LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

Faits diversÉpisode 2/1

Willy Van Copernol : la plainte perdue, un enfant mort

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-20
Illustration: Willy Van Copernol : la plainte perdue, un enfant mort
© YouTube

4000 euros. Le prix d'une négligence

Quatre mille euros. C'est tout ce que l'État a versé à Pierre, quarante ans après son viol. Une indemnisation dérisoire — pour une plainte disparue. « J'ai voulu m'acheter une arme pour en finir », confie-t-il. Il a donné cette somme à une association. Un geste de survie, rien de plus.

Pierre avait 20 ans en mai 1981. Étudiant, sapeur-pompier. Il fait du stop près de Fréjus. Une Fiat Ritmo rouge s'arrête. Conducteur belge, costume cravate, air sympathique. Neuf heures de route. Puis une pause en Bourgogne, sous la pluie. L'homme sort un couteau. Il tord le bras de Pierre. Le viole. « Il avait le visage vide, celui d'un fou furieux », racontera-t-il plus tard au quotidien V Matin.

Pierre court à la gendarmerie. Il donne la marque, le modèle, la plaque d'immatriculation. Les gendarmes prennent sa déposition. « Si le parquet a du nouveau, on vous contactera », lui répond-on. Il n'y aura jamais de nouveau. Personne ne le recontacte.

Pourquoi ? Parce que la plainte a disparu. Littéralement. Perdue par le parquet de Dijon. Pendant un an et demi, Pierre appelle régulièrement. Aucune réponse. L'enquête n'a jamais existé. (Oui, vous avez bien lu : la justice a égaré une plainte pour viol avec arme.)


1981-1993 : le silence et l'attente

Pierre cache son viol à ses parents. Honte. Il n'en parle qu'à un ami. Ensemble, ils décident de mener leur propre enquête. En février 1983, ils retrouvent la trace de la voiture : louée sous une fausse identité en Espagne. Ils s'y rendent à l'été 1983. Mais remonter jusqu'au loueur est impossible.

Pierre abandonne. Il essaie de vivre normalement. Rencontre sa femme, a deux enfants, fait carrière chez les pompiers. Douze ans passent. Jusqu'à ce matin de 1993, dans un bar de Cogolin. Il feuillette un journal. Une photo le frappe. Un enfant de 11 ans disparu, Abdel Kessi. Les gendarmes recherchent un homme belge, ancien militaire, ancien cuisinier. Pierre renverse son coca. « C'est lui », se dit-il.

Il court à la gendarmerie. On lui montre une photo. « C'est lui », répète-t-il. Les enquêteurs lui donnent un nom : Willy Van Copernol, l'homme le plus recherché de France. Et voilà : douze ans après sa plainte perdue, Pierre vient de retrouver le violeur.


Le petit Abdel et le stratagème des deux ados

27 mars 1993. Abdel Kessi, 11 ans, disparaît du parking du supermarché Champion à Remoulins, dans le Gard. Un témoin l'a vu monter dans une Opel Astra bleue immatriculée en Belgique. Voiture louée. Propriétaire : un certain Van Copernol, sorti de prison huit jours plus tôt.

Cinq jours après, le 4 avril, Étienne et Marc, 15 et 16 ans, sortent de boîte de nuit à Gruissan. Ils font du stop. Une Opel Astra bleue s'arrête. Conducteur en costume cravate, « air de directeur », disent-ils. L'homme les emmène dans le massif de la Clappe, sort un fusil à pompe. Il viole Étienne, puis Marc. Les garçons croient leur ami mort. Puis, d'un sang-froid incroyable, ils inventent une histoire : ils sont amants, homosexuels, et veulent revoir l'homme. Ce mensonge leur sauve la vie. L'homme les dépose à l'entrée d'un village, leur donne une casquette trop petite et des pièces de 5 francs. Les deux garçons courent à la gendarmerie.

Ils décrivent l'homme, le fusil, la plaque d'immatriculation. Les enquêteurs établissent le lien avec la disparition d'Abdel. Le portrait robot correspond. Le patron d'une auberge à Tresque reconnaît le client qui s'était présenté comme ingénieur IBM et qui, le soir de la disparition, était « rouge pétant » et disait : « En France, c'est comme en Belgique. Toujours les Arabes qui font les sales coups. » Il lui avait prêté 1400 francs.


