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OGF et Funécap : les vautours du funéraire – enquête sur un scandale d'État

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-06
Illustration: OGF et Funécap : les vautours du funéraire – enquête sur un scandale d'État
© YouTube

Un mail interne titré « Le Million ». Un responsable régional d'OGF félicite ses équipes. Elles ont « su exploiter la surmortalité du Covid ». Des dizaines de milliers de morts – et pour eux, une performance. Ce document, révélé en décembre 2023 par MédiaCité, n'est que la partie émergée d'un système. Un système où deux groupes – OGF (Pompes Funèbres Générales) et Funécap (Roc Éclair) – organisent une obsèque sur trois en France, contrôlent 140 des 220 crématoriums, et transforment le deuil en machine à cash. Les familles paient 3 000 euros en moyenne. Les tarifs ont grimpé deux fois plus vite que l'inflation. La Cour des comptes a alerté en 2019. Rien n'a changé. Et pourtant. Pire : les employés témoignent de pressions suicidaires, de corps forcés dans des cercueils trop petits, de scellés de police posés par les employés eux-mêmes. L'État regarde ailleurs. Commençons par le commencement.

Le million de la mort

Premier confinement. Le Covid tue sans pitié — des milliers de Français meurent seuls, sans adieu. Et chez OGF, on se frotte les mains. Un responsable régional envoie un mail à ses salariés. Objet : « Le Million ». Il les félicite : « C'est avec un grand plaisir que je vous annonce que nous avons dépassé notre objectif budgétaire et le million. Une très belle performance qui doit rien à la mortalité en hausse. » Oui, vous avez bien lu. Un million. Pas de vies sauvées, pas de familles accompagnées. Un million d'euros de chiffre d'affaires. Et ce mail assume : le business funéraire se nourrit de la mort. Les patrons interrogés par les auteurs du livre Les Charognards ne cachent rien : « Ton business, faire rentrer des pognons et tu vas rentrer du pognon frapper ». Un commerce comme les autres, disent-ils. Vraiment ?

Le marché pèse 3 milliards d'euros. OGF et Funécap en captent un tiers. Leur modèle — capter et vendre. Capter les familles devant les hôpitaux : à la Pitié-Salpêtrière, quatre agences se disputent les clients. Vendre des options inutiles. Tapisserie intérieure du cercueil : 200 à 400 euros. Transport avant mise en bière : parfois facturé 90 euros alors qu'il ne coûte rien. Les conseillers sont formés à jouer sur la corde sensible : « Vous êtes sûr ? C'est quand même le dernier écrin dans lequel votre maman va reposer… » Un chantage affectif. Et ça marche.

La loi de 1993 a libéralisé le secteur. Résultat ? Des prix libres, aucune régulation. La Cour des comptes, en 2019, avait déjà tiré la sonnette d'alarme. Les tarifs des obsèques augmentent deux fois plus vite que l'inflation. Les familles, sous le choc, n'ont ni le temps ni la force de comparer — elles signent. Les groupes empochent.

Scellés, genoux brisés, crémations par erreur : l'horreur au quotidien

Les scellés de police, c'est sacré. Ils garantissent l'identité du défunt. Normalement, seuls les policiers les posent. Chez OGF et Funécap, les conseillers funéraires les apposent eux-mêmes — par facilité. Une pile de scellés traîne dans l'agence. Erreur fatale : à l'été 2025, une dame est crémée par Funécap. Elle devait être inhumée. Inversion de corps. Le régulateur ordonne de couper le bracelet, on met le bon nom. La famille se recueille sur le mauvais cercueil. Pas de retour en arrière. « Ils pleurent toutes les larmes de leur corps en pensant que leur proche part à la crémation. Sauf que dedans, il n'y a pas le bon corps. » Voilà.

Ce n'est pas un cas isolé. Plusieurs employés racontent : commandes de cercueils trop petits. Le corps mesure 1 m 90, le cercueil 1 m 80. Ordre du bureau : « Démerde-toi, coupe un tendon, casse une jambe. » Ils relèvent les genoux, les os craquent. Un chauffeur porteur de Roc Éclair a travaillé sans gants adaptés, sans tenue de protection, au contact quotidien des défunts. Il a fini par démissionner. Les patrons interrogés répondent que les normes sont respectées. Les faits disent le contraire.

Et puis il y a les cercueils bombés. Pour faire rentrer un corps trop grand, on plie les genoux. Quand le cercueil est plat, on casse les jambes. « Ça fait mal de se dire qu'on fait ça à un être humain », confie un ancien employé. Un autre évoque un corps congelé, sorti trop tard, dur comme de la pierre. Ils ont dû craquer un genou pour fermer le cercueil. Des témoins documentent ces pratiques. Illégales, elles le sont. Mais qui contrôle ?

Les salariés, premières victimes du système

Claire et Inès — prénoms d'emprunt — ont travaillé chez OGF. Elles voulaient accompagner les familles. Elles ont découvert des machines à cash. « Un an avant de démissionner, j'ai l'impression de plus respecter les défunts. Ça me faisait mal au cœur. » Elles décrivent une pression constante : appels chronométrés, bonus pour ceux qui vendent le plus d'options, concours internes. On encourage les conseillers funéraires à arnaquer presque, à faire du chantage affectif. Et quand ils résistent, ils subissent des humiliations.

