États-Unis : un multirécidiviste aux identités multiples arrêté après l'enlèvement de son fils

Un voyage allemand au Kentucky
Commençons par le commencement. Un jeune Allemand débarque aux États-Unis avec un visa touristique. Il a 24 ans. Il veut rester. Il rencontre une étudiante, l'épouse en moins de deux mois, s'inscrit à l'université. Rien d'extraordinaire — sauf que cet homme, Richmond Gruber, va bientôt tuer. Et il ne s'arrêtera pas là. Selon Canal Crime, il changera d'identité quatre fois, traversera le pays d'un océan à l'autre, et ne sera finalement arrêté que parce qu'il a voulu revoir son fils. Une faiblesse humaine, dans un parcours de sociopathe.
Meurtre, fuite, et métamorphose
Tout commence à Cox's Creek, dans le Kentucky. Richmond Gruber, muni d'un visa touristique de deux mois, rencontre Virginia Potts à la bibliothèque du campus. « Un mois et vingt-neuf jours plus tard, ils se marient », raconte la vidéo. Gruber emprunte de l'argent à sa femme et s'inscrit comme étudiant en finance. Il devient trésorier d'une association étudiante. Mais très vite, le président du campus, Don Spicer, remarque des anomalies : des retraits de plus de 10 000 dollars non justifiés. Il accuse Gruber de vol. La conversation tourne à l'altercation. Selon Canal Crime, Gruber frappe Spicer avec sa caisse en métal, lui fracassant le crâne. Il cache le corps derrière un bureau, entouré de livres, puis envoie un texto à sa femme et quitte la ville en bus.
Il a tué une première fois. Mais il n'a pas de casier, pas de signalement. Il est juste un mari qui a disparu. Alors il change de nom. Il devient Rich Roberts, un ancien étudiant de Harvard Law qui aurait abandonné pour devenir scénariste. Il trouve un emploi dans un service de courrier d'une agence de talents à Los Angeles. Pour obtenir des papiers, il utilise une méthode classique : il trouve le nom d'un enfant décédé né à peu près à la même date, obtient une copie de l'acte de naissance, et se fait délivrer un nouveau numéro de sécurité sociale. Il obtient même un permis de conduire. « Quand l'agence vérifie ses antécédents, tout est propre », précise la vidéo.
Mais le salaire est faible. Il rencontre alors Denise Hawkins, une scénariste divorcée de 51 ans, lors d'un événement professionnel. En une semaine, il emménage dans sa belle maison de Beverly Hills. Il se fait passer pour un jeune prodige, ami de Francis Ford Coppola. Denise est sous le charme. Son fils, John Hawkins, officier du renseignement dans les Marines, rentre pour deux semaines. Il flaire l'arnaque. Il fouille les affaires de Rich et trouve son carnet de notes, ainsi que son visa touristique allemand original. Il confronte Rich. Selon Canal Crime, Rich drogue John avec du Rohypnol, puis le tue à la tronçonneuse. Il nettoie la scène, mais le sang éclabousse partout. Il cache les restes dans le jardin.
Denise, alcoolique, rentre ivre. Rich lui ment : John a été rappelé par les Marines. Il tente de l'empoisonner, mais elle meurt d'une overdose d'alcool avant qu'il n'agisse. Il quitte la ville dans la voiture de John. Plus tard, lors de rénovations de la maison, les restes de John sont découverts. Mais les autorités ne peuvent pas identifier Rich Roberts.
Il change encore d'identité. Il devient Richard Regal, joueur de poker professionnel à Las Vegas. Il mène grand train. Puis il rencontre Kelly, une femme d'affaires, l'épouse et devient Rick Kennedy. Ils ont un fils, Ricky Jr. Mais Kelly engage un détective privé qui découvre ses fraudes : il n'est pas un Kennedy, n'a jamais été à Harvard, et a détourné des fonds de son agence immobilière. Kelly demande le divorce et obtient la garde. Rick, dépressif, kidnappe son fils lors d'une visite supervisée. Il frappe le superviseur et prend la fuite. Une alerte Amber est déclenchée. La police retrouve sa trace à Las Cruces, Nouveau-Mexique. Il est arrêté.
Le profil d'un caméléon
Que sait-on de l'accusé ? Selon Canal Crime, Richmond Gruber est un Allemand arrivé aux États-Unis avec un visa touristique. Il parle anglais avec un accent, mais il a passé des heures à regarder la télévision américaine pour perfectionner son jeu. Il est décrit comme un « shape-shifter », un caméléon social, capable de charmer et de mentir avec aisance. Il a épousé plusieurs femmes, volé de l'argent, et tué pour protéger ses secrets. La vidéo précise qu'il a utilisé l'identité d'un enfant décédé pour obtenir des papiers — une technique courante mais difficile à détecter sans recoupement entre États.
