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SociétéÉpisode 2/1

Paris : 137 jours de gymnase volé aux enfants, la mairie assume

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-05
Illustration: Paris : 137 jours de gymnase volé aux enfants, la mairie assume
© YouTube

Depuis août 2024, le gymnase Croisiver du 15e arrondissement est réquisitionné 137 jours pour héberger des migrants. Trois douches, quatre toilettes pour 150 personnes. Pendant ce temps, les associations réclament les 300 000 logements vacants. La mairie de Paris a choisi : le sport des Parisiens est sacrifié.

137 jours : le gymnase Croisiver, symbole d’une politique contestée

Un chiffre. Un seul. 137. C’est le nombre de jours où le gymnase Croisiver, dans le 15e arrondissement de Paris, a été transformé en centre d’hébergement d’urgence entre août 2024 et août 2025. Pas une nuit de temps en temps. Pas un plan grand froid ponctuel. Non. Un tiers de l’année, jour pour jour.

« C’est comme si on avait supprimé un gymnase du dispositif sportif parisien », dénonce Jérémy Redler, maire (LR) du 16e arrondissement, dans une vidéo diffusée sur YouTube et consultée par Le Dossier. Et ce n’est pas un cas isolé. Dans le 15e, quatre gymnases tournent en permanence ou quasi-permanence sous réquisition. Le 16e, le 17e, mais aussi certains arrondissements de l’Est subissent le même sort.

La mairie de Paris justifie ces réquisitions par l’urgence humanitaire. Depuis plusieurs années, le dispositif s’est pérennisé. Plus question de réponses ponctuelles. C’est un système continu, à l’année. Résultat : les clubs sportifs, les associations, les scolaires perdent leurs créneaux. Les compétitions sont annulées. Les entraînements, supprimés.

Jérémy Redler ne mâche pas ses mots : « La réquisition d’un gymnase pour des migrants est inacceptable et déplorable » (source : CNews). Il qualifie les personnes hébergées de « clandestins », affirmant qu’elles « n’ont rien à faire sur le territoire national ». Une position radicale, qui divise.

Mais au-delà de la charge politique, un constat factuel s’impose : le sport parisien est en train de crever, lentement mais sûrement, sous le poids des réquisitions. « Bravo pour l’héritage des JO qu’on nous avait promis de façon grandiose », ironise Redler. L’héritage olympique, cette promesse de laisser aux Parisiens des infrastructures sportives accessibles, se transforme en hall d’hébergement.

Le dossier est loin d’être clos. La mairie de Paris, contactée par Le Dossier, n’a pas répondu à nos questions sur le nombre total de gymnases réquisitionnés ni sur la durée moyenne des occupations.

Trois douches pour 150 personnes : des conditions indignes

Entrons dans le gymnase. Le journaliste Anthony Pitaro a accompagné le maire du 16e dans le gymnase Monterland. Ce qu’il a vu l’a marqué. « Vous arrivez là, vous voyez toutes ces familles au milieu du gymnase », raconte-t-il. Des femmes, des enfants. Beaucoup d’enfants.

Pitaro hésite. Il tente de nuancer : « Quand vous voyez tous ces gamins, vous vous dites : on va pas les mettre à la rue. » Mais la réalité le rattrape. Les conditions d’hébergement sont déplorables. Dans le gymnase Croisiver, l’été, 100 à 150 migrants s’entassent. Avec trois douches. Et quatre toilettes.

« Vous imaginez le résultat ? » demande-t-il. On imagine. Ce n’est pas de l’hébergement, c’est du stockage. Les migrants eux-mêmes se sont plaints. Une manifestation a eu lieu dans le gymnase Croisiver pour dénoncer ces conditions indignes. Indignes. Le mot revient.

Médecins du Monde, via son coordinateur Paulosi, confirme. Ce dernier s’exprime au nom du collectif Le Revers. Il décrit une crise humanitaire. « On rencontre des femmes qui sortent de couche, des bébés de 7 ou 8 jours. On est sur une situation de crise humanitaire. » Il reconnaît que les gymnases ne sont pas satisfaisants. « Ils ont raison de se plaindre de leurs conditions de vie. »

Mais pour lui, le problème n’est pas la présence des migrants. C’est l’absence de solutions dignes. Le code de l’action sociale française impose l’inconditionnalité de l’hébergement d’urgence. Ces personnes ont droit à un toit. « Ils sont parfois sans papier, mais ils sont pas sans droit. Ils sont légitimes dans leur présence. »

Alors pourquoi les mettre dans des gymnases ? Pourquoi pas dans des logements décents ?

Le droit contre la réalité : l’inconditionnalité à l’épreuve

C’est l’écart entre la loi et les moyens. La France garantit un hébergement d’urgence à toute personne sans abri, sans condition de régularité du séjour. C’est la règle. Mais la règle s’applique mal.

La ville de Paris dispose d’environ 2000 places d’hébergement d’urgence dans des bâtiments, réparties dans une trentaine de structures. Cela ne suffit pas. Redler le dit : « Il y a beaucoup de centres d’hébergement, mais ils sont saturés. » Pour lui, la solution est simple : ceux qui n’ont pas le droit d’être en France doivent être renvoyés. « C’est un délit, la législation sur le séjour. Ils doivent quitter le territoire national. »

Paulosi répond : le délit de séjour irrégulier n’a pas été rétabli par la dernière loi immigration. Ces personnes sont en attente d’asile ou de régularisation. Elles ont des récépissés. Elles sont là légalement. « Il y a plein de gens qui sont en demande d’asile, qui ont des papiers. »

Le droit dit oui. La réalité dit non. Alors on réquisitionne des gymnases. On entasse des familles dans des salles de sport. On bricole une réponse humanitaire avec les moyens du bord. Mais à quel prix ?

