RN : Odoul affirme que Bardella n'a jamais été un plan B, mais des divergences apparaissent

« Jordan Bardella n’a jamais été un plan B »
Jordan Bardella prend la parole dans Le Figaro. Il nie toute déception après avoir été écarté de la candidature à la présidentielle. Marine Le Pen reste la candidate naturelle. Odoul enfonce le clou.
« Jordan Bardella n’a jamais été rétrogradé », assène-t-il d’emblée.
Le député développe sa vision. Il évoque « deux personnalités majeures ». Marine Le Pen candidate. Bardella chef du gouvernement — Premier ministre de Marine Le Pen. Un ticket inédit, selon lui.
« Nous avions la chance d’avoir deux plans A », résume Odoul.
Le journaliste insiste. Il évoque le déplacement à La Flèche (Sarthe) mercredi dernier. Bardella avait « du mal à cacher sa déception ». Odoul coupe sec.
« Il n’y a pas de déception. Il n’y a pas de violence. »
La violence, dit-il, c’est celle qui frappe les Français. Il cite les « 1000 coups et blessures par jour », les « 120 attaques au couteau par jour ».
Bardella jouera-t-il le jeu complètement ? Odoul n’a « aucun doute ». Et glisse une perspective : « Après tout, si Marine Le Pen en 2027, il reste 2032. »
Gouvernement d’union nationale : la nuance qui change tout
Bardella tend la main à l’électorat historique de la droite. Il plaide pour un « gouvernement d’union nationale ». Marine Le Pen dénonce depuis des années l’« union des droites ».
Odoul voit une nuance fondamentale.
« Il ne s’agit pas d’un gouvernement d’union des droites », corrige-t-il.
Mais il faut parler « à toutes les composantes de la droite ». Rassembler les Français qui partagent les idées du RN. Moins d’impôts. Plus de sécurité. Retour de l’identité française.
Il cite Éric Ciotti comme un exemple probant d’union déjà réalisée. Interrogé sur Bruno Retailleau — « Vous lui dites demain vous pouvez être au gouvernement » — Odoul esquive.
« Il ne s’agit pas pour tous d’être au gouvernement, mais de participer à la prochaine majorité présidentielle. »
Il refuse de faire le casting. Mais il évoque « plein de gens qui pensent à peu près la même chose ». Ceux qui veulent en finir avec « les 10 ans de macronisme ».
Une citation frappe : « On ne veut pas un Rassemblement national pour de la tambouille, pour des postes. On ne veut pas un truc nouveau Front populaire ou ces alliances de bric et de broc. »
Retraites : les divergences que la vidéo ne gomme pas
Sur les retraites, le bât blesse. Marine Le Pen répète : 60 ans pour les carrières longues, 62 pour les autres. Jordan Bardella, lui, ne veut plus entendre parler d’âge légal. Il veut introduire une part de capitalisation.
Le journaliste le lui fait remarquer. C’est « exactement la proposition de Gabriel Attal », dit-il.
Odoul balaie d’un revers de main. Gabriel Attal est « l’un des fossoyeurs de notre pays ». « Quand on a été Premier ministre du pire président de la 5e République, on devrait avoir la décence de demander pardon aux Français. »
Mais sur le fond ? Odoul assure qu’il n’y aura qu’un seul projet. « Il n’y aura pas le projet de l’un et le projet de l’autre. »
Il explique : le projet RN se base « davantage sur les annuités travaillées plutôt que sur les âges de départ ». Le nombre d’annuités conditionne le départ avec une retraite à taux plein.
Le journaliste insiste : « C’est plus réaliste ou c’est un chiffon rouge l’âge de départ ? »
Odoul esquive à nouveau. « Il n’y a pas de plus réaliste ou de moins réaliste. Nous avons le même projet. »
Puis il concède : « Je vais vous faire un scoop. Ce ne sont pas des clones. Ils ont effectivement des différences. Ils ne s’expriment pas de la même manière. Ils ne mettent peut-être pas le point-virgule au même endroit. Mais sur la vision, le programme et les propositions, ils pensent exactement la même chose. »
Le casier judiciaire qui encombre la campagne
Odoul a été condamné en appel à 8 mois de prison avec sursis et 1 an d’inéligibilité avec sursis. En première instance, c’était sans sursis. Il dénonçait alors un « procès politique ». Aujourd’hui, il parle d’« inflexion majeure ».
Il se pourvoit en cassation. « Parce que je suis innocent et je suis présumé innocent, comme Marine Le Pen. »
Marine Le Pen se pourvoit également. La Cour de cassation rendra sa décision début avril. Le premier tour est fixé à quelques semaines plus tard. Si le pourvoi est rejeté, la condamnation devient définitive. Marine Le Pen serait alors frappée de 5 ans d’inéligibilité et d’1 an sous bracelet électronique.
Le journaliste pose la question du bracelet électronique. Marine Le Pen pourrait faire campagne avec un bracelet. Odoul écarte le scénario.
