Hussam Abu Safiya : le médecin que la France laisse mourir

Il pesait 40 kg de moins. Son cœur battait en arythmie. Il perdait connaissance par intermittence. Le Dr Hussam Abu Safiya, 52 ans, pédiatre et directeur du dernier hôpital encore debout au nord de Gaza, a été arrêté par l'armée israélienne fin décembre 2024.
Dix-huit mois plus tard, il est en « danger de mort imminent ». C'est ce que rapporte l'organisation Physicians for Human Rights – Israël.
Une délégation de syndicats médicaux français — FO, AMUF, CGT médecins, Union juive française pour la paix — a rencontré le ministère des Affaires étrangères le 24 juillet 2026. Leur demande ? Convoquer l'ambassadeur israélien. La réponse ? « On va transmettre au ministre. »
Six jours plus tard, un mail de relance. Silence. Le contribuable français finance un ministère qui, face à un médecin torturé, répond « on a peu de solutions ».
18 mois de torture — les faits
Le 27 décembre 2024, une photo montre Hussam Abu Safiya marchant vers un char israélien. C'est la dernière image de lui avant sa disparition. Il avait refusé d'évacuer l'hôpital Kamal Adwan, malgré les bombardements répétés. Son propre fils avait été tué devant l'établissement. Lui-même s'était installé dans l'hôpital avec sa famille pour continuer à soigner les enfants.
Depuis, il est détenu sans inculpation, sans procès, sans visite de la Croix-Rouge internationale. Pourtant, un arrêt de la Cour suprême israélienne autorise ces visites. Mais l'État d'Israël ne l'applique pas. Le CICR n'a pas accès aux prisonniers palestiniens détenus sans jugement depuis plus de deux ans. C'est une violation du droit international.
Personne ne bouge.
En novembre 2025, Physicians for Human Rights – Israël publie un rapport accablant. Il documente les tortures, les disparitions forcées, l'interdiction des visites familiales. Plus de 100 prisonniers palestiniens sont morts en détention depuis 2023 — un tiers des morts enregistrés dans les prisons israéliennes depuis 1963. Cent morts en deux ans. Autant qu'en soixante ans.
Le Dr Abu Safiya est l'un d'eux. Son avocat, Nasser Odeh, a pu le rencontrer début juillet 2026. Le constat est terrible : perte de 40 kg, blessures autour des yeux, des oreilles, du cou et de la tête, arythmie cardiaque, pertes de conscience intermittentes. « C'est la fin », a-t-il dit à son avocat. L'Association médicale mondiale a confirmé l'état catastrophique.
Et pourtant. La France, pays des droits de l'homme, n'a pas trouvé le temps de convoquer l'ambassadeur israélien.
La délégation au Quai d'Orsay — un dialogue de sourds
Le 24 juillet 2026, une délégation de syndicats médicaux français se présente au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. Elle est composée du Syndicat national des médecins hospitaliers Force Ouvrière, de l'Association des médecins urgentistes de France, de la CGT médecins, de l'Union juive française pour la paix. Elle est accompagnée de Mathilde Panot, députée LFI et présidente du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale.
Ils ne rencontrent pas le ministre Jean-Noël Barrot. Non. Une sous-directrice pour l'Égypte et le Levant. C'est elle qui écoute, impassible, le récit des tortures, la dénutrition, le danger de mort. Les médecins demandent trois choses : la libération immédiate du Dr Abu Safiya, la convocation de l'ambassadeur israélien, et une pression européenne.
La réponse est un modèle de langue de bois. « On a peu de solutions », dit la sous-directrice. « On essaie de faire ce qu'on peut dans le cadre de l'Europe. » « Le CICR pourrait intervenir, mais il n'a pas accès. » « Le plan Trump va prévaloir. »
C'est là que ça devient intéressant. Quand la délégation annonce qu'elle va rédiger un compte-rendu de la réunion, la sous-directrice change de couleur. « Non, non, c'était une rencontre informelle », dit-elle. Les médecins insistent : rien d'informel. Ils corrigent quelques points, retirent son nom pour ne pas lui mettre de pression. Elle les remercie. Le lundi suivant, à 11 heures, le ministre lui-même demande par téléphone de ne pas diffuser le compte-rendu.
