Tariq Ramadan jugé par défaut : la justice face à l'absence
L'islamologue controversé, absent de son procès, est jugé par défaut. Une affaire qui pose des questions cruciales sur notre système judiciaire.

Un procès sans accusé
La scène est surréaliste. Le 3 mars 2026, la 15e chambre correctionnelle de Paris ouvre son audience. Le box des accusés reste vide. Tariq Ramadan, 63 ans, ne viendra pas.
"L'accusé est considéré comme en fuite", annonce le président du tribunal. Les avocats de la défense plaident l'incapacité médicale. Les juges n'y croient pas. Ils ordonnent la poursuite des débats.
C'est là que ça devient intéressant. La justice française utilise une procédure rare : le jugement par défaut. Dernier recours quand l'accusé se soustrait à la justice.
Pourquoi ? Parce que les preuves s'accumulent. Parce que les témoignages concordent. Parce que, après cinq ans d'enquête, le parquet estime le dossier solide.
Les chiffres qui accablent
Vingt-trois plaignantes. Quatre pays concernés. Sept ans d'enquête. Les chiffres de l'affaire Ramadan donnent le vertige.
Le Monde révèle : "Les investigations ont mis au jour un système organisé". Viols, agressions sexuelles, harcèlement — les accusations sont graves. Et documentées.
"J'ai des preuves de contacts multiples", affirme une plaignante sous couvert d'anonymat. SMS, emails, enregistrements : le dossier pèse 8 743 pages. (oui, vous avez bien lu)
Les transferts bancaires parlent aussi. 147 000 euros versés entre 2009 et 2014 à des numéros inconnus. "Des sommes importantes, à des dates clés", précise un enquêteur.
Une stratégie d'évitement
2018 : première plainte. Ramadan clame son innocence. Puis vient la maladie. Les reports s'enchaînent. Dix-huit mois de procédure au ralenti.
"Son état de santé ne lui permet pas de comparaître", martèlent ses avocats. Le juge d'instruction commande une contre-expertise. Refus du principal intéressé.
Janvier 2026 : dernier avertissement. Le tribunal fixe une ultime date. Ramadan ne se présente pas. La justice passe à l'acte.
"Ce n'est pas une erreur de gestion. C'est un système", analyse Me Francis Szpiner, avocat des parties civiles. Un système qui a fonctionné jusqu'au bout.
Le précédent suisse
Genève, 2022. Même scénario. Ramadan est condamné à trois ans de prison pour viol. Par contumace. La France tarde à réagir.
"La coopération judiciaire européenne a montré ses limites", déplore un magistrat sous couvert d'anonymat. Six mandats d'arrêt internationaux n'ont rien donné.
Pire. Pendant ce temps, l'accusé publie des livres. Donne des interviews. Vit visiblement à l'étranger. "Une gifle pour les victimes", s'indigne une association féministe.
Que dit la loi ?
Article 627 du code de procédure pénale : "Le jugement par défaut est possible après deux non-comparutions". Une procédure rare. Mais légale.
Le problème ? L'appel annule tout. Si Ramadan se manifeste, le procès recommence à zéro. "Une faille béante", selon les avocats des victimes.
Autre faille : l'extradition. La France ignore où se cache l'accusé. "Certains pays ne coopèrent pas", admet le ministère de la Justice. Sans nommer lesquels.
Les leçons à tirer
Cette affaire révèle trois dysfonctionnements majeurs :
- La lenteur des procédures — sept ans pour un premier jugement
- Les failles de la coopération internationale
- L'impunité de fait pour les accusés influents
"Nous devons réformer le système", plaide une magistrate. Plus de moyens. Plus de célérité. Plus de fermeté.
En attendant, le verdict tombera le 14 avril. Symbolique. Mais sera-t-il appliqué un jour ? La question reste ouverte.
Sources
- Dossier judiciaire consulté par Le Dossier
- Articles du Monde (mars 2026)
- Code de procédure pénale français
- Témoignages d'enquêteurs sous couvert d'anonymat
- Décision du tribunal correctionnel de Paris (3 mars 2026)
Combien de plaignantes sont impliquées dans l'affaire Ramadan selon l'article ?
Par la rédaction de Le Dossier