1991, la requalification fatale : comment Van Copernol a été libéré

Van Copernol n'est pas un inconnu pour la justice. Entre 1966 et 1982, on l'arrête une trentaine de fois — vols, escroqueries, agressions sexuelles. En 1983, arrêté pour attentat à la pudeur sur mineur, rapidement libéré. En 1989, il s'installe à Valence, se fait passer pour un cadre chez Canon, attire des jeunes pour les former à l'informatique et les agresse. Arrêté pour viol sur mineur en 1991. Devant la cour d'assises de la Drôme, les faits sont requalifiés en « attentat à la pudeur sur mineure » (une infraction aujourd'hui disparue). Peine : cinq ans de prison ferme. Il n'en purgera qu'un an et demi. Il sort en mars 1993. Huit jours plus tard, Abdel Kessi disparaît.

La suite ? Édifiant. Avec son casier judiciaire, Van Copernol aurait dû être jugé pour crime, pas pour un simple délit. Mais la requalification a permis une libération rapide. Un prédateur multirécidiviste, condamné à une peine légère, remis en liberté. Et un enfant mort. Voilà le résultat.


L'arrestation, l'aveu, le procès

Le 18 avril 1993, les gendarmes de l'Oise repèrent l'Opel Astra bleue devant une caravane de cirque à Étréchy. Les enquêteurs de Nîmes et Narbonne sont à 800 km. La consigne : ne pas intervenir. Mais Van Copernol a le temps de quitter les lieux. On l'interpelle finalement. Dans sa voiture, le fusil à pompe. Placé en garde à vue, il nie tout. Après trente heures, il lâche une phrase énigmatique : « Je ne dirai rien. Mais si vous m'emmenez à Remoulins, je montrerai quelque chose. »

Conduit sur place, il indique un endroit. Après des heures de recherches, les gendarmes découvrent le corps d'Abdel, partiellement dissimulé sous un drap, la tête écrasée par une énorme pierre. Autopsie : impossible de déterminer s'il y a eu viol. La version de Van Copernol ? Une chute, un coup de panique, une pierre. Peu crédible.

Procès en mars 1995 devant la cour d'assises du Gard. Van Copernol évoque son enfance : placé à 6 ans dans une institution religieuse, violé par deux religieux à 7 ans, puis par un juge de paix à 13 ans. Rien n'a jamais été vérifié. Il parle de son grand amour mort dans un accident de moto. Il pleure sur lui-même. Jamais un mot pour les victimes. Pierre témoigne trois heures. « Je l'ai regardé, il a baissé les yeux », dit-il. « Lui faire face, ça m'a fait du bien. »

Le 30 mars 1995, Van Copernol est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 22 ans. Il a 82 ans aujourd'hui. Toujours en prison.


Le pôle cold case : et si d'autres vies avaient été brisées ?

Depuis la création du pôle cold case de Nanterre, les juges s'intéressent au parcours de Van Copernol. Objectif : reconstituer ses déplacements en France et en Europe, ses fausses identités, les plaintes peut-être oubliées. « Il y a peut-être des crimes qu'il a commis et qu'on est passé à côté », expliquent les enquêteurs. Pierre a déposé une nouvelle plainte en 2023, enfin entendu officiellement. Marc, l'un des deux adolescents violés, confiait en 2022 au journal Midi libre : « J'ai fait deux tentatives de suicide. J'ai eu tellement peur de devenir comme lui. »

Quarante-cinq ans après le premier viol, le silence judiciaire a laissé des traces. Des vies brisées. Un enfant mort. Aujourd'hui, des juges tentent de rattraper ce que la justice a perdu : la plainte de Pierre. Une simple feuille de papier. Qui aurait peut-être sauvé Abdel.


Sources

  • Podcast Crim Story – Le Parisien (épisode diffusé avec France Télévision)
  • Quotidien V Matin (témoignage de Pierre, 1993)
  • Magazine Détective (enquête personnelle de Pierre, 1986)
  • Journal Midi libre (témoignage de Marc, 2022)
  • France Télévision (partenariat Crim Story)
  • Archives judiciaires citées dans l'épisode (cour d'assises de la Drôme 1991, cour d'assises du Gard 1995)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Sur le même sujet