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Sargasses en Guadeloupe : 919,25 euros de dégâts, des vies en danger

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-16
Illustration: Sargasses en Guadeloupe : 919,25 euros de dégâts, des vies en danger
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C’est une odeur d’œuf pourri. Un gaz qui ronge les poumons, les appareils électroménagers et les nerfs des 1300 habitants de La Désirade, petite île de l’archipel guadeloupéen. Depuis 2011, les échouements de sargasses se sont intensifiés. « On est sur une grosse année à sargasses et une année précoce. À mi-saison, on est sur les bases d’une année record en matière d’échouements », alertait récemment une source locale dans Le Figaro. Mais derrière les chiffres, il y a des vies.

Corine Nele habite à 300-400 mètres de la mer. Elle se souvient du début de l’enfer. « J’ai aussi perdu mon imprimante, mon ordinateur. On a aussi les climes qui tombent en panne. » Elle montre ses factures. Pour l’année 2026, elle a déjà dépensé 919,25 euros pour remplacer micro-ondes, télévision, congélateur. « En moyenne, ça nous revient à 1000 euros par an », souffle-t-elle. Son salaire mensuel est de 1000 euros. La suite est édifiante.

L’odeur de l’œuf pourri

Les sargasses sont des algues brunes qui échouent massivement sur les côtes guadeloupéennes et caraïbes. En se décomposant, elles dégagent du sulfure d’hydrogène (H₂S) — un gaz toxique à l’odeur caractéristique d’œuf pourri. Les symptômes ? Irritation des yeux et de la gorge, maux de tête, toux, vomissements, vertiges, diarrhées. « On a l’impression d’être déprimé, sans arrêt déprimé, tout le temps angoissé, dort mal la nuit avec le gaz », raconte Corine.

Celia habite directement sur la plage. Sa maison est constamment fermée. « Les odeurs et les gaz, ça noircit tout chez moi », dit-elle. La plomberie en cuivre a dû être remplacée entièrement par du plastique. Les poignées de portes, les serrures, les prises électriques — tout est noirci. « Vous voyez sur les doigts tout le temps, c’est comme ça », montre-t-elle. Les crépitements dans les prises l’obligent à tout débrancher pour éviter un incendie.

Un médecin de La Désirade a établi un certificat médical pour Corine. Le document, signé par un docteur d’État en médecine, atteste « d’allergies oculaires et cutanées, de crises d’angoisse, de troubles de l’équilibre et de trous de mémoire ». Tous liés aux émanations des sargasses.

Le coût caché des sargasses

Les dégâts matériels ne sont pas anecdotiques. « J’ai perdu mon imprimante, mon ordinateur. Les climes tombent en panne », répète Corine. Elle a dû acheter un deuxième micro-ondes. Son congélateur est en réparation sous garantie. Chaque année, elle remplace un ou deux appareils. « Là, je suis obligée de prendre le plus petit possible », dit-elle en montrant son réfrigérateur neuf.

Les factures s’accumulent : 919,25 euros rien que pour 2026. Et ce n’est que pour les appareils. « On doit payer la péniche, ensuite le transporteur », explique-t-elle. Total annuel : environ 1000 euros. Pour un salaire de 1000 euros par mois, c’est l’équivalent d’un mois de travail.

Celia montre les dégâts dans sa cuisine. La plomberie en cuivre a noirci. Les prises électriques crépitent. « Depuis 15 ans, c’est mon vécu tout le temps », dit-elle. Les services publics collectent les algues et installent des barrages. Deux capteurs de qualité de l’air ont été posés. Mais les habitants estiment ne pas être entendus.

Un risque sanitaire avéré

L’impact sur la santé va au-delà des maux de tête. Une étude menée en Martinique a montré un risque de grossesse à risque pour les femmes enceintes exposées au gaz H₂S dans un rayon de 2 kilomètres. À La Désirade, l’île ne fait que 2 km de large. Tout le territoire est donc concerné.

