LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

Faits divers

Messages glaçants du meurtrier de Chloé, 14 ans, à Soissons

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-08
Illustration: Messages glaçants du meurtrier de Chloé, 14 ans, à Soissons
© YouTube

« Mercredi tu viens à 60, je m’occupe de ton cas »

Un homme de 23 ans, sans emploi, vit chez ses parents à Soissons. Il contacte des collégiennes via Snapchat. Il se montre violent. Il menace de viol, de mort, d’enfermement dans un coffre. Chloé, 14 ans, a été sa petite amie. Elle a mis fin à leur relation il y a une semaine. Le 6 mai au matin, elle prend son raccourci habituel — un sentier à dix minutes du collège. L’homme l’y attend. Il la frappe au cou à plusieurs reprises avec un couteau. Les riverains appellent les secours. Trop tard. Chloé meurt sur place.

L’affaire commence ici. Mais les preuves, elles, commencent bien avant.

Le Parisien a récupéré des messages audio envoyés par le suspect à une troisième jeune fille. Le Dossier les a écoutés. Ce qu’on y entend est glaçant — littéralement glaçant. Une voix calme, posée, qui énonce des menaces avec une précision chirurgicale. « Je vais être très très très clair. Quand je te croise, je te tombe dessus. » Puis : « T’inquiète pas, mercredi tu viens à 60, je m’occupe de ton cas. » (Oui, vous avez bien lu : il planifie une rencontre pour « s’occuper » d’elle.)

Les phrases sont courtes. Le ton est froid. Pas de cris, pas d’hystérie. Une menace administrée comme une formalité administrative.

Ce n’est pas la première fois que le suspect croise la justice

En 2023, ce même homme est condamné pour port d’arme blanche sans motif légitime. Une condamnation légère, sans doute dissuasive — mais pas assez. Deux ans plus tard, il utilise une arme blanche pour tuer une adolescente. Comment un individu déjà condamné pour détention d’arme peut-il être libre ? Les questions restent sans réponse.

La procureure de Soissons, Laureline Ortaud, a confirmé les faits lors d’une conférence de presse. Le suspect a reconnu sa présence sur les lieux. Il a reconnu avoir porté des coups de couteau. Mais il nie l’intention de tuer. « Il prétend ne pas avoir voulu la mort de Chloé », a déclaré la magistrate. Une défense classique, presque banale. Mais les éléments recueillis par les enquêteurs racontent une autre histoire.

Le parquet estime que le geste était prémédité. La rupture, une semaine plus tôt, serait le mobile. Chloé avait décidé de mettre fin à cette relation toxique. L’homme n’a pas accepté. Il l’a traquée, surveillée, attendue sur son chemin. Et il a frappé.

L’emprise numérique : Snapchat comme porte d’entrée

Thomas, ami d’enfance de Chloé, raconte : « Il entrait en contact avec des jeunes filles via Snap, et ensuite il les menaçait de mort, de les violer et de les enfermer dans son coffre. » Snapchat, réseau favori des adolescents, permet une prise de contact rapide, souvent anonyme. Le suspect exploitait cette vulnérabilité.

Emma, une camarade de Chloé, a elle aussi subi ses avances. « On a commencé à s’envoyer des messages, sauf que moi j’étais pas spécialement d’accord que Chloé sorte avec lui. Du coup, à chaque fois je me prenais plein la gueule. » Puis les menaces sont arrivées. « Il a dit qu’il allait me mettre dans des coffres, m’emmener à Paris et me violer, me tuer là-bas avec tous ses potes. »

Des paroles violentes, des promesses de souffrance — des jeunes filles terrorisées. Et pourtant, aucune plainte n’a été déposée avant le drame. Peut-être que les parents n’ont pas pris la mesure du danger. Peut-être que les jeunes filles ont eu honte. Ou peut-être que le système a échoué.

Le mercredi 6 mai, Chloé n’arrive jamais au collège

Ce matin-là, elle quitte son domicile, comme tous les jours. Elle habite à dix minutes à pied du collège. Elle emprunte un raccourci connu de beaucoup d’élèves. Un sentier isolé, bordé de végétation. C’est là que le suspect l’attend.