Un collègue appelle Inès. Il parle de suicide. Trop de pression, des humiliations quotidiennes. Les burnout sont monnaie courante. « Les salariés sont les premières victimes du système », écrit Les Charognards. Eux qui voulaient un métier de service public se retrouvent à jeter des corps comme des sacs à patates. « Tu prends le corps avec soin, tu le déposes délicatement. Eux, ils jettent le corps comme un sac à patates. » C'est un chauffeur qui parle. Il a tout vu.

L'entreprise rémunère mal : 1 200 à 1 500 euros par mois pour ramasser des cadavres, creuser des trous, gérer les défunts contaminés. Les conditions d'hygiène sont parfois déplorables — des corps en décomposition dans des locaux non conformes. Les conseillers avouent avec honte. Mais ils ne peuvent pas parler. Dès l'embauche, on leur fait signer une clause de confidentialité. Et quand le livre Les Charognards sort, la direction envoie un communiqué interne : « N'y prêtez pas attention, c'est n'importe quoi. » Stratégie de déminage rodée, avec l'aide de cabinets de crise.

3 milliards d'euros, 220 crématoriums, zéro contrôle

OGF et Funécap ? Un empire. Ensemble, 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires. Leur bijou : les crématoriums. Sur les 220 que compte la France, 140 leur appartiennent — premier poste de bénéfice. Les collectivités locales délèguent la construction et la gestion, mais ne contrôlent rien. Chaque année, elles votent les rapports d'activité sans les lire. « Elles ne connaissent pas les bénéfices, elles laissent faire », expliquent les enquêteurs.

Résultat : les prix des crémations explosent. Pourtant, un crématorium est un service public. Théoriquement, les maires et préfets peuvent vérifier les tarifs, inspecter les locaux. En pratique, rien. « Les préfectures contrôlent très peu », confirme un journaliste. Ils délivrent les habilitations sans vérification. Aucun suivi. L'État se défausse.

La loi de 1993 devait apporter concurrence et baisse des prix. Elle a produit l'inverse : une concentration oligopolistique. Deux groupes dominent, les indépendants survivent difficilement, les familles n'ont pas le choix. Le tabou de la mort empêche toute comparaison — personne ne veut y penser avant. Quand le moment vient, il est trop tard. « On est obligé d'avoir un cercueil. Pas obligé d'avoir l'intérieur tapissé. Mais les familles ne le savent pas. » Cette ignorance, voilà le carburant du système.

Tabou de la mort et impuissance politique

Pourquoi rien ne change ? La Cour des comptes a parlé en 2019. Les journalistes ont publié Les Charognards et Le Business de la mort. Un rapport de 2026 d'OGF, détenu par Ontario Teachers' Pension Plan, affiche 640 millions d'euros de chiffre d'affaires. Personne ne bronche. Et pourtant, une proposition de loi visait à faire financer les obsèques par la Sécurité sociale. Elle est passée inaperçue. Aucun débat. Aucun ministre ne s'en empare.

Le tabou de la mort est plus fort que tout. Les élus locaux méconnaissent les règles, les préfets ferment les yeux, les maires signent des délégations de service public sans lire les comptes. Et les familles paient : 3 000 euros en moyenne, avec des hausses annuelles de 5 à 8 %. Pendant ce temps, OGF et Funécap engrangent. Ils sont donneurs d'ordre pour des centaines de sous-traitants — personne n'ose les défier.

Les journalistes derrière l'enquête le disent : ce n'est pas une affaire de « brebis galeuses ». C'est un système. Un système qui prospère parce que la mort fait peur. Parce que l'argent sale de la mort reste invisible. Parce que les politiques préfèrent ne pas y toucher. Et nous, citoyens, nous découvrons tout cela quand il est trop tard. Quand notre mère, notre père, notre enfant repose dans un cercueil trop petit, avec un scellé posé par un conseiller pressé.

Conclusion : l'État doit reprendre la main

Pas de formule magique. Mais des leviers existent. D'abord, des contrôles réels par les préfectures. Ensuite, une transparence totale des tarifs — obligatoire avant la signature du devis. Enfin, un débat public sur le modèle funéraire : faut-il un service public de la mort ? Faut-il plafonner les prix ? Les auteurs de Les Charognards appellent à une prise de conscience — le tabou doit tomber. La mort n'est pas un commerce comme les autres. Elle touche à l'intime, à l'humanité. Et l'humanité ne se vend pas.

Les familles endeuillées ne sont pas des clients. Les défunts ne sont pas des marchandises. Les salariés ne sont pas des vendeurs de cercueils. Le système OGF‑Funécap doit être démantelé ou radicalement régulé. L'enquête est faite. Les preuves existent. Les témoins ont parlé. Maintenant, c'est aux politiques d'agir. Et aux citoyens de se souvenir : le jour où la mort frappera, il ne faudra pas signer sans savoir.

Sources

  • MédiaCité, enquête de décembre 2023 (mail « Le Million »)
  • Cour des comptes, rapport 2019 sur la libéralisation du secteur funéraire
  • Livre Les Charognards (2025)
  • Livre Le Business de la mort (2025)
  • Témoignages d'anciens employés d'OGF et Funécap recueillis par les auteurs
  • Données financières OGF : 640 M€ CA, 140 M€ d'EBITDA (clôture 31 mars 2026)
  • Article L. 2223-19 du code général des collectivités territoriales
  • Proposition de loi n° 5678 relative au financement des obsèques par la Sécurité sociale (2025)

📰Source :youtube.com

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