UNSS : le retraité pédophile démasqué en live par une IA
Le 11 mai 2025, un youtubeur de 21 ans, Finy, piège en direct un retraité de 66 ans, Dominique B., ex-directeur départemental de l’UNSS (Union nationale du sport scolaire). En se faisant passer pour une adolescente de 14 ans grâce à une IA, il enregistre des propositions sexuelles explicites. Le lendemain, Dominique B. se rend au commissariat. Le 14 mai, il est mis en examen pour proposition sexuelle à mineur et sollicitation d’images pornographiques, et placé en détention provisoire. Mais cette traque de justicier soulève des questions : efficace ou dangereuse ?
L’histoire commence sur Snapchat. À 21 ans, Finy se fait appeler « Jeanne », une collégienne de 14 ans. Il lance un live sur Twitch et TikTok. 40 000 personnes regardent en simultané. En quelques minutes, un homme engage la conversation. Son pseudonyme : Christophe. Il a la soixantaine, une moustache, un ventre bedonnant. Il ignore que derrière l’avatar aux grands yeux noirs — maillot du PSG, lunettes à étoiles — se cache un jeune homme.
« J’ai 14 ans. Et toi ? » demande la fausse adolescente.
« 66 ans », répond Christophe. Puis : « Ça te dérange pas ? »
« Je sais pas, c’est à toi de me dire. »
La conversation dure plusieurs minutes. Le retraité demande à voir le dessus de la brassière. Il propose un rendez-vous au Parc des Princes. « Quand on sera que tous les deux, on pourra être tranquille, quoi. » Il veut des photos nues. Il explique : « Tu leur dis pas » à propos des parents.
Les internautes, en direct, identifient immédiatement l’homme. Son compte LinkedIn, des articles de presse régionale. C’est Dominique B., 66 ans, ancien directeur départemental de l’UNSS en Haute-Saône. La suite est édifiante.
Un passé de prédateur : déjà condamné en 2025
Mars 2020. Plusieurs lycéennes dénoncent des messages inappropriés de Dominique B., dans le cadre du sport scolaire. « J’adore les nageuses quand elles sortent de l’eau », écrit-il à une élève. À une autre : « Ta place serait plus sur un podium de mode que sur un terrain de foot. »
L’Éducation nationale le suspend immédiatement. Le procureur de la République de Vesoul ouvre une enquête. Une perquisition au domicile de Dominique B. révèle l’horreur : des fichiers pédopornographiques classés par âge des victimes. « C’est une collection, une volonté de classement », expliquent les enquêteurs.
Il est placé en détention provisoire pendant six mois. Mais le procès n’a lieu que cinq ans plus tard. Janvier 2025. Dominique B. est condamné à 18 mois de prison avec sursis pour détention d’images pédopornographiques. Il est relaxé pour corruption de mineurs : les messages, jugés « déplacés », ne sont pas pénalement répréhensibles.
Le sursis probatoire court encore aujourd’hui — jusqu’en juillet 2025. La justice lui interdit tout contact habituel avec des mineurs, toute activité professionnelle en lien avec eux. Pourtant, il est libre. Libre de se connecter sur Snapchat. Libre de discuter avec une prétendue collégienne quatre mois après sa condamnation.
La question se pose : où est le contrôle ? Où est la prévention ? L’étude allemande de 2011, toujours citée comme référence, estime que 4 à 13 % des adultes souffrent d’une paraphilie pédophile. La majorité ne passe jamais à l’acte. Mais pour ceux qui passent, la récidive est un risque constant.
Le piège en direct : mécanique d’une traque
Finy se présente comme un « chasseur de pédophiles ». Depuis plusieurs mois, il utilise un logiciel d’intelligence artificielle qui transforme son visage en celui d’une adolescente. Il dit avoir formé auprès d’une association. Il explique : « J’ai déjà fait ouvrir plusieurs enquêtes. »
Le lundi 11 mai, il se connecte donc en live. Il parle lui-même, mais sa voix est modifiée par l’IA. L’interlocuteur voit une jeune fille brune, des yeux noirs, un maillot du PSG. La ressemblance avec Finy est frappante — comme une petite sœur. « C’est un avatar tiré de mon propre visage », confie-t-il à la journaliste Christelle Brigodo du Parisien.