Les coups de couteau au cou sont précis, mortels. Plusieurs plaies, selon le rapport préliminaire. Les secours arrivent rapidement, mais l’hémorragie est fatale. Chloé décède sur place, sous les yeux des premiers témoins. Une riveraine alertée par les cris appelle les pompiers. « Suis par une dame qui avait eu quelqu’un de tué là dans le chemin juste derrière », témoigne un voisin.

L’hélicoptère de la gendarmerie survole le quartier. Les sirènes résonnent. Les élèves du collège sont confinés. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. « C’est bouleversant parce que je la voyais tous les jours au collège, et là du jour au lendemain je la vois plus », confie une camarade.

Les gendarmes interpellent le suspect en fin de journée à son domicile, à une vingtaine de kilomètres de là. Il n’oppose aucune résistance. Placé en garde à vue, il est présenté à un juge le vendredi 8 mai. Mise en examen pour assassinat et viol. Détention provisoire immédiate.

Une justice qui interroge

Ce n’est pas un cas isolé. Les féminicides de mineures commis par des conjoints ou ex-conjoints adultes sont en hausse. En 2024, 22 adolescentes ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire en France. Le chiffre de 2025 s’annonce tout aussi alarmant.

La condamnation de 2023 pour port d’arme blanche n’a pas empêché le drame. Aujourd’hui, les associations de protection de l’enfance réclament un meilleur suivi des auteurs de violences, même pour des délits mineurs. Et surtout, des outils concrets pour détecter les signaux d’alerte chez les adolescents victimes d’emprise numérique.

Le parquet de Soissons a précisé que les relations sexuelles entre le suspect et Chloé — compte tenu de la différence d’âge — ne pouvaient pas être consenties. Treize ans de différence. Un adulte de 23 ans et une collégienne de 14 ans. La loi est claire : une personne mineure de moins de 15 ans ne peut consentir à un acte sexuel avec un majeur. Mais la loi, parfois, arrive trop tard.

Les enregistrements qui accusent

Les messages audio obtenus par Le Parisien et que nous avons pu consulter sont d’une violence inouïe. Non pas dans le cri, mais dans le calme. « Tu as envie de mourir plus vite que prévu ? T’inquiète pas, mercredi tu viens à 60, je m’occupe de ton cas. » Une promesse macabre. « Je vais te baiser ta grand-mère la morte. » Un mélange de grossièreté et de menace morbide.

La voix est posée. Pas d’emportement. C’est cela qui glace le sang : l’absence d’émotion. Un prédateur qui énonce ses actes à venir comme on lirait une liste de courses. « Dans les coffres de Paris, Marakov, 14e, tu vas faire la pute là-bas. » Des références obscures, peut-être à un trafic ou à un réseau. Les enquêteurs devront les décrypter.

Les enquêteurs ont versé ces enregistrements au dossier. Ils constituent une preuve accablante de la dangerosité du suspect. Ils montrent aussi, malheureusement, que des signaux d’alerte existaient. Trois jeunes filles au moins ont été menacées. Combien d’autres avant Chloé ?

Questions sans réponses

Comment un homme condamné pour port d’arme blanche en 2023 a-t-il pu passer inaperçu aux yeux des services de protection de l’enfance ? Comment se fait-il qu’aucune plainte pour menaces de mort n’ait été déposée avant le 6 mai ? Les parents des jeunes filles étaient-ils informés ? Les collèges de Soissons ont-ils été alertés de la présence d’un rôdeur menaçant aux abords de l’établissement ?

Les questions restent sans réponse.

Ce que nous savons : le suspect a été mis en examen pour assassinat — donc préméditation — et viol. Le parquet considère que les relations sexuelles avec un mineur de moins de 15 ans sont, par essence, non consenties. Mais au-delà de la qualification juridique, c’est toute une chaîne de défaillances qui est pointée du doigt. La justice rattrapera-t-elle les failles du filet de sécurité ?

Chloé avait 14 ans. Elle est morte pour avoir voulu rompre. Ses meurtres, ses menaces, ses enregistrements — tout était là, enregistré, audible. Mais personne n’a écouté assez tôt.

Sources :

  • Procureure de la République de Soissons, Laureline Ortaud (conférence

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Sur le même sujet