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Société

Olympe de Gouges : La voix féministe guillotinée par la Révolution

En 1793, la révolutionnaire qui osa écrire la Déclaration des droits de la femme montait sur l'échafaud. Portrait d'une insoumise.

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-07
Illustration: Olympe de Gouges : La voix féministe guillotinée par la Révolution
© YouTube

3 novembre 1793. La lame tranche net. Olympe de Gouges, 45 ans, expire pour avoir exigé l'impossible — l'égalité. Deux ans plus tôt, cette roturière réécrivait la Déclaration des droits de l'homme... au féminin. Robespierre venait d'éliminer sa plus redoutable adversaire.

1791 : quand une femme réveille la France

17 articles. Une bombe. Septembre 1791 : sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne pulvérise les tabous.

"La femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits." L'article premier claque comme un fouet. Elle y revendique tout : vote, fonctions publiques, égalité fiscale. Même le divorce — scandale absolu sous le joug religieux.

Le texte prend la Constitution de 1791 en otage. "La loi doit être l'expression de la volonté générale", tonne l'article VI. Et ces mots qui firent trembler les Jacobins : "Toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir personnellement à sa formation."

Pourtant. Les exemplaires disparaissent. Les clubs révolutionnaires interdisent sa lecture. Pourquoi ? Parce qu'Olympe y balance : "Vous avez jugé bon de limiter [les droits] aux hommes. Vous êtes donc aujourd'hui non pas révolutionnaires, mais oppresseurs."

Une bâtarde qui défia le système

Montauban, 1748. Marie Gouze naît "bâtarde" — l'acte l'affirme noir sur blanc. Fille illégitime d'un marquis, elle grandit sous les insultes. "On la traitait de 'fille de catin'", révèlent les archives municipales.

17 ans. Mariée de force à un traiteur parisien violent. Veuve à 20 ans, elle refuse catégoriquement de se remarier. "Le mariage est le tombeau de la confiance et de l'amour", écrira-t-elle. Déjà, elle se rebelle.

  1. Marie Gouze devient Olympe de Gouges. La particule ? Une arme. "Elle détournait les codes aristocratiques pour se faire entendre", analyse l'historienne Catherine Marand-Fouquet. Et ça marche. Ses pièces de théâtre — autre transgression — commencent à percer.

Scènes de crime politique

Zamore et Mirza (1784). Cette pièce anti-esclavagiste fait imploser les conventions. La Comédie-Française la retire après trois représentations. Les planteurs des colonies avaient menacé.

Olympe contre-attaque. Elle monte sa troupe. Ses décors montrent des chaînes brisées. Ses acteurs noirs jouent visage découvert — du jamais-vu. "Les Noirs et les Blancs sont des hommes. Ils ne sont pas de races différentes", clame-t-elle.

  1. Paris croule sous ses pamphlets. Lettre au Peuple propose un impôt progressif. Remarques patriotiques exige des jurys populaires. Trente textes en deux ans. Une cadence qui affole le pouvoir.

La chute

  1. Olympe attaque Robespierre frontalement. "Vil conspirateur", "tyran en herbe" : ses affiches collées dans Paris visent juste. Elle le provoque : "Je te jette le gant du civisme, oseras-tu le ramasser ?"

Juillet 1793. Elle publie Les Trois Urnes, plaidoyer pour un référendum. Erreur fatale. Le Comité de salut public y voit un appel au fédéralisme — crime capital.

Arrestation le 6 août. Interrogatoire par Fouquier-Tinville, le bourreau de Danton. Procès expédié en trois jours. Le jury ? Trois affidés de Robespierre.

Postérité d'une insoumise

"Olympe de Gouges, voulant être homme d'État, a oublié les vertus de son sexe." Le verdict résume la peur qu'elle inspira. Son corps finit dans la fosse commune.

Effacée pendant deux siècles. Jusqu'à ce que les féministes des années 1970 ressuscitent son combat. Aujourd'hui, son buste trône à l'Assemblée nationale — ironie suprême.

Son manifeste ? Brûlant d'actualité. Écart salarial, violences conjugales, parité : elle avait tout vu. Tout dénoncé. Deux siècles plus tard, sa révolution attend toujours.

Mini-Quiz1/3

En quelle année Olympe de Gouges a-t-elle publié sa *Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne* ?

Par la rédaction de Le Dossier

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