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Pétrole : l'arme secrète des crises mondiales depuis 1973

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-22
Illustration: Pétrole : l'arme secrète des crises mondiales depuis 1973
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1973 : Le jour où le pétrole est devenu une arme

16 millions de tonnes. C'est la quantité de mazout stockée dans les caves allemandes en novembre 1973. La panique gagne l'Occident après la décision de l'OPEP de réduire ses exportations de 20 %. Une riposte au soutien américain à Israël pendant la guerre du Kippour.

"Les livraisons aux alliés d'Israël comme l'Allemagne sont réduites à partir du 5 novembre 1973", précise un câble diplomatique américain. Le prix du litre d'essence passe de 12 à 70 pfennigs. Les pays arabes frappent au pire moment : l'hiver, quand le chauffage fait flamber la demande.

L'Arabie Saoudite joue les trouble-fêtes. Le ministre saoudien du Pétrole Sheikh Yamani assume : "Nous contrôlons votre économie". Les journaux occidentaux parlent de "chantage". Mais la vérité est plus crue. Les États-Unis — 6 % de la population mondiale — consomment 30 % de l'énergie produite sur Terre. Leur dépendance les rend vulnérables.

Regardons les faits. En 1970, la production américaine atteint son pic à 11 millions de barils/jour. Trois ans plus tard, Nixon lance un plan d'urgence : "Les constructeurs automobiles doivent diviser par deux leur consommation en dix ans". Trop tard. Le monde découvre sa dépendance aux princes du désert.

Mark Rich, le trafiquant d'or noir qui défiait les États-Unis

1 milliard de dollars. Le chiffre d'affaires de Marc Rich + Co en 1974. Ce trader juif américain basé en Suisse a construit son empire sur un paradoxe : approvisionner Israël en pétrole... iranien. Oui, vous avez bien lu.

"Les Iraniens savaient que le pétrole allait à Israël. Les Israéliens connaissaient sa provenance. Tout le monde fermait les yeux", révèle un ancien associé. Le pipeline secret Eilat-Ashkelon — construit en 1969 — transporte 10 millions de tonnes de brut iranien par an. Rich organise le transit via la Roumanie pour masquer la destination finale : l'Espagne franquiste.

En 1979, quand l'Iran prend en otage 52 Américains, Rich continue ses affaires. Le FBI le place sur sa liste des 10 fugitifs les plus recherchés. En vain. Protégé par la Suisse, équipé de jets privés et de gardes du corps du Mossad, l'homme échappe à toutes les tentatives d'arrestation — y compris un kidnapping avorté par des agents US à Zoug en 1985.

Son héritage ? Glencore, géant suisse des matières premières né des cendres de sa société. Une preuve que dans le pétrole, les idéologies passent après les profits.

1986 : Comment l'OPEP a perdu la guerre des prix

74 % de chute. Entre 1980 et 1986, le baril s'effondre de 39 à 10 dollars. La faute à la mer du Nord. Découvert en 1969, le gisement Brent produit 500 000 barils/jour dès 1975. Le Royaume-Uni rêve même d'intégrer l'OPEP.

L'Arabie Saoudite contre-attaque. Elle réduit sa production de 10 à 2 millions de barils/jour pour soutenir les cours. En vain. En 1984, l'OPEP mandate une agence pour vérifier les quotas. Fiasco total. "Les inspecteurs n'ont pas eu accès aux sites de production", note un rapport interne. Certains pays leur refusent l'entrée.

C'est là que ça devient intéressant. Cet échec marque la fin de l'hégémonie OPEP. L'URSS — dont 60 % des exportations dépendent du pétrole — sombre avec les cours. Les files d'attente devant les boulangeries soviétiques en 1989 ? Une conséquence directe de la crise pétrolière. Le mur de Berlin serait-il tombé sans elle ? Les archives suggèrent que non.

1990-2008 : Les nouveaux maîtres du jeu

20 %. La part des réserves mondiales contrôlées par Saddam Hussein après l'invasion du Koweït. Le raïs irakien veut devenir "le leader du monde arabe". Son calcul est simple : qui tient le pétrole tient le pouvoir.

Erreur. La coalition menée par Bush père réagit en 48 heures. Le 17 janvier 1991, 700 avions bombardent l'Irak. Résultat ? Le prix du baril s'effondre le jour même. Saddam a sous-estimé deux choses : la nouvelle puissance américaine en mer du Nord, et l'émergence de la Chine.

Car Pékin change la donne. En 2008, le baril atteint 140 dollars. La Chine consomme désormais cinq fois plus de pétrole que l'Allemagne. Mais les États-Unis ont une carte maîtresse : la fracturation hydraulique. Une technique qui relance leur production à 11 millions de barils/jour en 2013 — niveau record.

Problème : "17 des produits chimiques utilisés sont dangereux pour l'eau", alerte l'Agence fédérale de protection de l'environnement. Trump lèvera ces restrictions en 2017. Le prix à payer pour redevenir n°1 mondial devant la Russie et l'Arabie Saoudite.

2020-2026 : L'avenir trouble de l'or noir

56 réacteurs. C'est le nombre de centrales nucléaires construites par la France après 1973. Preuve que les chocs pétroliers ont des effets durables. Mais en 2026, la dépendance persiste.

La Russie de Poutine en est l'exemple criant. 40 % de ses revenus publics viennent encore des hydrocarbures. Son pari ? L'Arctique, où se trouveraient "13 % des réserves mondiales", selon ses déclarations de 2012. Une course au pôle Nord qui rappelle étrangement la ruée vers la mer du Nord dans les années 1970.

Pendant ce temps, Shell savait dès 1988 que ses activités réchauffaient le climat. Le rapport interne est formel : "Les gaz à effet de serre pourraient changer radicalement le mode de vie". Trente-cinq ans plus tard, l'entreprise extrait toujours 3 millions de barils/jour.

Le pétrole reste une arme. Hier contre l'Occident. Aujourd'hui entre les mains des géants fossiles. Demain ? Peut-être entre celles des juges qui instruisent les procès climatiques. Une chose est sûre : l'or noir n'a pas fini de faire couler de l'encre. Et du sang.

Par la rédaction de Le Dossier

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