La délégation hésite. Puis décide de le diffuser. À 14h30, le compte-rendu est en ligne. Il est conforme à la discussion, consensuel, vérifiable. Le ministère, furieux, annonce qu'il ne parlera plus à la délégation.
Le contribuable français paie des impôts pour financer un ministère qui, face à un médecin torturé, préfère cacher la vérité plutôt que d'agir.
Le compte-rendu qui fâche — quand le ministère veut cacher la vérité
Le compte-rendu, que Le Dossier a pu consulter, est un document édifiant. Il montre une administration française résignée, impuissante, et surtout réticente à toute action publique. La sous-directrice y explique que « fondamentalement, ce sont les Américains qui décident ». Que la France ne peut agir qu'au niveau européen. Et que, dans ce cadre, certains pays veulent maintenir l'accord de libre-échange avec Israël. Donc la France ne fait rien.
Elle ajoute que « ça prend beaucoup de temps ». Que « la France ne voit pas d'armes, mais envoie des pièces détachées ». Un double langage que les médecins qualifient de « malhonnête ». D'autant que trois jours avant la réunion, l'avion de Benyamin Netanyahou a survolé la France, l'Italie et la Grèce — alors qu'un mandat d'arrêt international est émis contre lui. La France n'a rien fait.
Le compte-rendu a été diffusé malgré l'opposition du ministère. Résultat : le dialogue est rompu. Les médecins ne sont plus reçus. Mais ils ont gagné une bataille : la transparence.
Le Dr Cyril Venet, du CHU de Grenoble, membre de la délégation, résume : « C'est la délégation la plus importante, la plus historique à laquelle j'ai participé. » Il précise que le Conseil de l'Ordre des médecins, par la voix du professeur Oustric, a soutenu la démarche. Un précédent historique. Jamais le Conseil de l'Ordre, institution conservatrice, n'avait pris position sur un cas de détention à l'étranger.
Et pourtant. Le ministère refuse toujours de convoquer l'ambassadeur israélien. Pourquoi ? Parce que « ça prend du temps ». Parce que « les Américains décident ». Parce que la France, puissance moyenne, préfère ne pas froisser un allié.
Et maintenant ? — ce que la France doit faire
Le Dr Hussam Abu Safiya est en danger de mort immédiat. Son avocat l'a vu début juillet. Depuis, il a été placé à l'isolement dans la prison de Nafha, une prison militaire. Personne ne sait s'il est encore vivant.
Une campagne internationale est en cours. L'Association médicale mondiale a recueilli plus de 800 000 signatures. Amnesty International mène une action de pression. Des médecins du monde entier interpellent leurs gouvernements. L'Espagne, par la voix de son Premier ministre, a pris des positions claires. La France, elle, reste dans le flou.
Que peut faire la France ? Convoquer l'ambassadeur israélien. Exiger la libération immédiate du Dr Abu Safiya. Permettre l'accès du CICR à tous les prisonniers palestiniens. Suspendre les livraisons de pièces détachées d'armement. Utiliser son poids diplomatique au sein de l'Union européenne.
Rien de tout cela n'a été fait. Le ministère des Affaires étrangères a préféré couper les ponts avec les syndicats médicaux plutôt que d'agir. Le contribuable français finance une administration qui, face à un médecin torturé, répond « on va transmettre au ministre ».
La question n'est pas de savoir si la France peut sauver le Dr Abu Safiya. La question est de savoir si elle en a la volonté. Pour l'instant, la réponse est non.
Le Dossier suivra cette affaire de près. Nous publierons les développements dès qu'ils seront connus. En attendant, une seule chose est certaine : le Dr Hussam Abu Safiya n'a plus beaucoup de temps.
Sources :
- Rapport de Physicians for Human Rights – Israël (novembre 2025)
- Compte-rendu de la réunion du 24 juillet 2026 – collectif syndical (SNMH FO, AMUF, CGT médecins, UJFP)
- Campagne Amnesty International pour la libération du Dr Hussam Abu Safiya
- Pétition de l'Association médicale mondiale (800 000 signatures)
- Transcript de l'émission Le Média TV du 30 juillet 2026 (intervention du Pr Jean-Louis Chabernaud, Dr Cyril Venet, Dr Imad Mafous)
📰Source :YouTube
Par la rédaction de Le Dossier
Ne manquez aucun scandale
Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.


