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SociétéÉpisode 2/1

Sénégal : l'ingénieur français arrêté, la chasse aux gays s'intensifie

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-12
Illustration: Sénégal : l'ingénieur français arrêté, la chasse aux gays s'intensifie
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135 voix pour, zéro contre : le Sénégal verrouille la loi

Un vote. Un chiffre. 135 députés sénégalais ont levé la main. Tous pour une loi qui punit les actes homosexuels de 5 à 10 ans de prison ferme. Zéro voix contre. Trois abstentions — mais pas par opposition : ils réclamaient des peines encore plus dures.

Ce n’est pas un coup de tonnerre isolé. Le nouveau gouvernement, porté par une majorité écrasante, a préparé le texte. L’homosexualité était déjà réprimée depuis 1966 par une loi peu appliquée. Cette fois, le verrouillage est total. La nouvelle loi ne se contente pas de durcir les peines : elle pénalise aussi quiconque vient en aide aux homosexuels — y compris les soignants. Un médecin qui soigne un patient porteur du VIH peut désormais être poursuivi.

Pourquoi cette radicalisation ? Parce que le discours officiel assimile les valeurs LGBTQ à un « poison culturel savamment inoculé dans notre peuple ». Ce sont les mots mêmes employés par un député lors des débats, selon des témoins présents dans l’hémicycle. Le Sénégal, pays à 95 % musulman, a toujours été conservateur sur ces questions. Mais la machine politique a accéléré. Résultat : la loi n’a rencontré aucune opposition parlementaire.

Les conséquences sont immédiates. Depuis l’adoption du texte, plus d’une centaine de personnes ont été arrêtées dans tout le pays, souvent sur simple dénonciation ou rumeur. La gendarmerie sénégalaise opère des rafles. Les images qui circulent montrent des hommes traînés dans la rue sous les huées de la foule, qui crie « gorgigen » — « homme-femme » en wolof.

L’ingénieur français pris dans la rafle

Un Français est parmi les détenus. Il a une trentaine d’années, il est ingénieur et vivait à Dakar depuis plusieurs années. Mi-février, la police a frappé à sa porte. Il a ouvert. Ils l’ont « chopé », racontent ses amis, bouleversés. « Ça nous a beaucoup choqués, et après quand on a pris les circonstances de l’arrestation, ça nous a choqués encore plus. »

La police sénégalaise a publié une photo officielle : l’ingénieur apparaît entouré de trois autres suspects arrêtés le même jour. Il est toujours en prison. Sa famille n’a pas souhaité s’exprimer. Son avocat non plus. « Tout le monde a peur de parler », confie un proche.

L’affaire prend une dimension diplomatique sensible. La France n’a pas encore réagi officiellement. Mais l’arrestation d’un citoyen français pour homosexualité, dans un pays où la peine peut atteindre dix ans, pose une question brutale : jusqu’où le gouvernement sénégalais est-il prêt à aller ? Et pourquoi ce silence de Paris ?

Les amis de l’ingénieur décrivent une arrestation menée « comme une rafle ». Ils frappent à la porte, il ouvre, ils le prennent. Aucune procédure particulière, aucun avertissement. Depuis, plus de nouvelles. L’homme est coupé du monde extérieur.

La chasse à l’homme : plus de cent arrestations, des lynchages

Les arrestations ne sont pas un phénomène isolé. Elles se déroulent au vu et au su de tous. Des vidéos montrent un homme emmené par la gendarmerie en plein Dakar, sous les cris de la foule. Parfois, la foule se fait justice elle-même. Un autre suspect a été passé à tabac sur la voie publique, simplement parce qu’on le soupçonnait d’être homosexuel.

Un jeune homme, qui a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat, raconte : « À tout moment, tu te dis que on peut venir t’attraper et tu ne peux pas vivre. Tu es obligé de vivre caché tout le monde. Ça fait chier. Ça, c’est pas une vie. » Il ajoute : « Vous ne rencontrez plus personne. Personne depuis le début des événements. Il y a plus de rencontres. »

Beaucoup d’homosexuels préfèrent se rendre à la police plutôt que d’être pris à partie par la foule. Le risque de lynchage est réel. Une simple rumeur suffit pour déclencher une chasse à l’homme. Les voisins, les collègues, parfois même la famille peuvent dénoncer.

