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SociétéÉpisode 4/5

Abus sexuels sur mineur : une victime dénonce l'inaction policière

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-25
Illustration: Abus sexuels sur mineur : une victime dénonce l'inaction policière
© YouTube

Le récit des abus

C'est un secret. Il était aimé de tous. Très gentil. Et c'était leur secret à eux. La victime — une femme aujourd'hui adulte — raconte devant la caméra comment un ami de la famille l'a agressée sexuellement pendant deux ans, de ses 5 à ses 7 ans. « Il avait fait en sorte qu'une chambre soit dédiée à ça », dit-elle. Dans cette pièce : un bureau, des colliers en bois, un ours en peluche aussi grand qu'elle, un grand lit pour deux personnes. Et des livres pornos. « Des petits cartonnets où c'était comme un jeu. Veux-tu m'embrasser ? »

Elle se souvient d'une image : « J'ai vu sperme d'un vieux de 70 ans. L'impression que c'est un œuf qu'on casse. » L'homme, décrit comme un grand-père attentionné, lui répétait qu'elle était sa préférée, qu'elle était jolie. « Il m'a porté l'attention, l'amour. » Derrière cette façade, la soumission. « Je pouvais dire stop et en même temps c'était comme une obligation. » Personne ne s'est douté de rien. Sa femme était souvent en bas. « Comme il adorait les enfants, ça passait très bien. »

À 7 ans, la famille déménage. La petite fille tente d'en parler à sa mère dans la cuisine. Elle utilise le mot « pépette ». Sa mère, pressée, n'entend pas. « Si à l'époque ma maman avait posé la bonne question, j'aurais pas subi ça pendant aussi longtemps », confie-t-elle. Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.

La plainte sans suite

Octobre 2022. Inspirée par le film Les Chatouilles d'Andréa Bescond — qui raconte son propre calvaire — elle se rend au commissariat. « J'ai pleuré pendant tout le film et à ce moment-là, je suis allée porter plainte. » Elle dépose une main courante, puis une plainte. L'agresseur est encore vivant. « On m'a bien expliqué au commissariat que quelqu'un… il y a des récidives. Automatiquement, quand un adulte a ça en soi, il recommence. »

Puis les mois passent. Les années aussi. « Je suis allée voir plusieurs fois au commissariat parce que j'ai l'impression qu'on m'a oublié », dit-elle. Nous sommes en 2026. Aucune suite judiciaire n'a été donnée. L'homme, toujours libre, pourrait agresser d'autres enfants. La victime insiste : « Cet adulte qui est encore vivant, lui… » Sa voix se brise.

Les chiffres nationaux ? Ils confirment ce sentiment d'impunité. En 2022, Franceinfo a publié une enquête : 76 % des affaires de violences sexuelles sur mineurs traitées entre 2016 et 2022 ont été classées sans suite — le plus souvent pour « infraction insuffisamment caractérisée ». 76 % – oui, vous avez bien lu. En 2025, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 114 500 mineurs victimes de violences physiques et 76 200 victimes de violences sexuelles, selon le ministère de l'Intérieur. Derrière ces chiffres ? Des vies brisées.

Les conséquences psychologiques

Les séquelles sont profondes. Elle énumère : tentatives de suicide, troubles alimentaires. « On a l'impression de ne plus être dans son corps. Le cerveau se dysfonctionne du corps pour ne pas ressentir l'émotion, la douleur. » Une psychologue, citée par la victime, explique que le cerveau crée un mode alerte permanent. Les traumatismes récurrents marquent à vie.

Elle-même a tenté de se suicider. Elle souffre de troubles alimentaires. « Ça a brisé mon enfance, ça a brisé cette petite fille, cette adolescente. Je me suis cherchée. » La honte et la pudeur restent des obstacles. « C'est libérateur d'en parler, mais en même temps on a cette partie de honte. » Pourtant, elle parle. Pour les autres.

Les solutions préconisées

Que faudrait-il pour libérer la parole des enfants ? La victime est claire : des entretiens annuels dès la maternelle. « Moi si dès la maternelle on m'avait expliqué que c'était des choses interdites, si on avait essayé de m'interroger, j'aurais pu parler. » Elle cite la « loi intégrale » qui propose ce dispositif. Mais en France, le sujet reste tabou. « On n'ose pas dire les mots tels qu'ils sont, les choses telles qu'elles sont. »

Elle adresse un message aux enfants et adolescents qui vivent la même chose : « Je te crois et je te protège. » Un slogan porté par les associations Mouvement, Arna Gal, Suzanne, et Andréa Bescond. « Ce sont des personnes qui ont fait en sorte que je parle », dit-elle. Le film Les Chatouilles a été le déclic. « Voir d'autres personnes qui libèrent la parole, comprendre que nous sommes victimes et que c'est eux les bourreaux. »

Les chiffres qui accablent

Les données officielles donnent la mesure du phénomène. Selon l'Inserm (enquête 2021), 13 % des femmes et 5,5 % des hommes ont été victimes de violences sexuelles avant leurs 18 ans. Les femmes représentent 85 % des victimes de violences sexuelles ; 96 % des mis en cause sont des hommes (ministère de l'Intérieur). En 2025, 76 200 mineurs ont été enregistrés comme victimes de violences sexuelles. Un chiffre en hausse, mais qui ne reflète qu'une partie de la réalité — la majorité des affaires étant classées.

Le témoignage de cette femme illustre un système qui, trop souvent, abandonne les victimes. Elle a fait le premier pas. La police, elle, n'a pas suivi. L'agresseur est toujours en liberté. « Il y a des récidives », rappelle-t-elle. Les questions restent sans réponse.

Et pourtant.

L'enquête continue.

📰Source :youtube.com

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