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Saint-Cyr en enfer : le stage commando qui brise les futurs officiers

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-22
Illustration: Saint-Cyr en enfer : le stage commando qui brise les futurs officiers
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La jungle, l'épreuve ultime

La Guyane. Un bout de France à 9000 km de Paris. Une jungle amazonienne qui se transforme en enfer vert pour 24 jeunes hommes et femmes, âgés de 19 à 24 ans. Pendant 11 jours, ils vont vivre l'aventure de leur vie. Accompagnés par un légionnaire aguerri, instructeur commando jungle, ces élèves officiers de la prestigieuse École spéciale militaire de Saint-Cyr se confrontent à leurs limites.

"Il faut enlever les mots parasites comme 'je suis fatigué', 'j'ai mal', déclare l'instructeur Olivier, 21 ans de légion. Ces mots, vous n'en avez pas besoin ici." L'objectif ? Les aguerrir. Développer leur résistance morale et physique, endurer ce qu'ils exigeront plus tard de leurs soldats. Nous avons suivi un groupe de 24 Saint-Cyriens. Parmi eux, Alexandre, 23 ans, le plus sportif de la section. Son principal trait de caractère, la détermination. "Tant que je ne suis pas par terre, que je ne bouge plus, c'est que j'ai encore de la ressource !", dit-il. Thomas, 23 ans, s'est préparé mais il sait qu'il va souffrir. Comme tous, il va avoir un choc en découvrant les méthodes de la Légion étrangère. "Il n'y a pas de place pour les faibles. On n'a aucune emprise sur ce qui se passe. On subit la décision en permanence."

Les méthodes de la Légion étrangère

Dans la section, deux filles. Pour elles, pas de traitement de faveur. Aurore, 22 ans, est adepte des sports extrêmes. Elle n'envisage pas l'échec. "Quand on veut, on peut !", lance-t-elle. Va-t-elle tenir jusqu'au bout ? "En tant qu'officier, on n'a pas le droit de dire non, ça va être trop compliqué, ou non, ça risque de faire mal. Pour moi, ce n'est pas une réponse envisageable." Leur instructeur Olivier, 21 ans de légion, est sans pitié. "Il n'y a rien comme cadeau ici, rien n'est cadeau." Pendant 11 jours, ces élèves vont vivre l'enfer. Tous ne réussiront pas. Pour obtenir leur brevet, ils vont devoir puiser au plus profond d'eux-mêmes.

Troisième régiment étranger d'infanterie à Kourou, le fief de la Légion étrangère en Guyane française. Pour ces jeunes élèves officiers de Saint-Cyr, c'est le premier contact avec les képis blancs, troupe de légende de l'armée de terre française. "C'est mythique, ça fait peur ! Ça dégage quelque chose auprès de tout le monde.", raconte un élève. Avant que Grégoire, Thomas et leurs camarades ne soient pris en main par les légionnaires, dernière mise en garde du lieutenant-colonel Debray, leur chef à Saint-Cyr. "Ne vous écoutez pas trop, soyez attentifs les uns aux autres, ayez le souci collectif. Excellent stage pour la compagnie !"

Les épreuves physiques

Les Saint-Cyriens quittent Kourou pour le CEFE, le centre d'entraînement en forêt équatoriale. Deux heures de route pour rejoindre les portes de l'Amazonie. C'est l'arrivée au camp, mais ils n'y passeront que peu de temps. Pendant 11 jours, ils vivront en forêt. "Ça va être l'aventure !", s'exclame un élève. La prise en main par les légionnaires est ferme, tonique. Elle donne le ton du stage. "Y a quoi en face ? L'inconnu !", lance l'instructeur Olivier. Pour eux, c'est l'inconnu. Olivier est adjudant-chef. Il a 21 ans de légion. Afrique, ex-Yougoslavie, Afghanistan, ce légionnaire parachutiste a l'expérience du combat et des terrains difficiles. Les pirogues filent vers la zone d'instruction. 900 hectares de forêt à la disposition de la Légion étrangère. Une jungle dense, hostile.

