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Nuremberg 1945 : la bataille des images derrière le verdict

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-26
Illustration: Nuremberg 1945 : la bataille des images derrière le verdict
© YouTube

Une salle d’audience sous les projecteurs

Qui contrôle l’image d’un procès historique ? À Nuremberg, les Américains ont avancé la projection du film Nazi Concentration Camps – réalisé par John Ford – pour contrer les rires des accusés et relancer l’intérêt médiatique. C’est un épisode parmi les 27 heures d’images tournées par le Signal Corps américain.

Nuremberg, premier procès international pour crimes de guerre, a été conçu dès l’origine comme un spectacle pour le monde. Mais chaque Allié a voulu en écrire le scénario.

Les quatre équipes d’accusation – américaine, britannique, française, soviétique – ont filmé en concurrence. Chacune voulait son propre documentaire. L’historienne raconte : les Soviétiques ont envoyé le cinéaste Roman Carmen, dont le film, plus virtuose, a été préféré par certains critiques. Les Français, eux, ont diffusé leurs actualités en janvier 1947 – vingt minutes mettant en avant le procureur François de Menthon et les témoins rescapés.

Le grand projet américain, un film de synthèse diffusé en janvier 1949, est arrivé trop tard. Il a été critiqué. Et pourtant.


Dix mois, 21 accusés, 10 condamnations à mort

Le procès dure dix mois. Parmi les accusés : Hermann Göring, Rudolf Hess, Joachim von Ribbentrop, Alfred Rosenberg, Julius Streicher, Baldur von Schirach, Wilhelm Frick, Ernst Kaltenbrunner, Wilhelm Keitel, Alfred Jodl, Constantin von Neurath, Franz von Papen, Hjalmar Schacht, Fritz Sauckel, Albert Speer, Erich Raeder, Hans Frank, Arthur Seyss-Inquart, Walther Funk, Hans Fritzsche, Karl Dönitz. Quatre juges – américain, britannique, français, soviétique. Et des avocats allemands, dont maître Servus, défenseur de Fritz Sauckel.

Octobre 1946 : le verdict tombe. Dix condamnations à mort, trois acquittements, le reste à des peines de prison – dont 20 ans pour Albert Speer, tandis que son subordonné Sauckel est pendu, ce que certains témoins qualifient de « justice de classe ».

Les exécutions ont lieu le 16 octobre 1946 dans la prison de Nuremberg. Göring se suicide au cyanure la veille. Les corps sont incinérés au camp de Dachau, leurs cendres dispersées. Le bourreau, sergent John C. Woods, procède à onze pendaisons. Les images des sentences n’ont pas été filmées – le juge britannique Lord Justice Lawrence l’a interdit, jugeant cela indécent. Voilà.


La guerre des images : coulisses d’un récit disputé

Derrière les verdicts, une bataille moins connue : celle du contrôle visuel.

Les Américains avaient tout prévu – y compris le recrutement d’Heinrich Hoffmann, le photographe personnel d’Hitler, pour classer les clichés nazis comme pièces à conviction. Les films de propagande nazie saisis servaient aussi de preuves.

Les Soviétiques, avec Roman Carmen, ont produit un film jugé plus « artistique ». Les Français, eux, insistaient sur le rôle de la France. Leurs actualités de 1947 – visibles dans les archives – ouvrent sur une description de Nuremberg détruite, « morte de ce choix », et mettent en scène le procureur François de Menthon énumérant les accusés.

L’historienne raconte : les interprètes étaient souvent dépassés. Le système de traduction simultanée, innovant, peinait à suivre. Des assistants brandissaient des cartons « slow » pour calmer les témoins.

Vingt-sept heures d’images existent au total. Une partie, inexploitée, montre des soldats et des juges qui s’endorment pendant les audiences. Qui aurait cru ?


Le traitement judiciaire : innovations et limites

Le droit, lui aussi, a été transformé. Nuremberg a posé deux précédents majeurs.

D’abord, la notion de « crime contre l’humanité », poussée par la France. Ensuite, l’idée que les chefs d’État ne jouissent plus d’immunité absolue.

L’héritage inclut la création de la Cour pénale internationale (CPI) — mais des puissances comme les États-Unis, la Russie et Israël n’ont pas ratifié le traité de Rome. En juillet 2024, la Cour suprême américaine a accordé l’immunité absolue au président, remettant en cause cet héritage.


Ce que ça dit de la France : mémoire nationale contre récit commun

Chaque nation a filmé son propre procès. Le film français est centré sur les acteurs français : le procureur, le juge, les témoins rescapés – Marie-Claude Vaillant-Couturier, Maurice Lampe, le professeur Balachovski. Il insiste sur la Résistance, sur la déportation.

Le film américain, plus tardif (1949), voulait incarner la démocratie universelle. Il est arrivé en pleine guerre froide, discrédité par le contexte.

Le film soviétique, plus virtuose, a été réalisé par Roman Carmen.


Le procès de Nuremberg a 80 ans. Ses images, pour certaines jamais diffusées, attendent dans les archives.

📰Source :YouTube

Par la rédaction de Le Dossier

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