on s’intéresse de beaucoup plus près à Martine Compin », déclare Me Missiva Chermak‑Felonneau.
Une information judiciaire est déjà ouverte. Dany Leprince, jusqu’ici condamné, ne pouvait y participer. Désormais, il pourra demander des actes d’enquête.
Le traitement judiciaire
Le chemin a été long : condamnation, appel, pourvoi, première demande de révision en 2011 rejetée. Puis la Cour de révision accepte la requête. « C’est une œuvre de justice », salue Me Olivier Morice. « La cour a eu le courage d’annuler la condamnation pour écarter le spectre de l’erreur judiciaire. »
Le nouveau procès se tiendra devant la cour d’assises d’Angers, selon toute vraisemblance. La date n’est pas fixée. « Ça dépendra de la surcharge de la cour d’appel », précise l’avocat.
Dany Leprince comparaîtra libre et présumé innocent. « C’est un nouveau procès. On redémarre à zéro », explique Me Morice. Mais il pourrait être à nouveau condamné. « Dans l’histoire criminelle française, il n’y a aucun exemple d’homme ayant été condamné, puis annulé par la Cour de révision, qui n’ait été acquitté définitivement », ajoute‑t‑il.
La question de l’indemnisation se posera en cas d’acquittement. « Ce sera l’une des plus grandes erreurs criminelles françaises. Les plus grosses indemnisations potentielles, assurément en millions d’euros », estime Me Morice, tout en refusant de donner un chiffre.
Dany Leprince, lui, ne veut pas parler d’argent. « 18 années de vie, ça ne se rattrape pas », dit‑il.
Ce que ça dit de la France
L’affaire Dany Leprince met en lumière certaines fragilités du système judiciaire.
L’accusation reposait sur les déclarations de Martine Compin — vingt‑quatre versions différentes. La Cour de révision a jugé ces témoignages « changeants » et a retenu la « simulation ». Mais pendant des années, ils ont suffi à condamner un homme à perpétuité.
Soline Leprince avait 2 ans au moment des faits. Elle a été utilisée comme témoin clé. Les experts concluent à une reconstruction de la scène. « La justice, elle est faite d’hommes », rappelle Dany Leprince.
Sources
- Interview de Dany Le Prince et de ses avocats (extrait vidéo)
📰Source :YouTube
Par la rédaction de Le Dossier
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