Les chiffres ? Officiellement, plus d’une centaine d’arrestations en quelques semaines. Mais les associations craignent un nombre bien plus élevé — beaucoup de victimes n’osent pas porter plainte, et pour cause : la loi les punit. Le premier condamné connu est un ouvrier sénégalais de 22 ans, qui a écopé de 6 ans de prison ferme et 2 millions de francs CFA d’amende (source : Radio France). Un exemple destiné à faire peur.

La loi qui tue les malades : le VIH menacé

Au milieu de cette répression, une voix s’élève. Celle du docteur Safia Toutiam, directrice du Conseil national de lutte contre le sida. Elle est inquiète. Très inquiète. « Soigner quelqu’un, qu’il soit homosexuel ou non, c’est quelque chose qui relève de notre devoir de médecin. Nous n’avons pas le droit de baisser les bras. Ce sont des personnes qui comptent sur nous. »

Mais la nouvelle loi menace directement les soignants. Elle prévoit des peines pour ceux qui viennent en aide aux homosexuels. Les médecins, les infirmiers, les travailleurs sociaux qui s’occupent des patients porteurs du VIH sont dans le viseur. Résultat : de nombreux malades n’osent plus venir chercher leurs traitements. Ils ont peur d’être arrêtés.

« Vu les menaces, de nombreux homosexuels porteurs du VIH n’osent plus venir prendre leur traitement de peur d’être arrêtés », confirme le docteur Toutiam. La conséquence est prévisible : un retour en force de l’épidémie du sida au Sénégal. Les traitements antirétroviraux sont vitaux. Sans eux, le virus se propage, les résistances augmentent, les décès aussi.

Le paradoxe est terrible. Le gouvernement sénégalais prétend lutter contre un « poison culturel », mais il saborde des décennies de progrès dans la lutte contre le sida. Les financements internationaux, les programmes de prévention — tout cela risque de s’effondrer si les patients se cachent. Et les soignants, pris entre leur serment d’Hippocrate et la menace de prison, sont pris dans un étau.

Les voix isolées : qui ose encore parler ?

Dans ce climat de terreur, rares sont ceux qui élèvent la voix. Le docteur Toutiam est l’une des rares personnalités publiques à exprimer son désaccord. « J’espère que on reviendra à la raison », dit-elle, le souffle coupé. Mais elle admet être inquiète.

Les trois députés qui se sont abstenus lors du vote ? Ils ne sont pas des alliés. Au contraire, ils ont réclamé des peines encore plus lourdes. L’un d’eux a même proposé la prison à vie. L’unanimité apparente cache donc un consensus encore plus dur.

Les médias locaux relaient la position officielle. Les voix critiques sont réduites au silence. Les ONG de défense des droits humains, comme Amnesty International, ont condamné la loi, mais leurs appels restent lettre morte. Le gouvernement sénégalais joue la carte de la souveraineté nationale et de la défense des valeurs culturelles.

Pendant ce temps, les homosexuels continuent de vivre dans la peur. Certains fuient le pays. D’autres se terrent. L’ingénieur français, lui, attend dans sa cellule. Sans avocat qui parle, sans famille qui témoigne, sans soutien diplomatique visible.

Une question taraude : combien de temps le silence de la France va-t-il durer ? L’affaire pourrait devenir un cas d’école pour les relations franco-sénégalaises. Mais pour l’instant, le gouvernement de Dakar ne montre aucun signe de recul.

Au contraire, la chasse continue. Chaque jour, de nouvelles arrestations. Chaque jour, des vies brisées. Le Sénégal est en train de devenir un laboratoire de la haine homophobe la plus institutionnalisée. Et personne, pour l’instant, ne semble capable d’arrêter cette machine.

Le Dossier continuera à suivre cette affaire. Si vous avez des informations, des témoignages ou des documents à partager, contactez-nous de manière sécurisée.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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