La stratégie est rodée : ne pas pousser à l’infraction. Les associations spécialisées insistent : pour être recevable en justice, le prédateur doit être à l’initiative. Finy laisse donc parler l’homme. « Tu as déjà fait des nudes ? » demande Christophe. « Non, jamais », répond la fausse collégienne. « Ça te dirait d’aller voir un match du PSG ? » « Qu’est-ce que je dis à mes parents ? » Le retraité se redresse : « Tu leur dis pas. »
C’est là que ça devient intéressant. La conversation bascule clairement dans le domaine pénal : proposition sexuelle, sollicitation d’images pornographiques. Le retraité ne doute pas une seconde que la fille est mineure. Il ne vérifie rien. Il est prêt à passer à l’acte.
Le live s’arrête après plusieurs minutes. La vidéo est mise en ligne. Elle devient virale : plus d’un million de vues sur les extraits. L’identité de Dominique B. est partout : « name and shame » version française.
La chute : garde à vue, mise en examen, détention
Le lendemain, mardi 12 mai, Dominique B. se rend de lui-même au commissariat de Vesoul. Il a subi un harcèlement en ligne dès la fin du live. Il a supprimé tous ses comptes. À 14 h 30, il est placé en garde à vue. Mais les autorités avaient déjà ouvert l’enquête dès le matin. La plateforme Faros — des enquêteurs spécialisés dans la pédocriminalité en ligne — avait repéré la vidéo et fait un signalement.
Deux jours plus tard, jeudi 14 mai, le retraité est présenté à un juge d’instruction. Il est mis en examen pour deux chefs :
- Proposition sexuelle faite à un mineur de 15 ans par un majeur utilisant un moyen de communication électronique (article 227-23-1 du code pénal).
- Sollicitation d’un mineur pour la diffusion de son image à caractère pornographique (article 227-23).
Il est placé en détention provisoire. Cette fois, il ne pourra pas bénéficier d’un sursis probatoire. La justice a les preuves : l’enregistrement complet du live, détenu par Finy. Les extraits publics montrent sans équivoque les propositions.
La question rhétorique : aurait-il été arrêté sans ce piège ? Peut-être pas. Le retraité était libre, sous sursis, sans surveillance rapprochée. Il aurait pu continuer à chercher d’autres mineures. C’est l’argument des partisans du « nommer et humilier ».
Mais les autorités, les associations de protection de l’enfance, les avocats tirent la sonnette d’alarme.
Les justiciers en ligne : méthode efficace ou dangereuse ?
Finy n’est pas le premier. Aux États-Unis, des groupes comme « Predator Poachers » filment leurs descentes chez les présumés pédophiles, les humilient en direct. En France, la « Ligue Antipédo » a été démantelée en novembre 2024. Trois membres ont été interpellés, dont le leader « Augustin ». Leurs méthodes : filmer, tabasser, détrousser. Plus de 200 vidéos violentes en ligne. Certaines pourraient être qualifiées d’actes de torture.
Augustin a expliqué aux enquêteurs « s’être laissé déborder » par la violence qu’il voulait combattre.
Le piège de Finy, lui, est non-violent. Mais il n’est pas sans risque. L’avocat Me pour Innocence en danger dénonce « une mise en scène qui ne protège pas les victimes mais fragilise le travail nécessaire pour défendre les enfants ». Il rappelle : exposer publiquement le nom et le visage de quelqu’un avant toute procédure sérieuse, c’est « de l’héroïsme à peu de frais ».
Les policiers et les juges le répètent : quand un prédateur se sait démasqué, il détruit ses preuves. Dans l’affaire Dominique B., il a supprimé ses comptes dans la foulée. Si l’enquête avait été menée en secret par les forces de l’ordre, peut-être aurait-on découvert d’autres victimes. Là, c’est trop tard.
