USS Lincoln : 260 jours en mer, des marins au bord du gouffre

Deux tentatives de suicide. Des plateaux-repas à moitié vides. Des douches moisies. De l’eau potable douteuse. Plus de savon ni de dentifrice. Voilà ce qui se passe à bord de l’USS Abraham Lincoln, porte-avions nucléaire américain de 333 mètres, après plus de 260 jours consécutifs en mer sans la moindre escale portuaire. Un record.
C’est Antoine Nelard, correspondant de BFM TV à Washington, qui a révélé l’affaire. Les familles des marins ont tiré la sonnette d’alarme. Le sénateur démocrate Richard Blumenthal, membre de la commission de la Défense, a écrit à l’US Navy. L'US Navy nie tout problème particulier de santé mentale. Mais les faits sont têtus.
260 jours sans voir la terre
Parti de San Diego en novembre 2025, l’USS Lincoln devait initialement mener des exercices en mer de Chine méridionale. Puis la guerre avec l’Iran a éclaté. Le 28 février 2026, le porte-avions arrivait dans le golfe d’Arabie pour participer à l’opération « Epic Fury » — le blocus naval décrété par Donald Trump contre Téhéran.
Neuf mois plus tard, il est toujours là.
Neuf mois sans une seule escale. Jamais vu dans l’histoire moderne de l’US Navy. Normalement, un porte-avions fait relâche tous les 40 à 70 jours. Les équipages descendent à terre quelques heures, quelques jours.
L’USS Lincoln n’a rien eu de tout ça.
Et ce n’est pas une question de capacité technique. Le réacteur nucléaire permet de naviguer des années sans refaire le plein. Le problème, c’est la maintenance, l’approvisionnement, et surtout — les hommes.
Toilettes bouchées, rations faméliques
Les photos postées par des marins sur les réseaux sociaux montrent des plateaux-repas à moitié vides. Des rations qualifiées de « faméliques » par le correspondant de BFM TV. Des douches couvertes de moisissures. Des problèmes d’eau potable. Une pénurie de savon et de dentifrice.
Cinq mille hommes et femmes à bord. Cinq mille personnes qu’il faut nourrir, hydrater, laver. Quand les stocks s’épuisent et que les escales sont impossibles, la vie devient un enfer.
« Les toilettes bouchées, ça paraît dérisoire, mais c’est très important quand vous avez 5000 personnes à bord », résume le général Jérôme Pellistrandi, analyste militaire.
Tentatives de suicide : le point de bascule
Au moins un marin a tenté de mettre fin à ses jours en se jetant par-dessus bord. Il a été repêché et évacué. Un deuxième a fait de m ême.
Le général Pellistrandi note que ces tentatives marquent un point de bascule.
L'US Navy reste droit dans ses bottes. Pas de problème particulier de santé mentale, assure-t-elle. Les familles ne sont pas dupes. Une réunion avec l'état-major la semaine dernière s’est déroulée dans une ambiance « particulièrement tendue », selon Antoine Nelard.
Le sénateur Blumenthal monte au créneau
C’est le sénateur démocrate Richard Blumenthal qui a rendu publique l’affaire. Dans une lettre adressée au secrétaire à la Guerre Pete Hegseth, il demande l’ouverture d’une enquête sur les conditions de vie à bord de l’USS Lincoln.
Blumenthal appartient à la commission de la Défense du Sénat. Sa lettre a été reprise par les journaux américains.
Résultat : la relève est annoncée. L’USS George Washington, basé au Japon, traverse actuellement le détroit de Malacca pour remplacer l’Abraham Lincoln. Il devrait arriver dans une semaine ou dix jours.
La marine américaine dispose de 11 porte-avions. Pourquoi n’avoir pas relevé le navire plus tôt ?
La guerre d’usure contre l’Iran
Le blocus de l’Iran est au cœur du problème. Un protocole d’accord avait été signé avec les Iraniens il y a deux mois, prévoyant la levée du blocus en échange de la réouverture du détroit d’Ormuz.
Mais Trump a fait machine arrière. Le blocus continue.
« Du côté de Washington, on dit : "C'est bon, vous pouvez tenir, vous êtes des gaillards" », résume le général Pellistrandi.
Les Iraniens jouent la montre. « Nous, on peut tenir autant qu'on voudra », se disent-ils. C’est une guerre d’usure.
La paralysie du Pentagone
Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a limogé plus d’une centaine de généraux et d’amiraux. La haute hiérarchie militaire est paralysée, selon le général Pellistrandi.
« Les soldats craquent parce que les conditions d'engagement sont extrêmement dures et qu'il n'y a pas de perspective », explique-t-il.
Quand vous partez pour une mission de six mois, vous savez que ça durera six mois. Là, ils sont partis le 25 novembre sans date de retour, et on prolonge indéfiniment. Le moral s’effondre.
Il faut ajouter l’impact sur les familles restées à terre. Ce sont elles qui ont tiré la sonnette d’alarme et organisé une réunion avec l’état-major.
Pete Hegseth : un secrétaire à la Guerre contesté
Pte Hegseth n’est pas un militaire de carrière. Ancien journaliste de Fox News, il a servi en Irak comme officier. Sa nomination avait été durement contestée au Sénat, avant d’être approuvée.
Depuis, il s’est surtout illustré par des démonstrations de force virile. « C'est quelqu’un qui a été contesté dès le départ, mais qui avait un tel engagement auprès de Donald Trump qu'il a été maintenu », résume le général Pellistrandi.
Ce que la Chine et la Russie observent
La Chine et la Russie suivent de près la situation de l’USS Lincoln. Leurs satellites et leurs services de renseignement analysent chaque incident.
Les Chinois regardent ce qui se passe dans le Pacifique. L’USS George Washington quitte le Japon pour le Moyen-Orient. Cela signifie moins de présence américaine en mer de Chine.
« Les Américains sont obligés de déshabiller Pierre pour habiller Paul », résume le général Pellistrandi.
La Chine n’a que trois ou quatre porte-avions, contre onze pour les États-Unis. La marge est encore confortable.
Et maintenant ?
La relève de l’USSLincoln est annoncée. Le George Washington arrivera dans une semaine ou dix jours. Les marins de l’Abraham Lincoln pourront enfin rentrer à San Diego.
La commission d’enquête demandée par le sénateur Blumenthal devra répondre aux questions qui restent.
L’USS Lincoln rentre au port. Mais le problème, lui, reste en mer.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
Ne manquez aucun scandale
Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.


