Pigas : '5 à 6 milliardaires conservateurs contrôlent 90% des médias français'

L’audition se déroule dans un climat tendu. Le sénateur interroge Pigas sur sa propre légitimité. « Est-ce que au-delà de vos différences d’approche, c’est le moins qu’on puisse dire, avec monsieur Sterrain, vous considérez que votre action est légitime et légale, pas la sienne ? », demande-t-il. Sterrain — propriétaire de médias de droite et président de la fondation du Bien Commun — a lui aussi été entendu. Le sénateur insiste : « Est-ce que il a moins le droit de s’exprimer, de soutenir des actions parce qu’il est de droite que vous parce que vous êtes de gauche ? »
Pigas ne se démonte pas. Il répond d’abord par une mise au point : « Je me définis pas par rapport à monsieur Sterrain qui n’est pas une référence pour moi. » Puis il attaque. « Nous sommes un média, nous avons une ligne et nous l’assumons. » Il rappelle que Sterrain a été auditionné non pas comme propriétaire de médias, mais comme président d’une fondation. « Vous voyez que il y a là deux champs totalement différents. »
La bombe : 80 à 90 % des médias aux mains de 5-6 milliardaires
Puis vient le moment clé. Pigas cite une tribune de Jacques Toubon, parue dans Le Monde quelques jours plus tôt. « La concentration est une menace pour la démocratie parce que la culture c’est la diversité et le pluralisme », résume-t-il. Et il enchaîne : « Vous avez 5 à 6 milliardaires conservateurs — et c’est pas à faire un jure que de porter, enfin vous serez d’accord avec moi d’utiliser ce terme — qui contrôle de l’ordre de on peut discuter 80, 85, 90 % des médias. »
Un détail qui compte : Pigas ne donne pas de noms. Il ne produit aucun document. Mais il affirme que cette concentration est « verticale » : « Non seulement le contrôle des médias mais le contrôle de l’édition, de la diffusion, le contrôle du cinéma, production, distribution, diffusion et cetera. » Il cite même un humoriste de Radio Nova, Pierre Emmanuel Barret, qui aurait dit que « il pourrait tenir, je sais plus si c’était une Twingo ou une Kangou, peu importe, c’est une voiture française et ça serait le blablacard de l’enfer. » — une image choc pour décrire l’entre-soi médiatique.
Le sénateur ne goûte pas la provocation. Il rappelle que la commission d’enquête a pour objet de vérifier la légalité, pas les orientations politiques. « Moi, j’ai un peu de mal à comprendre où on va », lâche-t-il. Il évoque le festival Rock en Seine, qu’il fréquentait autrefois, mais dont les soutiens publics se sont retirés ces dernières années en raison de tensions politiques. « C’était un peu compliqué ces dernières années », dit-il, en référence à son rôle de président du groupe France Israël.
David contre Goliath : la bataille culturelle
Pigas ne cède pas. Il se présente en défenseur de la diversité. « Nous, c’est un peu David contre Goliath. On est un peu le village gaulois d’Astérix entouré de envahisseurs. » Il décrit une « bataille culturelle » contre le fatalisme, la nostalgie et le repli. « Il y en a marre de cette espèce de fatalité de fatalisme. On se dit “Ah là, on va pas pouvoir, la France décline, l’Europe est dépassée, la démocratie est impuissante, on peut rien faire”. »
Il oppose à cela la joie comme force politique. Il raconte sa participation au festival Will of Green le week-end précédent. « J’étais fasciné mais positivement impressionné. Ce rassemblement toute génération, toute origine, toute catégorie sociale, toute génération, la joie qui en ressortait. » Il ajoute : « La joie, c’est une force politique et derrière la joie, le tout est possible. »
Le sénateur l’interrompt : « Votre élan. Je pense qu’il a déjà démarré un petit il a un petit bout de temps. Donc, on arrive plutôt à la fin de l’élan dans votre propos. » Il propose de revenir au sujet de la commission.
