Outre-mer : prostitution, drogue, migrations – l'État regarde ailleurs

Guyane : l'engrenage de la prostitution des mineurs
Jamila avait 14 ans lorsqu'elle a posé ses valises en Guyane — venant d'Haïti. Elle pensait trouver une famille d'accueil protectrice. Elle a trouvé des prédateurs.
"Ils me donnaient pas à manger", raconte-t-elle, la voix encore tremblante.
Sa famille d'accueil l'a forcée à coucher avec un homme, trois fois par semaine. Contre 500 euros par mois, parfois 1000. Jamila ne savait pas que cela s'appelait de la prostitution. "Je voulais sauver ma vie", dit-elle simplement.
Voilà. Ce n'est pas un cas isolé — c'est un système.
Aline Talbo est assistante sociale en Guyane. Elle a fondé l'association Maori Roch Fami, un centre d'hébergement pour jeunes filles sans ressources. Elle connaît le profil type des victimes par cœur : "Ça commence déjà par la fragilité, isolement sans famille, sans adulte référent." Les prédateurs n'ont qu'à frapper à la porte.
La Guyane cumule les vulnérabilités. Géographiques d'abord — des distances énormes, une forêt amazonienne qui isole les villages, des familles éclatées entre la France et l'étranger. Économiques ensuite — le taux de pauvreté y est le plus élevé de tous les départements français. Mais ce qui frappe Thierry Nicolas, géographe à l'Université de Guyane, c'est l'informalité.
"La prostitution des mineurs entre totalement dans un cadre informel, peu visible", explique-t-il.
Comment ces jeunes filles tombent-elles dans le piège ? Par des "lover boys" — ces petits amis qui usent de leur influence amoureuse pour les pousser vers des clients. Par la famille elle-même. Par la précarité absolue. Certaines échangent des faveurs sexuelles contre un repas, un trajet en voiture quand il pleut. "Les acteurs eux-mêmes n'appellent pas ça de la prostitution", précise Nicolas.
Et l'école ? Censée être un rempart, elle est défaillante. La loi impose depuis vingt ans des cours d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS). En Guyane, ces cours sont quasi inexistants. Pourquoi ? "À cause des parents", répond Nicolas. "Ils ont du mal à accepter qu'on parle de sexualité à l'école, même au collège."
Les dealers ont compris le système avant l'État.
Combien de Jamila ? Combien d'enfants vendus chaque jour en Guyane ? Personne ne les compte. Les chiffres officiels n'existent pas. L'informalité est un bouclier commode pour ceux qui ne veulent pas voir.
La Réunion : le "doux", une addiction à l'os
Saint-Pierre, sud de La Réunion. Quartier populaire de Bois d'Olive. En 2023, une drogue nouvelle y a surgi. Un nom trompeur : le "doux".
Ne vous fiez pas au nom — ce produit est un poison.
Le "doux" est une cathinone de synthèse, poudre cristalline que l'on fume dans une pipe. Ses effets ? Proches du crack. Stimulant, euphorisant au début. Dépendance quasi immédiate. Dégâts sociaux en cascade.
"Dans le quartier, c'est déjà arrivé de trouver des jeunes en train de convulser parce qu'ils avaient consommé", témoigne un habitant.
Un autre raconte : "Encore avant-hier, moi et mon mari, on sortait de voir une amie. En descendant, un jeune sur la route était allongé. On a failli rouler dedans."
Le "doux" existe même en version low-cost. On l'appelle B13. Moins cher, plus dangereux. Il se répand comme une traînée de poudre sur toute l'île. "Il n'y a pas un coin où les gens ne sont pas touchés", confirme un Riverain de Bois d'Olive.
Les chiffres des saisies donnent une idée de l'ampleur. En 2025, à La Réunion, les forces de l'ordre ont saisi environ 60 kg de cocaïne et 40 kg de drogues de synthèse. Cela semble modeste — mais ce n'est que la partie visible.
Et ce que l'on ne voit pas ?
Thierry Nicolas compare la situation réunionnaise à celle des Antilles-Guyane. Là-bas, c'est la cocaïne basée — le crack — qui ravage les centres-villes depuis les années 1980. "Quand on se promène à Pointe-à-Pitre, Fort-de-France, Cayenne ou Saint-Laurent, on retrouve ces populations victimes d'une forme de clochardisation", explique-t-il.
Le crack rend visible la misère. Le "doux" commence à faire de même à La Réunion.
Mais pourquoi ces drogues frappent-elles si fort dans les outre-mer ? L'insularité joue un rôle. L'isolement géographique exacerbe les fragilités. Un accident de vie — une rupture amoureuse, un licenciement — peut faire basculer n'importe qui. Mais ce qui tue, c'est l'absence de filet de sécurité sociale digne de ce nom. "La difficulté, c'est d'en sortir", souligne Nicolas. "Il y a des contraintes réelles pour se réinsérer."
Et les dealers prospèrent sur ce vide.
Une mère de sept enfants résume le désespoir collectif : "Il faut faire quelque chose pour protéger nos enfants."
L'écart entre les déclarations gouvernementales — "nous luttons sans relâche" — et la réalité du terrain est abyssal. Les multiples saisies n'enrayent rien. Pourquoi ? Parce que l'offre suit la demande. Et tant que personne ne traite les causes — pauvreté, isolement, absence de perspectives —, aucune saisie ne viendra à bout du trafic.
Mayotte : le camp Tsunzu 2, une honte française
Mayotte : 374 km², 329 000 habitants officiels, la plus forte densité des outre-mer — et une porte d'entrée pour l'immigration africaine.
Depuis toujours, les migrants viennent des Comores voisines. Mais depuis quelques années, un nouveau flux se développe. Il vient de République démocratique du Congo, du Rwanda, du Burundi. Des pays déchirés par des conflits meurtriers — en particulier la guerre du Kivu, où la milice du M23, soutenue par le Rwanda, affronte l'armée congolaise.
Kennedy Kigana fait partie de ces nouvelles vagues.
Il est arrivé à Mayotte en septembre 2025. Un mois plus tard, le camp Tsunzu 2 s'installait. Aujourd'hui, plus de 1000 personnes y vivent.
"Cinq imagines, cinq personnes pour ce petit espace", décrit Kennedy. "C'est pas facile, mais on cohabite, on s'entraide."
Un parcours comme tant d'autres. Il fuit Goma, sa ville natale en RDC. Il rejoint la Tanzanie voisine. Il n'arrive pas à s'y installer. Un passeur lui vend le rêve Mayotte — une île française dont il n'a jamais entendu parler. Par la mer, il est emmené aux Comores, puis à Mayotte.
Aujourd'hui, il est le représentant des habitants du camp
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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