Révélation : le RN infiltre la franc-maçonnerie pour préparer sa prise de pouvoir

Le document qui change tout
Trente-quatre mille membres. C'est l'effectif de la Grande Loge nationale française. Plus de 1500 loges. Un réseau immense, discret, élitiste. Et pourtant — au milieu de cette nébuleuse, une loge sort du lot. L'AB Sugè. Son péché originel ? Elle comprend majoritairement des membres du Rassemblement national.
Bruno, journaliste au service politique de L'Humanité, est tombé sur ce document par hasard. « En enquêtant sur le Rassemblement national, je suis tombé sur un document interne à une des obédiences de la franc-maçonnerie — la Grande Loge nationale française. Dans ce document, qui établit la constitution d'une loge, on retrouve énormément de gens qui sont soit au RN, soit très proches du RN. »
Le document liste les membres — sans ambiguïté. Un député RN. Un conseiller régional. Un ancien conseiller régional. Des policiers issus de deux syndicats minoritaires — France Police et Police Citoyenne. Ils se réunissent tous dans la même loge. Même lieu. Mêmes réunions. Même agenda.
Pourquoi est-ce grave ? Parce que la GLNF interdit — en théorie — ce genre de regroupement. « Pour éviter des problèmes de ce genre, ils évitent que des loges soient constituées par des gens qui appartiendraient au même parti, au même courant de pensée », explique Bruno. C'est une règle interne. Une règle qui protège l'apolitisme revendiqué de l'obédience.
Une règle qui vient d'être brisée.
Les hommes du RN dans la loge
Qui sont-ils ? Bruno les a identifiés. Un député RN, d'abord. Un conseiller régional. Un ancien conseiller régional. Des militants parisiens — dont un figurait sur une liste municipale à Paris. Et surtout, des policiers.
France Police. Police Citoyenne. Deux syndicats minoritaires au sein du ministère de l'Intérieur. Mais deux syndicats ouvertement proches du RN. France Police avait même été menacé de dissolution par Gérald Darmanin après des tweets jugés scandaleux lors de l'affaire Naël. « Il y avait un message qui félicitait les forces de l'ordre pour ce qu'elles avaient fait — c'était après la mort de Naël », précise Bruno. Darmanin avait menacé de dissoudre le syndicat.
Ces policiers ne sont pas là par hasard. La GLNF est connue pour attirer les cadres de la police. Commissaires, officiers, hauts fonctionnaires. Frédéric Ploquin, journaliste spécialiste des questions policières depuis 40 ans, le confirme : « Cette obédience attire beaucoup de policiers, notamment des cadres. Des commissaires. Des hauts gradés. »
Résultat : une loge qui mélange élus RN et policiers proches du RN. Une concentration de pouvoir. Un réseau dans le réseau.
Voilà.
Entrisme ou hasard ? La GLNF accuse
Deux hypothèses. Soit ces personnes se sont retrouvées par hasard dans la même loge. Soit il y a une volonté délibérée d'infiltration. Les sources internes de la GLNF ne laissent aucun doute. « C'est le terme "entrisme" qui est utilisé, pas par moi, mais par des sources au sein de l'obédience », insiste Bruno.
L'entrisme, c'est quoi ? Une stratégie politique classique. S'infiltrer dans des milieux où votre opinion n'est pas majoritaire. Y faire circuler vos idées. Y gagner des alliés. Et à terme, y prendre le pouvoir.
La GLNF, officiellement apolitique, est en réalité ancrée dans des valeurs républicaines. Liberté. Fraternité. Laïcité. Des valeurs traditionnellement opposées à l'extrême droite. « Tous les francs-maçons sont philosophiquement contre l'extrême droite », rappelle Bruno. « Le Front National avait appelé à la dissolution de la franc-maçonnerie. »
Alors voir débarquer une loge entièrement composée de militants RN — c'est un choc.
Un cadre de la GLNF interrogé par L'Humanité ne mâche pas ses mots : « Tous les voyants sont rouges. » La gouvernance de l'obédience a promis d'enquêter. « Ils m'ont dit qu'ils allaient regarder de très près parce que c'est clairement pas quelque chose qui peut passer », raconte Bruno.
Mais le mal est fait. La loge AB Sugè existe. Elle se réunit. Elle tisse des liens.
Quand le RN change de position sur la franc-maçonnerie
Retour en arrière. Sous Jean-Marie Le Pen, le Front National était l'ennemi juré de la franc-maçonnerie. Appels à la dissolution. Théories du complot. « Jean-Marie Le Pen pensait que l'absence d'alliance avec la droite était due à la franc-maçonnerie », explique Bruno. « Il y avait une vision complotiste : la franc-maçonnerie manigancerait, tiendrait le pouvoir. »
Le FN de l'époque refusait toute alliance avec les francs-maçons. Les considérait comme des ennemis de la nation. Une position idéologique, presque viscérale.
