Incendies : seulement 5 Canadair sur 12 opérationnels, dénonce un pilote

Un cri d'alarme depuis le cockpit
Le pilote ne mâche pas ses mots. Selon son témoignage rapporté par franceinfo, la situation est « scandaleuse ». Pourquoi ? Parce que sur douze bombardiers d'eau censés protéger les forêts françaises, seuls cinq sont opérationnels. Les sept autres ? En maintenance, en panne, ou cloués au sol faute de pièces détachées. (Oui, vous avez bien lu.)
Ce n'est pas un problème nouveau. La flotte de Canadair CL-215 et CL-415 vieillit. Ces appareils, conçus dans les années 1960 et 1990, sont des tanks volants — mais même les tanks finissent par rouiller. La France en possède une douzaine, un chiffre déjà faible pour un pays qui brûle chaque année des dizaines de milliers d'hectares. Mais quand seulement cinq peuvent décoller, le rapport qualité-prix de la sécurité civile devient une farce.
Le commandant de bord n'est pas nommé. On ne connaît ni sa base ni son unité. Mais son cri d'alarme, relayé par un média public, a le mérite d'exister. Il pose une question simple : comment protéger les citoyens et les forêts avec une flotte réduite de 58 % ?
Trois mots pour une panne : maintenance, pièces, budget
Pourquoi si peu d'appareils disponibles ? La réponse tient en trois mots : maintenance, pièces, budget.
Les Canadair sont des avions robustes, mais leur chaîne d'approvisionnement est fragile. Le constructeur original, Canadair (aujourd'hui Viking Air / De Havilland Aircraft Company), a cessé la production des CL-215 et CL-415. Les pièces détachées deviennent rares. Chaque réparation nécessite des délais longs, des commandes spéciales, des usines qui tournent au ralenti. Résultat : des appareils cloués au sol pendant des semaines, voire des mois.
Mais il y a plus grave. La France n'a pas anticipé. Depuis des années, les gouvernements successifs ont repoussé le renouvellement de la flotte. On a préféré investir dans des drones, des hélicoptères, des camions — tout sauf des bombardiers d'eau. Pendant ce temps, les Canadair vieillissaient. Et les feux, eux, ne vieillissent pas : ils empirent.
Le successeur des CL-215/415 est annoncé depuis 2022 par Viking Air / De Havilland. Le DHC-515, version modernisée, pourrait remplacer les anciens appareils. Mais où sont les commandes françaises ? Le silence est assourdissant. Pendant que la Grèce, le Canada ou l'Espagne renouvellent leurs flottes, la France attend. Et le contribuable paie — pour des avions qui ne volent pas.
Comparaison internationale : la France à la traîne
Regardons ailleurs. Les États-Unis, eux aussi, souffrent d'une pénurie de bombardiers d'eau. Leur flotte vieillissante de DC-10 et de Boeing 747 convertis est parfois renforcée par l'armée via le système MAFFS (Modular Airborne FireFighting System) embarqué sur des C-130 Hercules. Mais au moins, les Américains ont un plan : ils investissent dans des avions neufs, ils louent des appareils privés, ils mobilisent la Garde nationale.
Le Canada, pays d'origine des Canadair, a commandé des DHC-515. La Grèce aussi. L'Espagne a modernisé ses CL-215. La France, elle, semble compter sur la chance. Mais la chance ne dure pas éternellement.
En 2022, la France a perdu 72 000 hectares de forêt dans des incendies monstres. En 2023, encore 20 000 hectares. Chaque été, les pompiers luttent avec des moyens aériens insuffisants. Les Canadair sont des outils irremplaçables : ils peuvent larguer 6 000 litres d'eau en quelques secondes, reprendre de l'eau en mer ou en lac, et revenir en dix minutes. Sans eux, les feux deviennent incontrôlables.
Alors, pourquoi seulement cinq sur douze ? La réponse est simple : l'État a sous-investi. Et quand l'État sous-investit, ce sont les citoyens qui trinquent. Les habitants des zones forestières, les pompiers au sol, les assureurs, et in fine le contribuable qui paie les dégâts.
360 millions contre 500 millions : le vrai prix de l'inaction
Un Canadair neuf coûte environ 30 millions d'euros. Une flotte de douze appareils, c'est 360 millions. C'est beaucoup ? Oui. Mais comparez avec le coût d'un seul été d'incendies : 500 millions d'euros de dégâts directs en 2022, sans compter les coûts indirects — tourisme, santé, biodiversité. Sans compter les vies humaines.
La France dépense des milliards pour des politiques climatiques, des subventions vertes, des taxes carbone. Mais elle ne trouve pas 360 millions pour renouveler sa flotte de Canadair. C'est un choix politique. Un choix assumé, ou plutôt un non-choix.
Le commandant de bord, lui, voit les conséquences chaque jour. Il voit ses collègues partir en mission avec des appareils fatigués. Il voit des feux qui auraient pu être éteints en une heure brûler pendant trois jours. Il voit des forêts partir en fumée. Et il dit : « C'est scandaleux. »
Et maintenant ?
Que faut-il surveiller ? D'abord, la réponse du ministère de l'Intérieur. Gérald Darmanin, puis Bruno Retailleau, ont promis des investissements. Mais les promesses ne volent pas.
Ensuite, le calendrier de livraison des DHC-515. Si la France commande aujourd'hui, les premiers appareils arriveront dans trois ou quatre ans. D'ici là, les feux continueront. Et la flotte actuelle continuera de s'effriter.
Enfin, la pression médiatique. Ce témoignage, relayé par franceinfo, pourrait forcer une réaction. Mais attention : un seul témoignage anonyme ne fait pas une enquête. Il faut d'autres sources, d'autres chiffres, d'autres vérifications. Le Dossier suivra.
En attendant, le contribuable peut méditer sur ce chiffre : cinq sur douze. C'est le ratio de la sécurité civile française pour les Canadair. C'est aussi le ratio de l'État qui promet beaucoup mais livre peu. Les incendies, eux, ne font pas de promesses. Ils brûlent.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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