Attentat de Nice : une pièce de théâtre sur les prélèvements d'organes sans consentement

Prélèvements sans consentement
Dans sa pièce, Thierry Vimal met des mots sur l'indicible. Il écrit : « Le foie de ma senorita serait mieux au chaud chez un gentil receveur plutôt qu'au réfrigérateur depuis 6 ans dans un saut de formol. Son encéphale en revanche également prélevé… »
Le texte convoque aussi les bandes de vidéosurveillance du procès.
Thierry Vimal : la plume et le deuil
Il est écrivain. Il est aussi père. Sa fille est morte sur la Promenade des Anglais, ce 14 juillet 2016.
« Imaginez une enfant de 19 kg auquel vous ajoutez 100 g de robe de plage », écrit-il. « Elle marche à la vitesse de 3 km/h. En face, l'énergie cinétique d'un camion de 19 tonnes lancé à 80 km/h. »
« C'est la première fois que mes mots vont être dits par un acteur devant un public », confie-t-il.
Le comédien Julien Storini porte son texte. Le metteur en scène Jonathan Gesburger cherche le ton juste : « Garde cette teinte même un peu lointaine tout le temps. Ça va nous emmerder sur les sourires, ça va nous emmerder sur les ruptures. »
Première représentation à Paris, au théâtre de Belleville, en avril 2026. Dans la salle ? Des victimes du 13 novembre.
« J'entends tout ce qui n'est pas dit », souffle un spectateur. « C'est beau. Merci Thierry d'être là. »
Deux mois plus tard, la pièce arrive à Nice. Devant les victimes elles-mêmes.
« Une véritable catharsis », dit l'une d'elles. Le spectacle condense neuf mois de travail et une vie de deuil.
« Il y a des phases extrêmement drôles parce qu'on a besoin de rire aussi », explique le metteur en scène. « Le rire est tellement thérapeutique. »
La pièce n'est pas un hommage au pied du monument aux morts.
« Les pilleurs » et les avocats
Sur scène, personne n'est épargné. Pas même ceux qui ont dépouillé les corps, ce soir-là.
« Il vole sur les corps, il vole sur ma mère », dit une victime dans le public.
« Je me sens très ému et en même temps j'ai l'impression que pour une fois on se reconnaît dans quelque chose de public », témoigne une femme.
Et puis il y a les avocats. La pièce ose s'y attaquer aussi.
« Pour vous donner un ordre d'idées, pour les trois mois et demi d'audience, j'ai gagné 5,7 millions d'euros », lance un avocat sur scène. « La justice, c'est vous qui la vivez mais c'est nous qui en vivons », ajoute-t-il.
« Il y a eu des applaudissements en plein spectacle », raconte le metteur en scène.
18 ans, et après ?
Dernière scène : le verdict. Dix-huit ans de réclusion criminelle pour les deux accusés.
« Voyez-vous quoi que ce soit dans cette histoire de victorieux pour toujours ici bas ? Nous avons perdu. »
Les mots de Thierry Vimal résonnent. La justice a parlé. La douleur, elle, reste.
« Nous avons perdu. »
La pièce s'appelle « Ma senorita ». Jouée à Nice et à Paris.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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