Pour Olivier, quoi que fassent les stagiaires, ils ne le feront jamais assez vite, jamais assez bien. Ils vont rapidement le comprendre. "Va falloir se réveiller un petit peu là !", hurle-t-il. "Quand je dis une minute, c'est une minute ! Aller, hop, on commence à se réveiller. Ne réfléchissez pas, moi je réfléchis pour vous. Est-ce que c'est clair ça ?" Après s'être pris en main, les stagiaires s'élancent sur une piste de dix obstacles. 500 mètres de course chronométrée, avec un objectif simple : développer la rusticité, faire pousser un peu la pompe. "Et puis que les gens se dépassent, qu'ils aillent au bout de leurs limites", explique l'instructeur.

Les sanctions collectives

La rusticité, une vie à l'état brut, sans confort, sans répit. Alexandre, 23 ans, est sportif et déterminé. Mais cela suffira-t-il ? Après Saint-Cyr, le jeune homme espère devenir pilote d'hélicoptère. Même s'il ne vise pas une unité commando, il se donne à fond, question d'orgueil. Au tour de Thomas, 23 ans également. Lui envisage sa carrière dans la cavalerie, les blindés légers. Le jeune homme ne se ménage pas. À l'arrivée, il est à bout de souffle. "Le pire, c'est de savoir qu'on va le refaire. C'est dur !", lâche-t-il. Mais l'instructeur est satisfait. "Je suis agréablement surpris, parce qu'ils sont tous au-dessus de la moyenne pour le moment. C'est pas évident pour un premier chrono."

Effectivement, Aurore, une des deux filles du groupe, est à la peine. Mais elle s'accroche. Cet obstacle est le plus redoutable, exigeant pour les bras, le plus dur pour les filles. Pour Aurore, pas question d'abandonner. Au troisième essai, elle réussit. Mais il faut maintenant s'extirper de la boue. Le chronomètre tourne toujours. Au bout de dix minutes, elle peut enfin reprendre sa course. Aurore est exténuée, mais heureuse. "Quand on veut, on peut. On apprend des choses sur nous-mêmes. Voilà, c'est pour ça qu'on est venu, c'est pour se dépasser, faire des choses qu'on ne sait même pas possible."

Ce matin, ils s'en sont bien sortis, mais la journée n'est pas terminée. En ce début d'après-midi, coup de stress dans la section. Les élèves ont perdu un jerricane d'eau potable. "Il vous manque un jerricane. Soit il a été pris dans une pirogue et je ne sais pas par qui, soit il est resté là-bas et on va se faire défoncer.", explique Maximilien, le stagiaire de jour. Pendant 24 heures, il est responsable du groupe. Chaque section a reçu deux jerricanes. Mais sur les rangs de la deuxième section, on en dénombre qu'un. Pour Alexandre et Thomas, il y a de la punition dans l'air. "S'ils se rendent compte de ça, si on arrive à la récupérer de manière très simple, soit si on n'est pas couché, on va essayer de faire une petite action commando, pour le récupérer discrètement. Mais ils surveillent tout le temps."

Dans les pirogues, aucune trace du jerricane. Maximilien est de plus en plus anxieux. Et il n'est pas le seul. "Là, on risque de croquer, ça va faire très très mal", murmure un élève. Ils ne vont pas tarder à connaître la réaction de l'instructeur. "Je me rends compte qu'on a laissé un jerricane, probablement à l'embarcadère. Alors là, les gars, vous allez passer du côté obscur de la force", annonce Olivier. Faute avouée à moitié pardonnée. "Oh, l'erreur !", s'exclame un élève. La sanction ne se fait pas attendre longtemps. "Ok, là je vais vous montrer les polichinelles. Regardez bien, on part de la position du garde à vous. Moi je vais dire Polichinelle et vous criez Selva. Et à partir de là, vous comptez et tous les dix, vous dites Selva. Polichinelle ! Selva !"