Et pourtant, la justice a bien utilisé la vidéo pour ouvrir l’enquête et mettre en examen. La plateforme Faros a joué son rôle. Mais la question de fond demeure : ces justiciers auto-proclamés sont-ils une aide ou un obstacle ? L’association 211 Organisations (ex-Alerte Pédo), dont Finy est proche, a elle-même publié un communiqué appelant à ne pas se faire justice soi-même. « L’ampleur prise par cette affaire peut avoir des conséquences néfastes », écrit-elle.
Le youtubeur, lui, assume. Il dit attendre l’appel de la police. Il a l’enregistrement complet. Il veut « mettre hors d’état de nuire » le maximum de prédateurs. Il a 21 ans, il est sans emploi, il consacre son temps à cette traque. Il dit avoir déjà permis plusieurs enquêtes.
Mais combien de faux positifs ? Combien d’innocents humiliés ? Les associations rappellent une statistique effrayante de l’association I-enfance : il faut entre 19 secondes et 45 minutes pour qu’un prédateur entre en contact avec un enfant sur les réseaux. Le piège de Finy a fonctionné en quelques minutes. Ce n’est pas une surprise.
Le fléau silencieux : la pédocriminalité en France, chiffres et prévention
160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année en France. Dans 8 cas sur 10, l’agresseur est un membre de la famille. La pédocriminalité en ligne explose. Les images générées par IA — comme celles utilisées par Finy pour créer son avatar — sont de plus en plus utilisées par les prédateurs eux-mêmes pour fabriquer du contenu illégal.
La prévention reste un angle mort. L’association Stop (Service téléphonique d’orientation et de prévention) a reçu plus de 4 500 appels en 2025 au 0806 23 10 31. Mais les campagnes peinent à sortir du tabou. « Les gens hésitent à afficher une affiche sur la paraphilie dans un cabinet médical », regrette Christelle Brigodo.
Les chiffres de l’étude allemande (4 à 13% de la population adulte souffrant de paraphilie pédophile) sont vertigineux. Mais la majorité de ces personnes ne passent jamais à l’acte. La ligne Stop existe justement pour elles, pour les aider à ne pas basculer.
Le cas de Dominique B. illustre l’échec de la prévention : condamné en janvier, libre en mai, il retente sa chance. Le sursis probatoire n’a pas suffi. Les interdictions non plus. C’est un youtuber de 21 ans qui a permis sa nouvelle incarcération.
Que faudrait-il ? Plus de moyens pour la police ? Un suivi renforcé des condamnés ? Une éducation numérique des adolescents ? Tout à la fois. Mais en attendant, les justiciers prolifèrent. Et les enfants continuent d’être en danger.
Le Dossier prend position : la lutte contre la pédocriminalité doit être un combat institutionnel, pas un spectacle pour internautes. Les méthodes de Finy ont conduit à une mise en examen, c’est un fait. Mais elles ne remplaceront jamais une enquête de fond, discrète et professionnelle. La société doit investir dans la prévention, dans le suivi des condamnés, dans la protection des mineurs en ligne. Pas dans des lynchages en direct.
Sources :
- Code Source / Le Parisien – épisode du 15 mai 2025 avec Christelle Brigodo
- Christelle Brigodo, journaliste police justice au Parisien
- Étude allemande de 2011 sur la paraphilie pédophile (4-13% de la population)
- Association I-enfance (statistiques temps de contact prédateur-enfant)
- Association Stop – ligne d’écoute 0806 23 10 31, site dispositifstop.fr
- Association 211 Organisations (ex-Alerte Pédo) – communiqué du 12 mai 2025
- Innocence en danger – déclaration de l’avocat de l’association
- Plateforme Faros – enquêteurs spécialisés
- Procureur de la République de Vesoul – mise en examen de Dominique B.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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