Uber et Deliveroo accusés d'esclavage moderne sur leurs livreurs

23 euros pour 12 heures de travail. La plainte déposée contre Uber et Deliveroo ce matin au tribunal de Paris n'est pas qu'un coup médiatique. C'est l'aboutissement de dix ans de souffrances silencieuses. Deux mots reviennent dans les dossiers : traite des êtres humains et discrimination.
Douze heures, vingt-trois euros
"Je suis rentré avec 23 euros." La voix du livreur marocain tremble au téléphone. Il a pédalé toute la journée sous la pluie. Des chiffres qui glacent : 70% des livreurs gagnent moins de 5€ de l'heure après frais.
Le piège ? Le statut d'auto-entrepreneur. Pas de congés. Pas d'assurance chômage. Pas de mutuelle. Juste la course effrénée pour des courses à 3,50€ — oui, vous avez bien lu.
"Refusez, et le système vous pénalise." Les algorithmes des plateformes favorisent ceux qui acceptent tout. Une pression permanente. Des vélos qui tombent en rade, des accidents non déclarés, des mains gelées l'hiver. La liberté promise ? Un leurre.
La plainte qui fait trembler l'écosystème
Ce matin, cinq associations ont franchi le pas. Leur arme : l'article 225-14 du Code pénal sur la traite humaine. Leur cible : un business model bâti sur "l'exploitation de la vulnérabilité".
Prenez Karim, 34 ans. Sans-papiers avant son contrat Deliveroo. "Ils savent qu'on n'a pas le choix." Les témoignages s'accumulent : livreurs forcés de louer leur compte à des réseaux, payés 30% de la course réelle.
Et pourtant. Malgré 87 signalements en 2025 à l'inspection du travail, aucune sanction. Les plateformes jouent la montre. Jusqu'à aujourd'hui.
Uber contre-attaque : la stratégie de l'intimidation
"Diffamation !" La réaction d'Uber France a fusé dans l'après-midi. Leur communiqué parle de "minorité activiste" et brandit des chiffres contredits par toutes les études indépendantes.
Pire : des avocats ont contacté trois livreurs témoins. "On m'a dit de me taire ou de prouver chaque mot." La méthode est connue. Épuiser. Dissuader.
Deliveroo, lui, observe le silence radio. Leur dernier rapport RSE vantait pourtant "l'autonomie des partenaires". Un euphémisme.
L'Europe donnera-t-elle le coup de grâce ?
Bruxelles a voté une directive en janvier. Elle obligerait les plateformes à requalifier les livreurs en salariés. Problème : la transposition française traîne. Le ministère du Travail botte en touche depuis six mois.
"Ce sera trop tard pour des milliers de livreurs", lâche une avocate du Syndicat des livreurs. Les associations demandent des mesures d'urgence : un salaire horaire garanti, l'accès aux arrêts maladie.
La balle est dans le camp du gouvernement. Va-t-il protéger les travailleurs ou les actionnaires ? L'histoire jugera.
Derrière les chiffres, des vies
Ils s'appellent Mohamed, Fatima ou Lucas. Leur point commun ? Avoir cru au mirage de la "flexibilité".
"On n'est pas des robots", insiste une livreuse de 42 ans. Son vélo — le troisième en deux ans — vient de lâcher. Pas de indemnisation. Pas de remplacement. Juste 48h pour trouver une solution sous peine de radiation.
La plainte d'aujourd'hui change la donne. Elle met des noms sur des statistiques. Des visages sur un système. Reste une question : jusqu'où faudra-t-il aller pour que ces vies comptent ?
Sources :
- Témoignages de livreurs
- Plateforme Uber
- Enquête Médecins du Monde (2025)
- Directive européenne sur les plateformes de livraison
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
Ne manquez aucun scandale
Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.
Les autres épisodes de ce dossier
Voir tout le dossier →Épisode 2 · 2026-04-01
Livreurs ubérisés en souffrance : le scandale sanitaire ignoréÉpisode 3 · 2026-04-23
Uber et Deliveroo accusés d'esclavage moderne sur leurs livreurs