Selva, la forêt en brésilien. Le cri de guerre des commandos jungle. Il fait 30 degrés, le taux d'humidité atteint 90 %. Ils en sont à 200 polichinelles et ce n'est que le début. "Ici, rien n'est cadeau !", hurle Olivier. 400. La sanction est immédiate ! 500. "Ceux qui sont faibles, ne vous reposez pas sur les autres. Arrêtez de subir !", continue-t-il. 600. "Ça, c'est rien ! C'est dans vos têtes tout ça !", ajoute-t-il. Là, vous avez oublié un jerricane. Maintenant, vous avez un jerrican pour boire. Tant pis pour vous ! Sanction immédiate. En forêt, c'est ça ! La forêt mange les faibles !

La survie en jungle

Début de la deuxième semaine, la plus éprouvante. Les stagiaires l'ignorent, mais dans moins de deux heures, ils vont être mis en condition de survie dans la jungle, sans nourriture et avec un minimum de matériel. L'exercice va durer trois jours. "Je sens le moral commence à descendre", confie un élève. Garder la motivation ! Rester lucide, concentré en toutes circonstances, même dans les situations les plus stressantes. Avant la mise en survie, Olivier va les épuiser et les désorienter. "Motivation, motivation !", crie-t-il. "Motivation et humilité. Humilité, humilité !", répète-t-il.

Là, c'est juste pour les faire ramasser, c'est du ramassage gratuit, et ça dure environ une heure et demie. Pour rajouter à la difficulté, la marée. L'eau monte, elle ne va pas tarder à tout recouvrir. "Enlever les vestes, enlever les tee-shirts. Rapidement.", ordonne Olivier. Les instructeurs vont fouiller les vêtements des stagiaires, à la recherche des produits interdits. "Ouvrez toutes les poches.", ordonne l'instructeur. La nourriture, les cigarettes et l'argent, parfois dissimulés dans les poches ou les coutures de vêtements, qui permettent d'acheter du poisson ou du riz aux quelques locaux qui se déplacent sur le fleuve. "Faites voir vos caleçons !", hurle Olivier. Même le caleçon y passe. "Allez, ça chante !", encourage-t-il.

Le temps de la fouille, les Saint-Cyriens entonnent leur chant de promotion avec le sourire. Pas question pour eux de subir. La bonne humeur règne, mais cela va changer dans quelques minutes. Les filles n'ont pas échappé à la fouille, mais à l'écart des garçons. Les instructeurs n'ont rien trouvé. Ils font embarquer les stagiaires dans les pirogues. Tête baissée, recouvert par une bâche. Quand ils débarquent après une demi-heure de navigation, ils sont un peu déboussolés. Ils n'ont aucune idée de l'endroit où ils se trouvent. Les trois prochains jours, les stagiaires sont livrés à eux-mêmes, en totale autonomie. Objectif de l'exercice : apprendre à survivre en terrain hostile. Une situation à laquelle peuvent être confrontés les combattants sur les zones de conflit.

Les blessures et les abandons

Est-ce que tout le monde est bon là ? Le responsable désigné, c'est Alexandre. Le moral de la section repose en partie sur ses épaules. "Comme on nous a dit, il ne faut pas se laisser crever, il faut y aller. Là, j'ai toute une liste de choses à faire", explique-t-il. Et puis il a fallu s'organiser. Donner des ordres clairs. Chacun doit avoir son petit boulot à faire. Pour se protéger des averses, des insectes ou des serpents, ils doivent construire leur propre abri avec les moyens du bord. Seul outil à disposition : le coupe-coupe. Pour manger, ils n'auront que ce qu'ils trouveront. Chasse, pêche et cueillette, à condition de trouver.

Côté cueillette, ça ne commence pas trop mal. "C'est un peu comme du radis, donc c'est comestible. On peut soit le manger cru, soit le bouillir. Donc on verra ce que ça donne au camp.", explique un élève. La pêche du jour, elle, est loin d'être miraculeuse. "Il est vivace. Vivace mais solitaire. Ça ne fera pas beaucoup pour 24 là !", s'exclame un autre. Si je ne ramène que ça. Il y a beaucoup de poissons qui mordent, mais pas beaucoup veulent rester au bout de l'hameçon. En fin d'après-midi, après une journée d'absence, Thomas fait son retour au sein de la section. "Ça fait plaisir de te voir.", lui disent ses camarades.

