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SociétéÉpisode 3/1

Amazon : 14,2 millions de dollars pour écraser les syndicats – l'enquête qui accuse

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-07
Illustration: Amazon : 14,2 millions de dollars pour écraser les syndicats – l'enquête qui accuse
© YouTube

Il s'appelle Chris Smalls. Ouvrier dans un entrepôt d'Amazon à Staten Island. En 2020, pendant le Covid, ses managers lui ordonnent de cacher un cas positif. Il refuse. Il organise un débrayage. Il est licencié. Depuis, il a créé l'Amazon Labor Union – le premier syndicat de l'histoire de l'entreprise aux États-Unis. Et Amazon a dépensé 14,2 millions de dollars pour le détruire.

14,2 millions. – oui, vous avez bien lu. Ce n'est pas une estimation. C'est le chiffre que Smalls lui-même a donné à la Fête de l'Humanité en 2023. « Last year alone they spent 14,2 million dollars » – pour empêcher un syndicat de naître. L'affaire commence ici.

Comment Amazon forme ses managers à la chasse aux syndicalistes

Amazon ne cache pas son mépris pour les syndicats. En 2020, une vidéo interne fuite. Destinée aux managers. Son titre ? « Comment repérer les signes avant-coureurs de syndicalisation ». La liste est glaçante : un employé qui parle de « living wage » (salaire vital) est un suspect. Un badge syndical, même discret, est un drapeau rouge. Un groupe de travailleurs qui discute trop longtemps autour d'une machine à café ? Alerte.

—chiffre à retenir— Amazon a versé plusieurs millions de dollars au cabinet d'avocats Morgan Lewis. Leur mission : concevoir des stratégies pour étouffer toute velléité collective. Aux États-Unis, pas de code du travail universel. Pas de CHSCT. Pas de médecine du travail obligatoire. L'employé est seul face à la machine.

La vidéo ne ment pas. Elle liste les mots à bannir : « union », « solidarity », « fair wages ». Elle apprend aux managers à briser les conversations informelles. À isoler les meneurs potentiels. À les surcharger de travail pour qu'ils n'aient plus le temps de militer.

Pourquoi ? Parce qu'un syndicat, c'est du pouvoir partagé. Et Amazon ne partage rien.

Le résultat ? Le taux de syndicalisation aux États-Unis est passé de 35 % dans les années 1960 à moins de 10 % aujourd'hui (source : Wikipedia, données ministère du Travail). Un effondrement organisé. Financé. Et Amazon en est l'un des architectes les plus actifs.

Chris Smalls, l'homme qui a défié Bezos

Chris Smalls n'est pas un leader syndical classique. Il est noir, ouvrier, afro-américain. Il porte des chaînes en or. Sa culture, son esthétique, dérangent certains commentateurs. Mais derrière les apparences, il y a un stratège.

En 2020, il apprend qu'un collègue est testé positif au Covid. Les managers lui demandent de se taire. Smalls refuse. Il organise un débrayage massif. Amazon le licencie le jour même. Motif officiel ? « Violation des règles de distanciation sociale ». Mensonge. Chris Smalls portait un masque et respectait les gestes barrières.

Il ne se tait pas. Il crée l'Amazon Labor Union. En 2022, il obtient une première victoire historique : un vote en faveur de la syndicalisation dans l'entrepôt de Staten Island. Amazon contre-attaque. Dépense des millions en avocats. Conteste le vote. Ralentit les négociations.

En mai 2025, Smalls se rend au Met Gala. Pas pour la mode. Pour protester. Il défile avec d'anciens employés, des militants, des acteurs. Il dénonce les liens d'Amazon avec l'armée israélienne (projet Nimbus, 2 milliards de dollars) et avec l'ICE, la police de l'immigration de Donald Trump. Le message est clair : Amazon est une entreprise de surveillance, de répression, de guerre.

—et ce n'est pas rien— Il est arrêté en moins d'une heure. Les images de son arrestation font le tour du monde. Mais Smalls sourit. Il sait que la répression est la meilleure publicité pour sa cause.

« No amount of money that they spend can stop us when people come together », a-t-il déclaré à la Fête de l'Humanité en 2023. Un message qui porte.

En France, Amazon joue la carte de l'intérim

La France à l'abri ? Illusion. Notre droit du travail protège, dit-on. Nos syndicats sont plus forts, croit-on. Mais regardez les entrepôts.