Une audition sous tension, des questions sans réponse
Le transcript de cette audition — diffusé par la chaîne Contrechamp politique — montre un échange vif, mais sans révélation documentaire. Pigas avance des chiffres, mais ne les étaye pas. Le sénateur met en doute la légitimité de la commission elle-même, estimant qu’elle cible injustement les propriétaires en fonction de leur orientation politique.
Pigas, lui, insiste sur le déséquilibre. « Cette bataille culturelle, elle est inégale », répète-t-il. Il appelle la représentation nationale à se saisir de la question de « l’hyper concentration des médias ». Mais il ne fournit ni liste des milliardaires ni preuve de leur contrôle.
Où sont les preuves ? Le transcript n’en contient pas. La seule source écrite citée est la tribune de Jacques Toubon dans Le Monde. Pigas en tire un argument d’autorité, mais ne produit pas le texte. Le sénateur, de son côté, ne conteste pas le chiffre de 80‑90 % — il conteste la méthode.
Un débat qui dépasse le cadre de l’audition
Cette audition s’inscrit dans un débat plus large sur la concentration des médias en France. Plusieurs rapports parlementaires et associatifs ont déjà alerté sur le poids de quelques groupes — Bolloré, Dassault, Lagardère, Bouygues, Altice — dans le paysage médiatique français. Mais Pigas va plus loin : il inclut l’édition et le cinéma, et parle de « 5 à 6 milliardaires conservateurs », sans les nommer.
Le sénateur, lui, défend une approche strictement légale. « Nous ne sommes là que pour voir ce qui entre dans la légalité, ce qui n’y entre pas », rappelle-t-il. Il refuse de juger les propriétaires sur leurs opinions. « Vous êtes un homme de gauche, vous ne cachez pas que toute votre bataille, elle est là. Lui est un homme de droite et il cache pas que sa bataille est là. »
Pigas rétorque que la concentration elle-même est un problème de légalité et de démocratie. Il cite Toubon : « La culture c’est la diversité et le pluralisme. » Mais il ne répond pas directement à la question du sénateur : son concurrent de droite a-t-il moins le droit de s’exprimer ?
La bataille culturelle comme horizon
Au-delà des chiffres, Pigas dessine une vision. Il veut « réinventer ensemble », contre le déclin et le repli. « L’histoire de la France c’est l’inverse. On a connu des guerres, des fractures, des bouleversements, des révolutions. Et à chaque fois, on a réussi à se réinventer. » Il défend une « alchimie française entre l’unité, la nation française et la diversité ».
Mais cette vision reste floue. Le sénateur coupe court : « Je propose que nous passions et que nous revenions au sujet de la commission d’enquête. » L’audition s’achève sur une note d’inachevé.
Ce que l’on sait, ce que l’on ignore
Les faits établis par le transcript sont minces. Pigas a affirmé que 5 à 6 milliardaires conservateurs contrôlent 80 à 90 % des médias français. Il a cité Jacques Toubon. Il a comparé son groupe à David contre Goliath. Le sénateur a mis en doute la légitimité de la commission et a évoqué le retrait des soutiens publics au festival Rock en Seine.
Ce que l’on ignore : les noms des milliardaires, les preuves de leur contrôle, la réaction des intéressés. Le transcript ne les contient pas. La commission d’enquête, elle, poursuit ses travaux. D’autres auditions sont prévues.
Une chose est sûre : la concentration des médias reste un sujet brûlant. Et cette audition — même sans révélation fracassante — a mis en lumière les lignes de fracture. D’un côté, ceux qui dénoncent un oligopole conservateur. De l’autre, ceux qui défendent la liberté d’entreprendre et la neutralité de la loi.
Où est la vérité ? Le transcript ne permet pas de trancher. Il montre seulement un échange tendu, des accusations sans preuves, et un sénateur qui refuse de juger les opinions. Le débat, lui, est loin d’être clos.
Sources
- Tribune de Jacques Toubon dans Le Monde (citée par Pigas)
- Vidéo de l’audition diffusée par Contrechamp politique : https://youtube.com/watch?v=yrVC2abJYeE
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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