« Non, on ne l’envisage pas. La réalité des prochains mois, c’est que Marine Le Pen sera la candidate pour rassembler les Français. »
Il refuse de « se placer dans cette éventualité ». Mais l’éventualité est réelle. La Cour de cassation peut rejeter le pourvoi. Marine Le Pen serait alors condamnée définitivement. Inéligible. Candidate malgré tout ?
« Marine Le Pen est éligible. Marine Le Pen est candidate. Marine Le Pen va gagner. »
Le journaliste évoque la « faute morale » dénoncée par les opposants. Odoul contre-attaque. Il cite Alain Juppé, condamné à 14 mois de prison avec sursis dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris. Juppé a été propulsé au Conseil constitutionnel.
« Les macronistes n’ont jamais dit que ça allait être un trouble moral. »
Il cite Jean-Luc Mélenchon, « délinquant condamné définitivement à 3 mois de prison ». Mélenchon est candidat à la présidentielle. « Je n’ai pas entendu LFI s’indigner de ça. »
Odoul minimise l’affaire. « Ce n’est pas un différent avec le Parlement européen, un différent purement administratif où il n’y a pas un centime d’argent volé. »
Pourtant, la justice a parlé. En première instance, Marine Le Pen a été condamnée pour détournement de fonds publics. L’affaire des assistants parlementaires du FN au Parlement européen est une affaire judiciaire majeure. Elle pourrait affecter son éligibilité pour 2027. Odoul préfère en faire une « page judiciaire à tourner ».
« Nos adversaires aimeraient que ce soit une campagne judiciaire. Marine Le Pen souhaite que ce soit une campagne démocratique sur le fond. »
Le racisme de Mariano Rajoy — et la controverse Sénégal
Le journaliste change de sujet. Il cite les propos de l’ancien Premier ministre espagnol Mariano Rajoy, tenus samedi. Rajoy a dit : « La France dispose d’un effectif de très haut niveau. Cela dit, sans aucun Français, mais elle joue bien. »
Odoul ne mâche pas ses mots.
« Monsieur Rajoy est un raciste, tout simplement. Ces propos sont scandaleux, honteux, lamentables. »
Il ajoute : « Il devrait être condamné par tout le monde. »
Mais il compare avec les propos du président de l’Assemblée nationale du Sénégal, Ousmane Sonko. Avant le match France-Sénégal, Sonko avait dit que « ce serait à l’arrivée de toute façon une Africaine qui gagnerait ».
« Exactement les mêmes propos racistes », selon Odoul.
Mais il observe une différence de traitement. « Il y a beaucoup plus d’indignations vis-à-vis de Monsieur Rajoy, dirigeant espagnol, plutôt que contre Monsieur Sonko, dirigeant sénégalais. »
Pourquoi cette équipe de France focalise-t-elle ce genre de propos ? « Parce que vous avez malheureusement des obsédés de la race qui considèrent que la couleur de peau, l’origine, détermine tout. »
Odoul défend le projet français. « Il y a trois couleurs : bleu, blanc, rouge, quelle que soit son origine, quelle que soit sa religion. » Il se dit fier de cette équipe de France.
Il attaque Jean-Luc Mélenchon, qui « considère la France en fonction des couleurs ». Odoul oppose le « mérite, l’amour du pays, l’adhésion au projet national ». Il qualifie le projet de LFI de « raciste ».
Deux plans A, un seul projet ?
L’entretien avec Julien Odoul laisse une impression paradoxale. D’un côté, il affirme une unité sans faille. Jordan Bardella n’a jamais été un plan B. Il est le plan A pour Matignon. Marine Le Pen est le plan A pour l’Élysée. Ensemble, ils forment un « ticket inédit ».
De l’autre côté, les divergences affleurent. Sur les retraites, Bardella propose une chose, Marine Le Pen une autre. Odoul les gomme d’un revers de phrase : « Ils pensent exactement la même chose. » Mais la réalité des déclarations publiques contredit cette unité affichée.
Le casier judiciaire de Marine Le Pen est une épée de Damoclès. La décision de la Cour de cassation est attendue début avril. Si le pourvoi est rejeté, elle est inéligible. Bardella redeviendrait le plan B — après avoir été présenté comme le plan A.
Odoul refuse d’envisager ce scénario. Mais il n’y a pas de plan B, dit-il. Il y a deux plans A. Une formule habile. Mais une formule qui ne résout pas la question centrale : que se passe-t-il si Marine Le Pen est empêchée ?
L’entretien ne répond pas à cette question. Il la contourne, avec des affirmations péremptoires et des comparaisons historiques. Juppé, Mélenchon — la stratégie est claire : normaliser la condamnation de Marine Le Pen.
Le RN joue gros. La campagne sera-t-elle judiciaire ou démocratique ? Odoul veut croire qu’elle sera sur le fond. Mais le fond, c’est aussi le casier judiciaire de sa candidate. Et ça, aucun plan A, B ou C ne pourra le gommer.
Sources
- Le Figaro — interview de Jordan Bardella
- Transcript de l’interview de Julien Odoul — Le Dossier
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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