Mont-de-Marsan : le matador Perera agressé après la corrida, un élu dénonce « une ligne franchie »

Les faits
Sud Ouest révèle l’information le 25 juillet. Perera agressé à la sortie du Plumaçon, après la corrida du vendredi. Les détails restent flous. Le matador a été « empoigné » alors qu’il se dirigeait vers sa voiture. Contexte : les Fêtes de la Madeleine battent leur plein — des milliers de personnes chaque jour dans les rues de Mont-de-Marsan.
Jean-François Cabannes, adjoint au maire, qualifie le geste de « totalement inacceptable ». Il rappelle que « chacun a le droit de contester », mais que les agressions physiques contre les toreros n’ont pas leur place. L’élu ne se prononce pas sur d’éventuelles suites judiciaires. Selon le journal, aucune plainte n’a été déposée.
Pourquoi ce silence ? Peut-être Perera veut-il éviter une médiatisation supplémentaire. Peut-être l’agression n’a-t-elle causé aucune blessure grave. Toujours est-il que le doute plane sur la volonté des autorités de poursuivre l’auteur. Sud Ouest ne donne rien de plus sur son identité ou son mobile.
Le contexte
Miguel Angel Perera n’est pas un inconnu. Né à Badajoz en 1983, il toréait ce jour-là les toros de la ganadería Zacarías Moreno — une maison réputée, un torero respecté. Sa présence à Mont-de-Marsan, ville attachée à la tradition taurine, était attendue.
Les Fêtes de la Madeleine sont un événement majeur de la saison taurine dans le Sud-Ouest. Depuis des décennies, elles attirent aficionados et opposants. Les manifestations se multiplient. En 2025, déjà, un aficionado avait insulté Colette Lacomme, la présidente de la corrida. Climat délétère, que Jean-François Cabannes dénonce : il s’inquiète des « insultes et attaques personnelles » dans les travées du Plumaçon. Cela nuit à l’image des arènes — et pèse sur tous les protagonistes.
La corrida est légale en France dans les régions où elle est considérée comme une tradition locale ininterrompue : Sud-Ouest, Provence, Languedoc. Cette légalité est de plus en plus contestée sur le plan sociétal. Associations de défense des animaux, actions en justice, campagnes de sensibilisation… Les élus locaux, pris entre la défense d’une culture ancrée et les pressions militantes, doivent naviguer prudemment. Voilà.
Le traitement judiciaire
À ce stade, aucune procédure judiciaire n’est ouverte. Sud Ouest précise : « selon nos informations, aucune plainte n’a été déposée ». L’enquête de police, si elle a eu lieu, n’a pas été rendue publique. L’agresseur, s’il est identifié, pourrait être poursuivi pour violences — mais sans plainte, l’action publique est moins automatique.
Le silence de Perera interroge. Les matadors sont souvent discrets, habitués à gérer les tensions. Mais cette absence de démarche pourrait aussi trahir une forme de lassitude. À force d’insultes et de pressions, certains acteurs de la tauromachie choisissent de ne pas donner de publicité à ces incidents. De peur d’alimenter le débat médiatique.
Ce que ça dit de la France
Cet incident est banal dans sa matérialité. Pourtant, il révèle quelque chose. La corrida, en France, n’est plus simplement une fête populaire — c’est un champ de bataille culturel. Les opposants, de mieux en mieux organisés, ne se contentent plus de manifester à l’extérieur. Ils s’invitent dans les travées, interpellent les présidents, insultent les toreros. L’agression physique, même si elle reste rare, est la conséquence logique d’une radicalisation des discours.
Regardons ailleurs. En Espagne, où la corrida est patrimoine culturel protégé, les tensions sont vives mais les violences physiques contre les toreros restent exceptionnelles. Au Portugal, où la mise à mort est interdite, le débat est moins virulent. En France, pays de la liberté d’expression, la corrida bénéficie d’une protection juridique ambiguë : tolérée là où elle est traditionnelle, jamais vraiment défendue au niveau national. Résultat : chaque feria devient un test de résistance.
L’absence de plainte, dans ce contexte, est un symptôme. Perera, comme beaucoup de ses confrères, semble avoir choisi de ne pas donner de tribune à ses agresseurs. Mais cette stratégie a un prix : l’impunité. Si les agresseurs savent que leurs actes restent sans suite, pourquoi s’arrêteraient-ils ?
Les élus locaux, comme Jean-François Cabannes, sont en première ligne. Ils doivent défendre une tradition qui fait vivre leur territoire (les Fêtes de la Madeleine génèrent des retombées économiques considérables) et répondre aux exigences de l’ordre public. Marge de manœuvre étroite. Trop de fermeté envers les opposants ? Accusation de censure. Trop de laxisme ? Violence qui s’installe.
Et maintenant ? Rien n’indique que cet incident isolé va changer la donne. Mais il s’inscrit dans une tendance lourde. La corrida, en France, est un combat de retardement. Les partisans gagnent du temps, les opposants gagnent du terrain. L’agression de Perera est une ligne franchie, comme le dit l’élu. La question : combien de lignes seront franchies avant que l’État ne prenne position — soit pour protéger la tradition, soit pour l’interdire ? En attendant, ce sont les contribuables qui paient pour la sécurité, les forces de l’ordre qui gèrent les tensions, et les matadors qui risquent leur intégrité physique.
Sources : Sud Ouest — article de Romain Barucq, publié le 25 juillet 2026.
📰Source :www.sudouest.fr
Par la rédaction de Le Dossier
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