Usines russes à mensonges : le Figaro révèle les cibles françaises de Storm-1516 et Matriochka

Une vidéo truquée accuse la présentatrice du 20 heures de France 2 d’avoir proposé 50 000 euros pour promouvoir un candidat à la présidentielle. Rien n’est vrai. Elle a pourtant été vue des milliers de fois. Bienvenue dans le nouveau visage de la guerre hybride russe contre la France — une enquête du Figaro, publiée ce 5 août 2026, en dévoile les coulisses.
L’ancien Premier ministre Gabriel Attal, candidat déclaré à la présidentielle de 2027, a été visé par une « ingérence en provenance de Russie », a confirmé son entourage à l’AFP. Derrière ces attaques ? Deux usines à mensonges : Storm-1516 et Matriochka.
Les faits
Le Figaro révèle le modus operandi de ces deux entités russes. Elles produisent des médias factices, des faux reportages, des comptes fantômes. Méthode rodée : créer un site web qui imite un journal légitime, y publier une fausse information, puis l’amplifier via des centaines de comptes automatisés. Le mensonge devient viral avant même d’être démenti.
Le Parisien confirme : une vidéo dopée à l’intelligence artificielle ciblait Anne-Sophie Lapix. La fausse séquence l’accusait d’avoir proposé à des responsables de médias 50 000 euros pour promouvoir la candidature d’un eurodéputé en vue de 2027. Information totalement infondée. Mais elle a circulé.
L’entourage de Gabriel Attal a dénoncé une ingérence russe, relayée par l’AFP et reprise par Centre Presse Aveyron. L’ancien Premier ministre, également candidat à la présidentielle, a été la cible d’une campagne de déstabilisation. Le Figaro évoque un « environnement actif de manipulation et d’ingérence ». Les détails précis — quels politiques, quels médias factices — restent encore partiellement connus. L’enquête du journaliste Steve Tenré, réservée aux abonnés, promet d’autres révélations.
Le contexte
Storm-1516 est une déclinaison de l’usine à trolls fondée par Evgueni Prigojine à Saint-Pétersbourg, déjà célèbre pour ses campagnes lors de l’élection américaine de 2016. Matriochka ? Une autre structure de désinformation, moins connue mais tout aussi active. L’Union européenne avait signalé environ 80 tentatives de désinformation russe liées à la pandémie de Covid-19. La guerre en Ukraine a multiplié les opérations.
Ces usines ne produisent pas que des vidéos. Elles créent des sites web entiers, signature visuelle soignée, qui ressemblent à des journaux légitimes. Leurs cibles : des personnalités considérées comme hostiles au régime russe. Le Parisien résume l’objectif : « rendre viral un mensonge total pour salir des personnalités considérées comme hostiles par le régime russe ».
Pourquoi la France ? Parce que son système politique est polarisé, ses médias fragilisés, sa défense contre la désinformation embryonnaire. Les États-Unis ont créé après 2016 une agence de contre‑désinformation, le Global Engagement Center. L’Allemagne a mis en place un réseau d’alerte. Le Canada a une unité dédiée. La France, elle, accumule les rapports — mais aucune structure opérationnelle n’a vu le jour.
Le traitement judiciaire
Aucune poursuite judiciaire n’a été annoncée à ce jour. L’entourage de Gabriel Attal a saisi l’AFP pour dénoncer l’ingérence. Mais aucune plainte pénale n’a été officiellement déposée. Le Figaro précise que ces opérations s’inscrivent dans un « environnement actif de manipulation et d’ingérence ». Les services de renseignement sont-ils mobilisés ? La question reste ouverte.
La présomption d’innocence s’applique aux auteurs présumés de ces campagnes. Évidemment. Mais une difficulté supplémentaire se pose : les usines russes sont des structures parapubliques, protégées par le Kremlin. Les identifier est une chose. Les poursuivre en est une autre. La France dispose de lois contre les ingérences étrangères — leur application reste rare. Le coût politique d’une riposte est élevé. Et le Kremlin le sait.
Ce que ça dit de la France
La France est vulnérable. Ses élites politiques et médiatiques sont des cibles de choix pour des opérations de déstabilisation à bas coût. Une vidéo truquée, quelques comptes Twitter, et le mal est fait. Le pays dépense pourtant 45 % de son PIB en dépenses publiques — un record mondial. Mais sur ce terrain précis, la protection est quasi inexistante.
Ironie du sort : l’État qui prélève 57 % du PIB pour des services publics souvent dégradés ne parvient pas à monter une cellule de riposte contre des trolls russes. Pendant que des fonctionnaires rédigent des notes, les usines à mensonges tournent 24 heures sur 24. Le contribuable français paie pour une défense qui ne défend pas — du moins pas sur ce champ de bataille.
Ce n’est pas une question de moyens. C’est une question de priorité. Les gouvernements successifs ont préféré investir dans des agences redondantes plutôt que dans la sécurité informationnelle. Résultat : des candidats à la présidentielle se retrouvent ciblés sans que l’État ne réagisse en temps réel.
« On fait évoluer les codes », disait une propagande russe récente. En France, on reste dans les vieux schémas. On attend que le mal soit fait pour dénoncer. On ne prévient pas. On constate.
Et maintenant ?
Que va faire la France ? La présidence de la République n’a pas commenté l’enquête du Figaro. Les services de renseignement sont-ils saisis ? Les citoyens peuvent-ils encore faire confiance à ce qu’ils voient en ligne ? Une chose est sûre : les usines russes continueront de produire leurs mensonges. À suivre.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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