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Alès : la nouvelle sous-préfète face à la DZ Mafia — l'État joue-t-il encore son rôle ?

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-27

Une arrivée sous haute tension

Lucie Roesch ne fait pas dans la langue de bois. « J'ai vocation à passer peu de temps dans mon bureau », a-t-elle lancé lors de sa conférence de presse d'installation. Une promesse de terrain, de proximité. Mais le contexte est tout sauf ordinaire.

Le 22 juillet, des menaces explicites ont visé Christophe Rivenq, maire d'Alès. Des individus se réclamant de la DZ Mafia — un groupe criminel organisé, spécialisé dans le trafic de stupéfiants et les intimidations — ont proféré des menaces de mort. Le Raid a exfiltré l'élu. Le PNACO s'est immédiatement saisi de l'affaire. Une première — oui, vous avez bien lu.

Depuis, la vie municipale s'est figée. Les agents sous protection. Les réunions annulées. La peur, palpable. Et pourtant.

Mercredi soir, une vidéo est apparue. Six hommes encagoulés, se présentant comme membres de la DZ Mafia, contestent toute implication. « On n'a rien à voir avec ça », disent-ils. Authenticité ? Portée ? Les enquêteurs restent prudents. « Elle ne permet, à ce stade, ni d'identifier avec certitude ses auteurs ni de confirmer qu'ils s'expriment au nom de cette organisation », précise Midi Libre.

En clair, une mise en scène qui embrouille plus qu'elle n'éclaire.

La sous-préfète face au vide

Lucie Roesch a rencontré Christophe Rivenq avant même sa prise de fonction. Elle lui a renouvelé « tout mon soutien dans cette période ». Des mots — nécessaires, mais insuffisants.

Car le problème est plus profond. La DZ Mafia n'est pas une bande de quartier. C'est une organisation structurée, aux ramifications internationales. Ses membres savent utiliser les réseaux sociaux, les vidéos, les dénis. Ils savent aussi frapper quand il le faut.

Le maire d'Alès est sous protection. Mais combien de temps ? Et à quel prix ? Le contribuable paie pour le Raid, le PNACO, la protection rapprochée. Pendant ce temps, les dealers continuent de vendre, les menaces de circuler, et l'État de réagir — toujours après coup.

La nouvelle sous-préfète veut « conjuguer sécurité, prévention et développement du territoire ». Un triptyque classique. Mais quand la sécurité est déjà compromise, la prévention sonne creux. Et le développement ? Difficile d'attirer des investisseurs quand le maire doit être exfiltré par les forces spéciales.

Le PNACO : un parquet pour quoi faire ?

Le Parquet national anticriminalité organisée, l'État l'a créé pour traiter les dossiers les plus lourds. Narcotrafic, grand banditisme, menaces sur élus. En théorie, l'arme absolue.

En pratique, le PNACO est submergé. Ses moyens sont limités. Ses enquêtes, longues. Et les résultats déçoivent souvent. Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, près de 2 500 faits d'intimidation ou de violence envers des maires et adjoints ont été recensés en 2025 — une hausse de 15 % par rapport à l'année précédente. Les menaces et outrages représentent 68 % des atteintes. Les maires sont les premières cibles.

Le PNACO ne peut pas tout traiter. Et quand il s'en saisit, le temps joue contre lui. Les menaces se multiplient, les auteurs se cachent, les preuves s'effacent.

Alors, que fait l'État ? Il nomme une sous-préfète. Compétente, sans doute. Mais seule. Sans blindage juridique, sans moyens supplémentaires, sans mandat clair pour frapper fort.

Une République qui encaisse

Le problème n'est pas Lucie Roesch. Le problème est systémique.

La France a créé des dizaines d'agences, de parquets, de cellules de crise. Mais elle n'a jamais résolu l'équation de base : comment protéger ceux qui incarnent l'autorité républicaine quand les citoyens eux-mêmes perçoivent l'État comme faible ?

Les maires sont en première ligne. Ils gèrent les conflits de voisinage, les trafics, les incivilités. Le visage de l'État. Et quand ils sont menacés, l'État réagit — mais trop tard, trop mollement.

Le gouvernement a consacré 3,5 millions d'euros à la protection des élus en 2025, en plus des 1,5 million déjà investis depuis 2023. Soit 5 millions d'euros. C'est dérisoire. Comparé au coût d'une seule opération du Raid, ou d'une enquête du PNACO, c'est une goutte d'eau.

Pendant ce temps, les organisations criminelles engrangent des milliards. La DZ Mafia, comme les autres, n'a aucun mal à financer ses vidéos, ses armes, ses hommes de main.

Et maintenant ?

Lucie Roesch a promis de passer peu de temps dans son bureau. Elle va sur le terrain. C'est louable. Mais le terrain, aujourd'hui, est miné.

Les questions restent sans réponse. Qui a proféré les menaces ? La DZ Mafia est-elle vraiment impliquée ? La vidéo de dénégation est-elle un leurre ou une preuve de division interne ? L'enquête du PNACO aboutira-t-elle ?

Le maire d'Alès, Christophe Rivenq, a reçu des centaines, des milliers de messages de solidarité. « Il y a eu aussi beaucoup d'inquiétude. Mais la sécurité est au top et la vie continue. On s'en sortira », a-t-il déclaré. Un optimisme forcé.

Mais la réalité est têtue. Les menaces contre les élus augmentent. Les moyens de protection stagnent. Et l'État, malgré ses déclarations, semble incapable d'inverser la tendance.

Alors, que faire ? Renforcer le PNACO ? Donner aux maires des pouvoirs de police municipale accrus ? Sanctionner plus lourdement les auteurs de menaces ? Ou, plus radicalement, reprendre le contrôle des territoires perdus ?

La nouvelle sous-préfète d'Alès a du pain sur la planche. Mais elle ne pourra pas tout faire seule. L'État doit choisir : soit il protège ses élus, soit il les abandonne. Pour l'instant, il envoie des fonctionnaires. Les criminels, eux, envoient des vidéos.

À suivre.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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