Comment le pétrole a changé le monde : une histoire explosive

La découverte qui a tout déclenché
27 août 1859. Edwin Drake fore un puits en Pennsylvanie. Du pétrole jaillit. Stupéfaction générale. Drake utilise des fûts de whisky pour recueillir le liquide visqueux. Le baril de 159 litres devient l’unité de mesure universelle.
À l’époque, personne ne pense aux moteurs. Le pétrole remplace l’huile de baleine. Les lampes à pétrole sauvent les baleines de l’extinction. Mais cette découverte va bien au-delà. Elle marque le début d’une révolution industrielle.
Des villes entières surgissent. Pithole City, la "ville du trou de forage", voit naître 50 hôtels, des saloons, des banques. Le boom est fulgurant. Mais aussi chaotique. En 1861, le premier craquement secoue l’industrie. Le prix du baril passe de 10 dollars à 10 cents. Ruine pour les prospecteurs.
Un cycle s’installe. Boom. Crash. Répétition. Un modèle qui se reproduira pendant 150 ans. Le pétrole n’est plus une matière première. C’est une arme économique.
John D. Rockefeller, le roi du pétrole
John D. Rockefeller. Le premier milliardaire de l’histoire. Sa fortune ? Quatre fois celle de Bill Gates aujourd’hui. Son empire ? La Standard Oil. Un monopole impitoyable.
Dans les années 1880, Rockefeller contrôle 90 % du marché pétrolier. Ses concurrents le surnomment l’Anaconda. Il élimine ses rivaux. Obtenir des rabais massifs sur le transport ferroviaire. Fixe les prix à sa guise.
Le secret de Rockefeller ? Ne pas s’enliser dans l’extraction. Il préfère le raffinage, le transport, la vente. Des activités prévisibles. Peu risquées. En 1911, la Standard Oil est démantelée. Mais son héritage perdure. ExxonMobil, Chevron — ces géants sont ses descendants.
Rockefeller a changé les règles du jeu. Le pétrole n’est plus une ressource. C’est un système. Et ce système a un nom : la Standard Oil.
Churchill et la naissance de la géopolitique du pétrole
Winston Churchill. Ministre de la Marine britannique. Visionnaire. Il comprend avant tout le monde : le pétrole est l’avenir. En 1912, il négocie un accord historique. La Grande-Bretagne devient actionnaire majoritaire de l’Anglo-Persian Oil Company.
Cette décision va changer le cours de la Première Guerre mondiale. Les navires britanniques fonctionnent au mazout. Plus rapides. Plus efficaces. La flotte allemande, au charbon, est surpassée.
Churchill le dira plus tard : "Nous avons créé la plus grande flotte au monde sans dépenser un penny." Le pétrole ? Une arme de guerre. Une arme stratégique.
Mais Churchill ne s’arrête pas là. Après la guerre, il vise l’Irak. La Mésopotamie devient un enjeu crucial. Les Britanniques et les Français se partagent le Moyen-Orient. Les États-Unis rejoignent la course. La bataille pour le pétrole commence.
L’Arabie Saoudite, le jackpot américain
- Un village de pêcheurs. Damam, en Arabie Saoudite. Les ingénieurs américains découvrent un gisement colossal. 255 000 litres jaillissent dès le premier jour. Le plus grand gisement du monde.
Les États-Unis ont tiré le gros lot. Mais l’Arabie Saoudite n’est pas un partenaire facile. Les valeurs divergent. Les Américains vivent dans des ghettos climatisés, avec piscines et personnel indien. Les Saoudiens suivent une interprétation rigoriste de l’islam.
La coopération est improbable. Mais elle fonctionne. Les Américains construisent des routes, des écoles, des hôpitaux. En 1950, l’Arabie Saoudite et les États-Unis signent une alliance. Une alliance qui perdure aujourd’hui.
Aramco. Le géant saoudien. En 2019, l’entreprise réalise la plus grande introduction en bourse de l’histoire. 1,88 billion de dollars. Plus qu’Apple, Amazon ou Google. Le pétrole ? Une puissance financière sans égale.
Hitler et la guerre du pétrole
Adolf Hitler. Lui aussi comprend l’importance du pétrole. Mais l’Allemagne en manque cruellement. La Blitzkrieg ? Une stratégie née de la pénurie. Des victoires rapides pour économiser le carburant.
En 1942, Hitler mise sur le pétrole synthétique. Une invention allemande. Coûteuse. Mais indispensable. Les usines d’IG Farben produisent 50 % du carburant nazi. Pourtant, ce n’est pas suffisant.
Les Alliés le savent. En 1944, ils bombardent les raffineries roumaines. Puis les usines d’hydrogénation en Saxe. La machine de guerre allemande s’arrête. Sans carburant, les tanks et les avions sont inutiles.
Le pétrole a décidé de la Seconde Guerre mondiale. Une leçon que les Alliés n’oublieront pas.
Mossadegh et la nationalisation du pétrole iranien
- Mohammad Mossadegh. Premier ministre iranien. Il nationalise l’industrie pétrolière. La Anglo-Iranian Oil Company, ancêtre de BP, est expropriée. Les Britanniques réagissent violemment.
Mossadegh devient un héros. Un symbole de la lutte anticoloniale. Mais il est trop dangereux. En 1953, la CIA et le MI6 orchestrent un coup d’État. Opération Ajax. Mossadegh est renversé. Il passe ses dernières années en résidence surveillée.
À court terme, le coup est un succès. Les compagnies occidentales reprennent le contrôle. Mais à long terme, c’est un échec. Le chah est discrédité. La révolution islamique de 1979 est en germe.
Le pétrole ? Une source de conflits. Une source de révolutions.
Conclusion : Le pétrole, une dépendance mondiale
Depuis 1859, le pétrole a tout changé. Économies. Guerres. Politiques. Alliances. Mais cette dépendance a un prix. Les crises pétrolières. Les conflits au Moyen-Orient. L’impact environnemental.
En 2020, le marché est inondé. Les entrepôts sont pleins. Le pétrole ne trouve plus preneur. Une situation paradoxale. Après des décennies de pénurie annoncée, l’or noir est en surabondance.
Mais peut-on se passer du pétrole ? Notre économie en dépend. Notre quotidien aussi. Les voitures. Les avions. Les plastiques. Tout est lié à l’or noir.
160 ans après sa découverte, le pétrole reste une force majeure. Une force qui continue de façonner notre monde. Une force dont l’avenir est incertain.
L’enquête continue.
Par la rédaction de Le Dossier