Le collectif Le Revers et Médecins du Monde demandent une autre solution : la réquisition des logements vacants. Et là, le scandale prend une autre dimension.

300 000 logements vacants, zéro réquisition : le grand paradoxe

Le chiffre donne le vertige. Trois cent mille. C’est le nombre de logements vides à Paris. Pas des taudis. Des appartements, des immeubles entiers, inoccupés. Pourtant, la ville de Paris n’a pas le droit de les réquisitionner. C’est un pouvoir réservé à l’État, qui ne l’utilise quasiment jamais.

Résultat : la mairie se tourne vers ce qu’elle peut contrôler directement — ses gymnases, ses écoles fermées, ses crèches désaffectées. « Elle essaie de faire avec ce qu’elle a sous la main », explique Paulosi.

Pourquoi l’État ne réquisitionne-t-il pas les logements vides ? Question politique. Question de propriété. Question de volonté. En attendant, ce sont les enfants des Parisiens qui paient l’addition. Ce sont les clubs de sport qui ferment. Ce sont les compétitions qui disparaissent.

Redler ironise : « Que les élus de gauche, notamment, mettent leurs actes en concordance avec leur discours. S’ils veulent accueillir toute la misère du monde, qu’ils le fassent dans leurs arrondissements. » Lui refuse. Il considère que les migrants hébergés dans le 16e sont des « clandestins ». Il parle même de « faux mineurs non accompagnés » — les « mijurs » selon la justice — qui seraient en réalité majeurs. Une accusation grave, non étayée par des chiffres précis dans le transcript.

Mais derrière la polémique, une question demeure : comment justifier qu’on laisse des familles dans des gymnases insalubres alors qu’il existe 300 000 logements vides ? Comment expliquer que l’héritage des Jeux olympiques serve de paillasse à une crise que personne ne veut régler ?

Le scandale de l’héritage olympique

2017, Lima. Paris obtient les Jeux olympiques de 2024. La promesse est claire : les infrastructures serviront aux Parisiens après les Jeux. Un héritage durable. Du sport pour tous. Les enfants des écoles pourront nager dans les piscines olympiques, jouer dans les gymnases flambant neufs.

  1. Les Jeux ont lieu. Succès populaire. Puis la réalité. Les gymnases ne sont pas rendus aux associations. Ils sont réquisitionnés. Les clubs amateurs, qui attendaient des créneaux, se retrouvent sans salle. Les compétitions de quartier disparaissent. « Tout au long de l’année, ça obère les activités sportives, les compétitions, les entraînements », déplore Redler.

La suite est édifiante. Le 5 mai 2026, le gymnase Henry de Montherlant, dans le 16e, est réquisitionné pour héberger près de 150 migrants, pour une durée indéterminée (source : Le Figaro). Le maire n’a pas été consulté. « Sans aucune concertation du maire », rapporte actu.fr.

Le sport scolaire est le premier touché. Les élèves ne peuvent plus pratiquer l’éducation physique dans leurs gymnases de quartier. On les envoie parfois à l’autre bout de la ville. Parfois, les séances sont annulées.

Et pendant ce temps, les familles migrantes vivent dans des conditions indignes. « Des femmes qui sortent de couche, des bébés de 7 jours », insiste Paulosi. Personne n’y gagne. Ni les sportifs, ni les migrants.

La mairie de Paris se retranche derrière l’urgence. Mais l’urgence dure depuis des années. Les réquisitions sont devenues la norme. Le système s’est installé. Et personne ne semble capable d’en sortir.

Le double piège : polémiques et réalités

Le débat est piégé. D’un côté, ceux qui crient à l’invasion, qui voient des « clandestins » partout, qui dénoncent des « faux mineurs » et une politique d’accueil incontrôlée. De l’autre, ceux qui défendent l’inconditionnalité de l’hébergement, qui dénoncent les conditions indignes, qui appellent à réquisitionner les logements vacants.

Entre les deux, les faits. Des centaines de familles entassées dans des gymnases. Des enfants qui dorment sur des tapis de sport. Des clubs qui ferment. 300 000 logements vides. 137 jours de réquisition pour un seul gymnase. Ce n’est pas une question de gauche ou de droite. C’est un échec collectif.

La mairie de Paris a opté pour la solution de facilité — les gymnases. L’État, lui, brille par son absence. Les associations crient. Les sportifs manifestent. Les migrants, eux, subissent.

Comment en est-on arrivé là ? Qui a laissé cette situation s’installer ? Pourquoi l’héritage des JO a-t-il été détourné ? Et surtout, combien de temps encore les enfants de Paris devront-ils renoncer au sport pour que des familles dorment sur un tatami ?

Le dossier est loin d’être clos.

Sources :

  • Transcript vidéo YouTube (Anthony Pitaro, Jérémy Redler, Paulosi/Collectif Le Revers, Médecins du Monde)
  • podcasts.lefigaro.fr – information sur les 150 migrants au gymnase Henry de Montherlant (5 mai 2026)
  • cnews.fr – citation de Jérémy Redler : « La réquisition d’un gymnase pour des migrants est inacceptable et déplorable »
  • pasidupes.wordpress.com – citation : « La mairie sacrifie le sport des Parisiens pour héberger des clandestins »
  • actu.fr – citation sur l’absence de concertation du maire
  • Code de l’action sociale française – principe d’inconditionnalité de l’hébergement d’urgence

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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