Touché aux cervicales, il est encore fragile. Mais il a obtenu du médecin l'autorisation de rejoindre ses camarades. "Ça fait du bien de revenir. Ce n'était pas gagné !", confie-t-il. Le médecin m'a proposé de tenter la survie avec des médicaments. Je n'avais pas le choix parce que si je ne revenais pas avant 24 heures, c'était fini pour le stage. En gros, ma seule chance était de revenir maintenant et de voir ce que ça donne. Thomas s'en sort bien. Pour l'élève allemand, en revanche, c'est terminé. Il souffre d'un pneumothorax, un affaissement des poumons. Pour lui, soins et repos obligatoires pendant un mois.

À la nuit tombée, les abris ont pris forme, ce qui a demandé beaucoup d'énergie. Le dernier repas, c'était ce matin. Petit dej, 4h du matin. Ça commence à faire long. "C'est dur déjà ?", demande un élève. "Ouais, je ne pensais pas que la faim se ferait ressentir aussi vite. Je pensais que je tiendrais plus que ça, mais là, ça creuse.", répond un autre. Ce soir, les stagiaires n'ont que le contenu de ce bol à se partager. Les quelques radis sauvages, des coeurs de palmier, un poisson et deux minuscules crabes, le tout mélangé et bouilli. "Ça va. Ça passe ?", demande un élève. "Ce n'est pas bon ! Ce n'est pas bon.", répondent les autres. Mais aucun d'entre eux ne fera la fine bouche. Dans leur situation, tout ce qui se mange est bon à prendre.

Le verdict final

Deux jours plus tard, les stagiaires sont éprouvés. Les travaux imposés se font au ralenti, comme la construction de ces deux radeaux. "Un peu fatigué. Surtout le manque d'énergie.", confie un élève. La faim ne se fait pas trop ressentir, mais surtout le manque d'énergie. On est toujours en activité et on crame tout de suite toute l'énergie qu'on a. Le fait de ne pas manger du coup, on ne recharge pas les batteries et c'est difficile d'avancer. Alexandre nous fait la visite du campement. À l'entrée, une note d'humour. "Ça, c'est une petite dédicace à notre instructeur.", explique-t-il. Une de ses punchlines favorites : "La forêt mange les faibles". C'est une petite touche d'humour, histoire que ça passe bien. C'est le mettre dans de bonnes conditions pour regarder le reste du camp.

Il est 17h. Olivier vient mesurer le moral de la troupe, et surtout l'avancée des tâches demandées aux stagiaires. Ils sont notés collectivement. "La forêt mange les faibles. Bien, là on est dans l'esprit.", déclare-t-il. Déjà vous avez +5. "Huit vont s'allonger là-dedans ! C'est parti !", ordonne-t-il. Olivier passe au crible l'ensemble du bivouac. "Bon, ça va, c'est pas mal.", commente-t-il. Vous avez réussi à pêcher quelque chose là ? Bien ! Il faisait 45 cm donc c'est pas mal. Régalez-vous avec ce qui reste pour ce soir. Ok, mettez-en un sur le dos, vous montez avec les genoux. Ce sac à dos artisanal en feuille de wassaï se nomme un Katori. Bien assemblé, il peut supporter le poids d'un homme. Verdict de sa solidité. Ok, ok. Et le deuxième ? Si celui-là est bon, en fait, on est dans les clous. Il est bon. Vous allez rester un peu comme ça là ! Olivier semble satisfait. Bon, il y a du travail, donc ça c'est bien. Donc là, l'objectif est atteint pour moi ! Est-ce que le moral est bon ? Oui, instructeur. J'ai l'impression que le moral est mieux qu'au début de la survie. Alors je vais vous laisser un petit peu je pense. Encore deux jours et on serait au top niveau là. Les stagiaires ont compris que l'instructeur est content d'eux. Mais le brevet n'est pas encore sur leur poitrine. Il reste une nuit de survie et trois jours de formation. Trois jours où tout peut arriver.

6h30. Là, ce n'est que le début d'une très, très longue journée. Malgré 72 heures éprouvantes dans des conditions

Par la rédaction de Le Dossier

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