Sécheresse : 1 milliard d'euros de fissures — et l'État dort

Un milliard d'euros par an. C'est le montant des indemnités versées pour les maisons fissurées par la sécheresse. Pendant ce temps, 78 départements sont en vigilance orange canicule. Cinquième canicule de l'été. La France suffoque, ses rivières s'évaporent, ses sols se rétractent.
37°C à Vannes. En Bretagne.
La région réputée pour sa fraîcheur légendaire atteint des records. « C'est pas normal en Bretagne », témoigne une habitante des Côtes-d'Armor.
Les Bretons suffoquent. Jour et nuit. « On dort avec un ventilo vraiment dans la tête », confie une autre.
Dans les cuisines des restaurants, la fournaise ne s'éteint jamais. Un cuisinier à Vannes raconte : « Ça peut monter à 55-60 degrés à la planche chaude. » Il s'hydrate en continu. « Plusieurs litres par jour. » L'accumulation des canicules épuise les corps. « C'est vers la fin, quand ça s'accumule, que le corps est fatigué », explique-t-il.
Sur les marchés, les vendeurs craquent. « On commence à être lassé. Là, il est temps que ça s'arrête », lance un commerçant. « On a envie de voir le mois de novembre. »
Le pire est à venir. Demain, le mercure monte encore. Rennes : 35°C aujourd'hui, 37 demain. La baisse est attendue vendredi.
La Bretagne ne fait plus exception.
La France à sec : des rivières qui rendent l'âme
En juillet, le niveau de l'eau a baissé dans plus de 9 nappes phréatiques sur 10. Près de deux sur trois contiennent désormais moins d'eau qu'en temps normal.
Les images parlent. Le Doubs, large cours d'eau il y a trois ans — fin août 2023 — n'est plus qu'un filet. « D'habitude, on marche pas là où on est », s'étonne un témoin. « On a de l'eau partout et puis ça tourbillonne. » Aujourd'hui, le lit est à sec.
La Loire, à Orléans ? Une succession de bancs de sable. Un ruisseau qui se faufile. Le canal de Bourgogne, près de Dijon, est vide. Plus une péniche.
En Alsace, près de Guémar, on capture les poissons à la main pour les sauver. Mais où les relâcher ? Un habitant regarde, impuissant : « Ça fait dix ans quand je viens, l'eau elle est jusqu'à là. Là, normalement, je suis sous l'eau. C'est dingue, c'est affreux. C'est une rivière morte. On peut faire du quad dedans. »
Les agriculteurs, eux, voient leurs récoltes brûler. Sous les serres, les températures dépassent 60°C. Les tomates sont cuites sur pied. « J'ai pluché les tomates à la main sans les avoir ébouillantées », raconte un maraîcher. Les pelouses des terrains de football jaunissent. Les forêts prennent des teintes automnales en plein été.
Ce n'est que la moitié de l'été. Et l'automne arrive déjà — les feuilles tombent, sèches. La nature a soif.
Sous nos pieds, la terre qui tue les maisons
Le plus spectaculaire est invisible. Sous nos pieds.
Les sols argileux se rétractent. Ils font bouger les fondations. Dans le Cher, Ophélie voit des fissures de plusieurs centimètres s'élargir sur sa maison. « Plein de microfissures — maintenant on peut même plus dire micro — sont apparues sur ce mur-là, sur celui-ci également », dit-elle, angoissée.
Une fissure apparue il y a deux mois laisse passer la lumière du jour. « Je me trouve vraiment impuissante face à la rapidité à laquelle ça va et je suis paniquée à l'idée que le mur s'écroule. »
Le mécanisme est connu. Lors des fortes pluies — comme cet hiver — le sol se gorge d'eau et gonfle. La structure de la maison est fragilisée. Quand il fait très sec, le sol se rétracte. Les fissures apparaissent. Le changement climatique aggrave les mouvements.
Il y a sept ans, 48 % du territoire était classé à risque de retrait-gonflement des argiles. Aujourd'hui, c'est 55 %. Presque aucune région n'est épargnée. Les zones rouges et orange couvrent l'Hexagone.
Le coût ? Plus d'un milliard d'euros par an en indemnisations. Et Ophélie attend que sa commune obtienne la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle. « Je sais que tout ça peut prendre énormément de temps et c'est ce qui m'inquiète le plus », confie-t-elle.
Des villes qui s'adaptent
Certaines communes ne baissent pas les bras. À Cuers, dans le Var, la mairie investit. 200 000 à 300 000 euros par an, soit 5 % du budget travaux. Voiles d'ombrage sur les aires de jeu, brumisateurs, arbres plantés, écoles rénovées avec des matériaux qui emmagasinent moins de chaleur.
Le résultat est tangible. Sous les voiles d'ombrage, le bitume affiche 30°C contre 35°C à quelques mètres. « Ça donne un peu de fraîcheur », témoigne une mère de famille. « L'autre jour, il faisait une chaleur. Dès qu'on est arrivé dans la rue, arrivé vers la coiffeuse là, on sent que ça descend. Vraiment flagrant. »
Les enfants jouent en plein air malgré la canicule. Le toboggan, en plein soleil, était brûlant et impraticable. Maintenant, ils en profitent. « Ça fait depuis 9h qu'on est là », dit une maman. « Ils arrêtent pas. »
Mais ces solutions ont leurs limites. L'enrobé clair censé faire baisser la température devient noir sous les pneus des voitures.
La commune a réagi après un record de température en juin 2022. Elle teste, innove, investit. D'autres villes s'intéressent à ces solutions.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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