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Révélation : l'Université Bauman forme les hackers du GRU qui ont piraté Macron

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-10
Illustration: Révélation : l'Université Bauman forme les hackers du GRU qui ont piraté Macron
© YouTube

Commençons par le commencement.

Daniil est né en Sibérie. Il joue au foot. En 2018, à 19 ans, il entre à l'Université technique d'État de Moscou-Bauman — la plus prestigieuse école d'ingénieurs du pays, fondée en 1830 (source : Le Monde). Vladimir Poutine lui-même l'a visitée. Mais le site officiel cache un détail.

Le département numéro 4.

Dans l'organigramme public, on passe directement du 3 au 5. Pourtant, le 4 existe bel et bien. C'est là que Daniil suit ses cours. Un département secret, intégré à l'académie militaire de l'université. Sa mission ? Préparer les étudiants à devenir officiers du GRU — le service de renseignement militaire russe.

Retenez ce détail.

Le leak qui fait trembler Moscou

Un consortium international de médias — dont Le Monde — a mis la main sur plus de 2 000 documents internes de l'Université Bauman. Des listes d'élèves. Des contenus de cours. Des CV de professeurs. Des échanges de mails. Des lettres de recommandation. Des plans de formation. Même des résultats d'examens.

« Ce sont vraiment des documents administratifs internes à l'université », explique Lucas Minisini, journaliste à M le magazine du Monde. « Ce qui est intéressant, c'est que tous ces documents viennent en particulier d'un département de cette université, le département numéro 4. »

Les journalistes ont vérifié chaque pièce. Ils ont recoupé les noms avec les réseaux sociaux, les photos, les traces en ligne. « On faisait en sorte de recroiser au maximum ce qu'on trouvait dans les documents avec ce qui pouvait se vérifier en open source », précise Minisini.

Les preuves sont solides. Irréfutables.

Un programme de guerre informationnelle

Le plan de cours de la filière de Daniil est tombé. Il inclut des compétences offensives. Les étudiants apprennent à exploiter des vulnérabilités avec Metasploit — un outil utilisé par des cyberattaquants contre des agences gouvernementales ukrainiennes en avril 2022. Ils étudient le fonctionnement des réseaux informatiques protégés du département de la Défense américain.

Mais ce n'est pas tout.

Une séance vise à « développer une campagne de propagande ». Le cours commence par une référence à Clausewitz. Pour les Russes, l'information et l'informatique sont indissociables. Kevin Limonier, spécialiste du cyberespace russophone, décrypte : « Les Russes ne font pas de différence entre les réseaux informatiques — les tuyaux — et l'information qui circule dans ces tuyaux. Pour eux, tout ça, c'est la même chose : l'espace informationnel. »

Cette vision a des conséquences concrètes. « Quand les Occidentaux pensaient se battre dans le cyberespace, les Russes se battaient dans l'espace informationnel », ajoute Limonier. Cela permet des tactiques différentes : collaboration avec des groupes de cybercriminels, diffusion de fausses informations, hébergement d'infrastructures de propagande.

Les étudiants eux-mêmes sont endoctrinés. Les actualités du front ukrainien sont diffusées chaque jour en cours. Un document donne aux professeurs des éléments de langage pour justifier « l'opération militaire spéciale » — euphémisme pour désigner la guerre. Les arguments sont imprégnés de désinformation.

« On voit que même à ce niveau-là, les élèves qui sont des bons éléments pour l'État russe sont inondés par cette propagande », constate Minisini. « Une certaine vision conspirationniste du monde est devenue un véritable logiciel de vision du monde : faire de la Russie un État assiégé par l'Occident, par des forces obscures, par les nazis. »

Le GRU supervise tout

Les documents révèlent des liens directs entre l'université et les services de renseignement. Kirill Stoupakov, directeur de la filière, travaille aussi au GRU. Son CV figure dans le leak. Viktor Netykcho — sous sanctions américaines pour ingérence dans l'élection présidentielle de 2016 — signe des documents. Son unité est accusée d'avoir piraté les mails d'Hillary Clinton. Iouri Chikolenko — sous sanctions britanniques pour cyberattaques — signe une autre lettre.

Le GRU ne se contente pas de recruter. Il supervise la formation. Il approuve les objectifs pédagogiques. Il valide les admissions. Il évalue les examens. Un membre du GRU commente même les résultats médiocres des étudiants.

« C'est une illustration du degré extrêmement avancé de militarisation de l'enseignement supérieur en Russie », analyse un professeur d'université. « Le corps enseignant, les étudiants, les services de renseignement — tous ces gens-là marchent absolument main dans la main. »

Où est la frontière entre l'éducation et l'espionnage ? Elle n'existe pas.

15 diplômés intègrent directement le GRU

2 juillet 2024. Remise des diplômes à l'académie militaire de l'Université Bauman. Les étudiants deviennent lieutenants. Le document d'affectation est clair : 15 d'entre eux intègrent le GRU.

Daniil est l'un des meilleurs élèves. Il rejoint l'unité 26165 — Fancy Bear, aussi connue sous le nom d'APT28. Cette unité est accusée de cyberattaques contre TV5 Monde, contre l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron en 2017 (MacronLeaks), et contre les infrastructures des Jeux Olympiques de Paris 2024.

Le ministre des affaires étrangères français a récemment alerté : « APT28, retenez bien ce nom. »

Les camarades de Daniil sont déployés dans d'autres unités célèbres. L'unité 74455 — Sandworm — accusée de dizaines de cyberattaques à travers le monde. D'autres rejoignent des unités du GRU inconnues jusqu'alors. « Leur appartenance au GRU est documentée pour la première fois », affirment les enquêteurs. Elles sont basées à Moscou, Koursk et Sébastopol, en Crimée annexée.

Ces unités font partie des VIO — les troupes d'opérations informationnelles. Créées en 2014 après les leçons de la guerre russo-géorgienne de 2008, elles sont aujourd'hui aux premières loges de la guerre hybride contre l'Occident.

L'usine à hackers va tourner encore plus vite

Un document interne prévoit l'augmentation du nombre de recrues dans la filière du département 4 qui prépare au GRU. L'université veut produire encore plus de spécialistes de la guerre informationnelle.

Contactés par les enquêteurs, l'Université Bauman, Kirill Stoupakov et Daniil n'ont pas répondu.

L'enquête continue.

Ce n'est pas une simple affaire d'espionnage. C'est un système d'État. Une université prestigieuse transformée en usine à hackers. Un département secret. Des professeurs-officiers du GRU. Des étudiants devenus lieutenants. Des unités spécialisées dans la guerre informationnelle.

Et la France est une cible prioritaire.

Les JO de Paris 2024 ont été attaqués par les diplômés de cette filière. La campagne présidentielle de 2017 a été piratée par les mêmes. Le prochain scrutin est dans un an. Les infrastructures critiques françaises sont quotidiennement visées.

Qui protège la France de ces hackers d'État ? Qui surveille les diplômés de l'Université Bauman ? Qui anticipe leurs prochaines cibles ?

Les réponses, pour l'instant, sont absentes.

Sources

  • Le Monde — Enquête sur le département numéro 4 de l'Université technique d'État de Moscou-Bauman (2024)
  • Consortium international de médias — Leak de 2000 documents internes
  • Documentation ouverte (OSINT) — Vérification croisée des identités
  • Kevin Limonier, spécialiste du cyberespace russophone — Entretien avec Le Monde
  • Keir Giles, spécialiste de l'armée russe — Analyse des troupes VIO
  • Ministère des affaires étrangères français — Alertes sur APT28 (2024)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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