Les victimes : Don Spicer, président de campus, tué lors d'une altercation. John Hawkins, ancien Marine, tué à la tronçonneuse. Denise Hawkins, morte d'alcoolisme, mais dont la mort a été accélérée par les circonstances. Et potentiellement d'autres, non mentionnées. La vidéo évoque une « centaine de victimes parmi ses serfs » dans un autre contexte (Tamara Samsonova), mais cela ne semble pas lié à cette affaire.
Le lieu : du Kentucky à la Californie, puis au Nevada, à l'Arizona, et enfin au Nouveau-Mexique. Un parcours de plusieurs milliers de kilomètres, sans que les autorités ne fassent le lien entre les différents alias.
L'arrestation et les charges
L'arrestation a eu lieu à Las Cruces, Nouveau-Mexique, après l'enlèvement de Ricky Jr. La police a émis une alerte Amber, ce qui a permis de localiser le véhicule grâce à la plaque d'immatriculation fournie par le superviseur. Selon Canal Crime, « c'est l'humanité qui a amené un inhumain shape-shifter à justice » — son attachement pour son fils a causé sa perte.
Les charges retenues ne sont pas précisées dans la vidéo. On peut supposer qu'il fait face à des accusations de meurtre, enlèvement, fraude, et usurpation d'identité. Aucun procès n'est mentionné. La présomption d'innocence s'applique. Les faits rapportés par la chaîne n'ont pas été confirmés par d'autres sources à ce stade. Le Dossier n'a pu consulter que cette unique source.
Ce que ça dit de la France (et des États-Unis)
L'histoire de Richmond Gruber est américaine. Mais elle pose une question universelle : comment un multirécidiviste peut-il changer d'identité et traverser les États-Unis sans être arrêté ? La réponse tient en un mot : fragmentation.
Les États-Unis sont une fédération de 50 États, chacun avec son propre système judiciaire, ses fichiers, ses bases de données. Un crime commis dans le Kentucky n'est pas automatiquement connu en Californie. Un alias utilisé au Nevada n'apparaît pas dans les fichiers de l'Arizona. Les mandats d'arrêt sont souvent locaux. Les échanges d'informations entre États sont lents, incomplets, parfois inexistants. Le Federal Bureau of Investigation (FBI) peut coordonner, mais seulement si les autorités locales le sollicitent. Dans le cas de Gruber, il a tué une première fois, changé de nom, et personne n'a fait le lien.
La France, elle, est un État centralisé. Le fichier national des personnes recherchées (FPR) et le casier judiciaire sont unifiés. Un meurtre à Marseille est connu à Lille. Mais cela n'empêche pas les failles : les changements d'identité par usurpation d'état civil existent aussi en France. Des affaires récentes ont montré que des criminels peuvent obtenir de faux papiers grâce à des complicités ou à des failles administratives. La différence, c'est que la France a une base de données centralisée — mais encore faut-il que les informations y soient entrées correctement.
Le vrai problème est ailleurs. Aux États-Unis, le système fédéral permet à un criminel de « disparaître » en traversant une frontière d'État. En France, le territoire est plus petit, mais les contrôles sont moins nombreux. La leçon est la même : sans échange d'informations rapide et systématique entre juridictions, les multirécidivistes peuvent jouer au chat et à la souris.
Et maintenant ? L'arrestation de Richmond Gruber est une victoire pour la police du Nouveau-Mexique. Mais elle soulève des questions sur les centaines d'autres fugitifs qui, chaque année, changent d'identité et traversent les États-Unis sans être inquiétés. Le Congrès américain pourrait renforcer le système d'échange d'informations — mais cela coûte de l'argent et heurte la sensibilité des États. En France, le débat est différent : comment empêcher l'usurpation d'identité sans alourdir les procédures ? La réponse n'est pas simple. Mais une chose est sûre : tant que les systèmes resteront poreux, les Richmond Gruber continueront à exister.
Cet article est basé exclusivement sur la vidéo « He Steals Identities To Cover Up His Murders » de la chaîne Canal Crime. Les informations n'ont pas été corroborées par d'autres sources. Le Dossier rappelle la présomption d'innocence et la nécessité de ne pas considérer les faits comme définitivement établis tant qu'une décision de justice n'a pas été rendue.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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