Affaire Benalla : l'ancien collaborateur de l'Élysée refuse de répondre aux sénateurs

Une question simple, une réponse évasive
La question est limpide. Pourquoi un homme licencié continue-t-il d'utiliser un passeport diplomatique ? Le transcript le montre : Benalla a répondu « C'était une bêtise, une erreur de ma part. »
Le 24 juillet 2018, il est licencié de la présidence — effet au 1er août. Pourtant, le 28 juin de la même année, il a demandé un passeport de service. Officiellement, ses missions venaient d'être réaménagées. Les sénateurs posent la question trois fois. Benalla les renvoie à la justice : « J'ai déjà répondu en garde à vue. »
Le point qui fâche : un document non signé, rédigé sur papier à en-tête du chef de cabinet. La demande de passeport aurait dû émaner de l'employeur. Le Quai d'Orsay a d'abord refusé. Puis il a cédé. « Le ministère des affaires étrangères a considéré cette demande comme normale », rétorque Benalla. Les sénateurs, eux, évoquent un possible « faux document ». Le rapporteur insiste : « Aviez-vous vraiment besoin d'un passeport de service ? » Silence.
Les faits : ce que l'audition révèle
Premier point : la déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). À son entrée en fonction à l'Élysée, Benalla n'a pas effectué de déclaration. Selon ses explications, les chargés de mission n'y étaient pas astreints — une « pratique courante » depuis plusieurs quinquennats. Ce n'est qu'après l'affaire que le directeur de cabinet a demandé aux neuf autres chargés de mission de régulariser leur situation. Benalla, lui, a rempli une déclaration de fin de fonction en septembre.
Deuxième angle : la commission de déontologie de la fonction publique. Six mois se sont écoulés. Benalla dit avoir ignoré l'obligation jusqu'à la réception d'un courrier de Patrick Stroda, trois jours avant son audition. « Je n'ai pas relu mon contrat de travail », se défend-il.
Troisième zone d'ombre : les activités postérieures au licenciement. Benalla reconnaît avoir rencontré M. Solomon, dont l'activité est la vente d'uniformes. Les deux hommes se sont rendus au Tchad. Benalla y a rencontré le président. Pourquoi ? Pour quelle affaire ? Le sénateur insiste. Benalla se mure dans le silence. « Je n'ai pas à vous dire aujourd'hui ce que je fais, de quoi je vis, où je vis, avec qui et comment je me déplace », finit-il par lancer. La commission veut vérifier si cette activité a un lien avec ses anciennes fonctions à l'Élysée. Mais Benalla refuse de dire de quoi il vit.
Le traitement judiciaire
Les enquêteurs ont entendu Benalla en garde à vue. Il affirme avoir déjà répondu à certaines questions devant la juge d'instruction. Une information judiciaire est ouverte. Les sénateurs s'étonnent : « Vous n'êtes pas mis en examen pour faux et usage de faux », fait remarquer la rapporteure. Benalla ne conteste pas. Il se retranche derrière la « présomption d'innocence » et le droit de ne pas « s'auto-incriminer ». Le président de la commission le rappelle : « La personne qui refuse de déposer devant une commission d'enquête est passible de deux ans d'emprisonnement et de 7 500 euros d'amende. » Le directeur de cabinet de l'Élysée a utilisé l'article 40 du code de procédure pénale.
Sources : Vidéo de l'audition
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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