LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

Environnement

Outre-mer : l’eau potable, une denrée rare, chère et polluée

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-17
Illustration: Outre-mer : l’eau potable, une denrée rare, chère et polluée
© Illustration Le Dossier (IA)

Les chiffres donnent le vertige. Dans les quartiers populaires de l’Hexagone, le taux de chômage atteint 16,6 %, contre 7,5 % dans les quartiers environnants, selon l’Observatoire national de la politique de la Ville (source : lemonde.fr). Un déterminisme qui touche 42 % de la population des zones rurales et des quartiers prioritaires — en métropole comme en Outre-mer (source : lesechos.fr).

Mais l’inégalité ne s’arrête pas à l’emploi. Elle coule du robinet.

Le 17 juillet 2026, Mediapart publie un entretien avec Emma Feyeux, de l’association Notre affaire à tous. Son constat est sans appel : « tous les critères d’une discrimination environnementale sont réunis ». La journaliste Rémi Carayol signe l’article. La suite est édifiante.

Une sécheresse qui frappe, un système qui craque

Commençons par le commencement. Plusieurs territoires ultramarins subissent une sécheresse marquée en 2026. L’Hexagone aussi, mais la différence est abyssale. Les Outre-mer sont plus exposés aux conséquences du changement climatique — épisodes de sécheresse plus longs, plus intenses. Et leurs habitants souffrent, pour la plupart, de graves problèmes d’accès à l’eau potable.

Pourquoi ? Parce que les infrastructures sont vétustes. Parce que les réseaux fuient. Parce que l’eau, quand elle arrive, est souvent polluée. Et quand elle est potable, son prix est prohibitif.

Emma Feyeux le résume en une phrase : l’eau y est « rare, chère et polluée ». Trois adjectifs qui dessinent une réalité systémique. Pas un accident. Pas une crise passagère. Un état permanent.

Discrimination environnementale : le concept

L’association Notre affaire à tous ne lance pas ce terme à la légère. La discrimination environnementale, c’est le fait que des populations — souvent pauvres, souvent racisées, souvent éloignées des centres de décision — subissent de manière disproportionnée les conséquences de la dégradation de l’environnement.

Dans les Outre-mer, tous les ingrédients sont réunis. Les habitants sont plus exposés aux pollutions. Ils ont moins accès aux ressources de base. Et quand ils les ont, ils paient plus cher.

Les documents en attestent : les rapports publics, les études, les témoignages d’élus locaux. Mais les solutions, elles, tardent.

Un rapport du Sénat qui accable

Déposé le 30 juin 2026, le rapport de la commission d’enquête du Sénat lève le voile sur les fractures profondes qui minent les Outre-mer (source : la1ere.franceinfo.fr). Il pointe des décennies de sous-investissement, des politiques publiques inadaptées, une gestion défaillante.

Le rapport ne parle pas seulement d’eau. Il parle de logement, de santé, d’emploi, d’éducation. Mais l’eau est le symptôme le plus visible d’un mal plus profond.

Qui a signé ? Qui a validé ? Où est l’argent ? Le rapport ne donne pas de noms, mais il dessine des responsabilités collectives. L’État, les collectivités, les opérateurs privés — tous sont mis en cause.

Le coût de l’eau : une double peine

Dans certains territoires ultramarins, le prix de l’eau est deux à trois fois plus élevé qu’en métropole. Les habitants paient plus cher pour un service moins fiable. C’est une double peine.

Et quand l’eau est coupée — ce qui arrive régulièrement en période de sécheresse — ce sont les plus précaires qui trinquent. Pas de stockage. Pas de moyens d’acheter de l’eau en bouteille en quantité suffisante. Pas de recours.

Emma Feyeux le dit clairement : « C’est une question de justice sociale et environnementale. » Une question qui, pour l’instant, reste sans réponse.

La pollution : un poison lent

L’eau n’est pas seulement rare et chère. Elle est aussi polluée. Pesticides, nitrates, métaux lourds, bactéries — le cocktail est souvent toxique. Dans certains territoires, l’eau du robinet est impropre à la consommation depuis des années.

Les habitants le savent. Ils achètent de l’eau en bouteille. Ils font bouillir l’eau. Ils installent des filtres. Des solutions individuelles, coûteuses, qui ne règlent rien à la source.

La source, justement, c’est le problème. Les pollutions viennent de l’agriculture intensive, des industries, des décharges sauvages, des réseaux d’assainissement défaillants. Personne ne les traite à la racine.

Un silence assourdissant

Depuis la publication de l’article de Mediapart, aucune réaction officielle n’a été rapportée. Ni du ministère des Outre-mer, ni du ministère de la Transition écologique, ni des préfectures concernées.

Les élus locaux, eux, crient leur colère depuis des années. Mais leurs appels restent lettre morte. La question est connue. Les rapports s’empilent. Les promesses aussi.

Où est le plan d’urgence ? Où sont les investissements ? Où est la volonté politique ?

Ce que dit la loi

La France a ratifié des traités internationaux qui reconnaissent le droit à l’eau potable comme un droit humain fondamental. Elle a aussi des lois nationales qui garantissent l’égalité d’accès aux services publics sur tout le territoire.

Mais dans les Outre-mer, ces principes restent lettre morte. L’égalité républicaine, proclamée dans les textes, se heurte à la réalité du terrain.

Emma Feyeux le rappelle : « Ce n’est pas une fatalité. C’est un choix politique. » Un choix qui, selon elle, constitue une discrimination environnementale caractérisée.

Et après ?

L’association Notre affaire à tous ne compte pas en rester là. Elle envisage des actions en justice. Elle veut faire reconnaître la discrimination environnementale comme un motif de recours.

Mediapart, de son côté, continue d’enquêter. Rémi Carayol suit le dossier. D’autres révélations pourraient suivre.

En attendant, des milliers de Français d’Outre-mer continuent de vivre sans accès fiable à l’eau potable. Une eau qui, dans l’Hexagone, coule à flots — et à moindre coût.

La question est posée. Elle mérite une réponse.

Sources :

  • Mediapart, « Dans les Outre-mer, “tous les critères d’une discrimination environnementale sont réunis” », 17 juillet 2026
  • Emma Feyeux, association Notre affaire à tous (propos recueillis par Mediapart)
  • Le Monde, données de l’Observatoire national de la politique de la Ville
  • Les Échos, données sur les quartiers prioritaires
  • La 1ère France Info, rapport de la commission d’enquête du Sénat, 30 juin 2026

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Sur le même sujet