Celia raconte : « Au moment où les scientifiques sont venus nous parler de cette étude, j’ignorais encore que j’étais enceinte. Quelques semaines plus tard, j’ai appris ma grossesse, qui n’a pas été menée à terme. » Elle se pose la question : « Est-ce que les gaz des sargasses ont eu un rôle dans cette perte ? » Elle n’avait jamais vécu cela avant.

Les symptômes sont diffus. « On ne peut plus sortir de chez nous sans avoir mal à la tête, les enfants toussent la nuit », témoigne une autre habitante auprès d’Info.fr. Difficile d’établir un lien de cause à effet direct. Mais le certificat médical de Corine établit un lien avec les sargasses.

L’association « Désirat de sécurité » porte plainte

Face à l’inaction, les habitants se sont organisés. L’association « Désirat de sécurité » a été créée pour défendre leurs droits : santé, environnement, téléphone, électricité, eau. Son président explique : « On est arrivé à un point où on est tellement à bout et on a l’impression que personne nous entend. On ne parle même plus, on lance des SOS. »

L’association a déposé une plainte contre X pour « mise en danger de la vie d’autrui, non-assistance à personne en danger, et pour les différents symptômes et maladies que l’on pourra développer ». Objectif : obtenir une reconnaissance officielle des risques et des solutions.

Les services publics, eux, mettent en place des collectes d’algues et des capteurs. Mais les habitants jugent ces mesures insuffisantes. « Trouvez-nous une solution. Au secours ! », lance Corine.

45 millions d’euros, et après ?

Depuis 2018, deux plans nationaux de lutte contre les sargasses ont été mis en place en Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Coût total : 45 millions d’euros. Un troisième plan est en cours d’élaboration. Sur le terrain, pourtant, les habitants de La Désirade constatent peu de changements.

« On attendait, on était dans l’espoir », confie un membre de l’association. Mais les algues continuent de s’échouer. Les gaz continuent de noircir les prises. Les enfants continuent de tousser la nuit. La plainte contre X est une tentative de faire bouger les lignes.

La Désirade est un cas exemplaire, mais pas isolé. Dans toute la Guadeloupe, des écoles ferment l’après-midi lors des échouements massifs. Les cours sont déplacés. Les habitants vivent cloîtrés chez eux. « On a l’impression qu’on va y rester », dit Celia.

Une journaliste témoigne

Ce reportage a été réalisé par Bénédicte Jourdier, journaliste basée en Guadeloupe, pour le média Street Press. Elle filme le quotidien des Antillais, souvent ignoré des médias nationaux. Ses images montrent des maisons envahies par l’odeur, des enfants qui toussent, des adultes déprimés. « J’espère qu’un beau jour ils vont nous dire ce qu’on risque vraiment », conclut Celia devant la caméra.

Les sargasses ne sont pas un phénomène nouveau. Mais leur prolifération s’accélère avec le dérèglement climatique et l’évolution des courants marins. Depuis 2011, les échouements sont devenus exponentiels. Les autorités peinent à suivre.

Le cri d’alarme de La Désirade

Corine et Celia ne demandent pas de miracles. Elles veulent des solutions concrètes : des capteurs plus nombreux, une collecte plus rapide, une indemnisation pour les dégâts matériels et sanitaires. « Je suis à ESH, je travaille à l’école. J’ai un salaire moyen de 1000 euros. On essaie tant bien que mal de palier », dit Corine.

Mais les dépenses s’accumulent. Le gaz corrode tout. Les appareils tombent. Les nerfs lâchent. « La déprime commence à s’installer », admet-elle. Le certificat médical mentionne des « crises d’angoisses, troubles de l’équilibre, trous de mémoire ». Ce n’est pas un simple inconfort. C’est une crise sanitaire.

L’affaire commence ici. La plainte contre X est une première étape. Mais les habitants savent que le chemin sera long. « On ne parle même plus, on lance des SOS », répète l’association. À suivre.

Sources :

  • Street Press (reportage de Bénédicte Jourdier sur La Désirade)
  • Étude menée en Martinique sur les femmes enceintes exposées au H₂S
  • Certificat médical du docteur de La Désirade pour Corine Nele

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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