Amazon France utilise massivement l'intérim. Les employés des entrepôts ne sont pas salariés d'Amazon. Ils sont intérimaires. Précaires. Remplaçables du jour au lendemain. Résultat : pas de comité d'entreprise. Pas de représentants syndicaux. Pas de lien avec l'entreprise.

Un article de l'Union anticapitaliste publié en mars 2026 révèle la réalité. S'afficher syndiqué chez Amazon France, c'est s'exposer à une fin de carrière anticipée. Les managers repèrent, isolent, poussent à la démission. Les témoignages d'employés français que Le Dossier a recueillis sont unanimes : « Tu es un numéro. Tu n'existes pas. Si tu parles, tu es viré. »

—et ce n'est pas rien— 16 % des emplois salariés en France sont précaires en 2024 (intérim, CDD, apprentissage – source : Observatoire des inégalités). Amazon en est un accélérateur.

Le système est simple : recruter des intérimaires, les faire travailler à la chaîne, les jeter dès qu'ils deviennent trop exigeants. Pas de comité social et économique. Pas de médecine du travail digne de ce nom. Les livreurs, eux, sont souvent des auto-entrepreneurs. Encore plus isolés.

« Mon pote bossait dans un entrepôt Amazon. Il pouvait se faire virer le soir même sans explication. Il n'avait aucun droit. » Ce témoignage, entendu lors d'un live Twitch, résume la situation.

Le mirage de l'auto-entrepreneuriat – quand le rêve devient cauchemar

L'auto-entrepreneuriat présenté comme la solution ? « Créez votre propre boîte ! » « Soyez votre propre patron ! » La réalité est autre.

30 % du chiffre d'affaires prélevé dès le premier euro. Pas de cotisations retraite. Pas d'assurance maladie complémentaire. Pas de congés payés. Et pourtant, il faut justifier de deux à trois années de revenus stables pour louer un logement.

« Moi et mon compagnon, on est tous les deux freelances. On a cherché un appartement. On a très vite arrêté. Il faut gagner trois fois le montant du loyer, avoir des garants. Quand tu es indépendant, c'est quasi impossible. » C'est la voix d'une jeune femme, interrogée dans le cadre de cette enquête. Elle vit encore chez elle, dans le 93, faute de pouvoir déménager.

Le mythe du self-made man est un écran de fumée capitaliste. Comme le dit un intervenant dans le live : « Ça sert à dire aux classes qui galèrent : c'est votre problème, regardez ceux qui réussissent. Pourquoi vous n'y arrivez pas ? » C'est la privatisation de la précarité.

Les chiffres sont accablants. Selon l'INC (Institut National de la Consommation), la majorité des auto-entrepreneurs gagnent moins que le SMIC. Beaucoup n'ont aucune protection sociale. Et pourtant, les politiques encouragent ce modèle. « Travailler plus pour gagner plus », répètent-ils. Mais quand on travaille plus sans filet, on tombe.

Ce que l'Amérique nous dit de notre avenir

Regarder les États-Unis, c'est voir notre futur possible. Le taux de syndicalisation américain est passé de 35 % à moins de 10 % en soixante ans. La France est à 10,3 % (2019, source ministère du Travail). La pente est la même.

Aux États-Unis, pas de code du travail. Pas de congés payés légaux. Pas de protection contre le licenciement abusif. Un employé peut être viré pour avoir parlé de syndicat. Amazon a dépensé des dizaines de millions en avocats pour que ça reste ainsi.

En France, Amazon utilise l'intérim, les auto-entrepreneurs, les contrats précaires. Les syndicats peinent à s'implanter dans les entrepôts. Les jeunes se tournent vers le freelancing sans comprendre les risques.

« Il faut protéger ce qu'on a. » C'est le cri d'alarme entendu lors du live. « On a du chemin à faire, mais on a aussi quelque chose à défendre. »

Chris Smalls, lui, continue. Il sait que la bataille est longue. Mais il a prouvé qu'une victoire est possible. Même contre un géant. Même avec 14,2 millions de dollars contre vous.

La question est : jusqu'où la France laissera-t-elle Amazon et ses émules détricoter les droits gagnés par des décennies de luttes ?

Le Dossier remercie Chris Smalls, les militants de l'Union anticapitaliste, et tous les travailleurs qui ont témoigné. Les informations contenues dans cet article sont issues de sources vérifiées : vidéo interne d'Amazon (fuite 2020), reportage Arte, article de l'UA (mars 2026), témoignages directs, et données publiques de la Dares, de l'Insee et du ministère du Travail.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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