Marine Le Pen a changé la donne. Discrètement, mais sûrement. « Là où Jean-Marie Le Pen n'était pas dans une perspective de prise de pouvoir, Marine Le Pen, elle, veut prendre le pouvoir », souligne Bruno. « Et la franc-maçonnerie peut être utile en cas de prise de pouvoir. »
Utile, comment ? Frédéric Ploquin l'explique : au ministère de l'Intérieur, des dizaines de hauts cadres sont francs-maçons. Si le RN arrive au pouvoir, avoir déjà des liens avec ces cadres via la franc-maçonnerie — ça « huile les relations ». Ça facilite l'application des ordres. Ça permet de court-circuiter les résistances.
Le RN n'a plus besoin de combattre la franc-maçonnerie. Il a besoin de l'infiltrer. De la contrôler. De l'utiliser.
Et ce n'est pas rien.
Les précédents qui inquiètent
D'autres partis ont des liens avec la franc-maçonnerie, c'est vrai. Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Valls, Martine Chapa — tous ont été ou sont francs-maçons. La gauche, la droite républicaine, les centristes : presque tous les partis ont leurs frères.
Mais il y a une différence fondamentale. Ces partis sont nés de la République. Ils partagent les valeurs républicaines. La franc-maçonnerie fait partie de leur ADN politique. Pour le RN, c'est l'inverse. Le RN est né en opposition à la République. À ses institutions. À ses valeurs.
Alors pourquoi cette soudaine conversion ? « Le RN veut se normaliser », répond Bruno. « La franc-maçonnerie est un réseau élitiste. En y entrant, le RN montre qu'il n'est plus un parti marginal. Qu'il peut fréquenter les cercles du pouvoir. »
Mais la normalisation a un prix. Celui de l'infiltration. De la manipulation. De la conquête silencieuse.
D'autres affaires récentes inquiètent. La loge Anatot, par exemple. Une loge où des gens du milieu de la sécurité privée se sont associés. « Ils ont commencé par des contrats de sécurité, puis ils ont mis la pression sur des concurrents », raconte Bruno. « Ça s'est terminé par des affaires d'assassinat. » Un cas extrême, certes. Mais qui montre qu'on peut détourner la franc-maçonnerie.
Le RN a-t-il compris la leçon ? Peut-être. En tout cas, il agit.
La réaction de la GLNF : entre déni et inquiétude
Contactée par L'Humanité, la gouvernance de la GLNF a promis d'enquêter. « Ils ne savaient pas que cette loge existait », assure Bruno. « Ils ont découvert l'affaire par mes questions. » Une révélation brutale. 34 000 membres, 1500 loges — impossible de tout contrôler.
Les cadres interrogés sont partagés. Certains minimisent : « Ce n'est qu'une loge, ils ne représentent pas l'obédience. » D'autres s'inquiètent : « Si on laisse faire, d'autres loges RN vont apparaître. Et là, c'est la porte ouverte à l'entrisme généralisé. »
La GLNF a toujours revendiqué son apolitisme. Elle refuse de prendre position dans les débats de société. Contrairement au Grand Orient de France, qui s'est prononcé sur la fin de vie, la laïcité, les droits sociaux. La GLNF préfère la discrétion. La spiritualité. Le conservatisme tranquille.
Mais ce conservatisme tranquille, justement, attire les profils RN. Des policiers. Des cadres. Des élus. Tous conservateurs. Tous proches de l'extrême droite. Et voilà que la GLNF se retrouve contaminée.
« C'est une alerte rouge », répètent les sources internes.
Le RN veut le pouvoir. Et il est prêt à tout.
Ce n'est pas une simple affaire de politique intérieure. C'est une question de démocratie. Le RN, parti héritier du Front national, a toujours été considéré comme un danger pour les institutions républicaines. Aujourd'hui, il utilise les institutions elles-mêmes pour se normaliser.
La franc-maçonnerie est une institution historique. Elle a participé à la Révolution française. Elle a porté les idées de liberté et de fraternité. Elle a été un rempart contre l'obscurantisme. Aujourd'hui, des infiltrés y opèrent, ceux qui veulent détruire cet héritage.
Ironie de l'histoire. Le FN appelait à dissoudre la franc-maçonnerie. Le RN l'infiltre. La stratégie a changé. Les méthodes aussi.
Marine Le Pen veut être présidente. Elle prépare le terrain. Elle tisse des liens. Elle place ses hommes. Dans les loges, dans les syndicats, dans la police. Partout où le pouvoir se construit.
Et la franc-maçonnerie, qui se croyait à l'abri, se réveille avec un serpent dans son sein.
Sources
- L'Humanité — enquête de Bruno, journaliste au service politique
- Document interne de la Grande Loge nationale française (GLNF) — constitution de la loge AB Sugè
- Frédéric Ploquin, journaliste spécialiste des questions policières et de la franc-maçonnerie
- Sources internes à la GLNF — cadres et membres interrogés par L'Humanité
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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