Mbappé, Betclic et les JO 2030 : la ministre des Sports dans la tourmente

L'audition de Marina Ferrari, ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, le 13 juin 2026 devant la commission des Affaires culturelles de l'Assemblée nationale, a tourné au déballage. Pendant près de trois heures, les députés ont épinglé une à une les contradictions du gouvernement.
Budget en baisse de 4,6 %. Coût des JO 2030 qui explose. Addictions aux paris sportifs multipliées par 35 en cinq ans. Et une ministre qui esquive, temporise, promet.
L'affaire commence ici.
Le budget 2026 : une baisse de 4,6 % qui cache des coupes plus profondes
Marina Ferrari l'annonce d'emblée: le budget 2026 du sport accuse une baisse de 4,6 % par rapport à 2025. « Un effort beaucoup plus limité que ce qui avait été initialement rendu public l'été dernier », précise-t-elle.
Mais le député socialiste Pierri Courbon ne l'entend pas de cette oreille. Il cite des « gels et annulations de crédit qui pourraient s'élever à 18 % ». La ministre ne confirme pas ce chiffre. Elle botte en touche.
Les 135 000 missions de service civique sont sécurisées, assure-t-elle. Le Pass Sport sera rétabli pour les 6-13 ans à la rentrée 2026-2027, financé par la CNAF. Les 240 millions d'euros de taxes affectées à l'Agence nationale du Sport sont maintenus.
Mais le bât blesse sur les équipements sportifs. « Nous avons encore plus de 130 millions d'euros de subventions qui sont en attente de versement », reconnaît la ministre. Des terrains promis, des factures impayées.
— Chiffre à retenir : 131 millions d'euros de crédits à décaisser pour les équipements contractualisés. L'argent public dort pendant que les clubs attendent.
La Cour des comptes étrille le « pilotage à la dérive »
Pierri Courbon enfonce le clou. Il cite le récent rapport de la Cour des comptes : « un pilotage politique du sport à la dérive ». La Cour pointe « le financement de l'immobilier administratif des fédérations plutôt que la pratique » et « une politique de soutien aux équipements structurants peu lisible et mal objectivée ».
La ministre répond par des généralités. Elle évoque la nomination d'une nouvelle directrice générale de l'ANS, Marie-Cécile Tardieux. Elle parle de « mesures de simplification » pour les collectivités.
Rien sur le fond du rapport. Rien sur la gouvernance.
JO Alpes 2030 : le mensonge des 462 millions ?
Le député écologiste Jean-Claude Rau pose la question qui fâche : « Au dépôt de la candidature, on nous a promis les jeux les moins chers de l'histoire avec 462 millions d'euros d'argent public pour le COJOP. Or, l'inspection générale des finances a chiffré ce besoin à 724 millions. »
Sa question est simple : « Le chiffre de départ était-il un mensonge ? »
La ministre ne répond pas directement. Elle évoque « une montée en puissance logique au vu de l'échéance olympique ». Elle rappelle que le projet de loi olympique a été adopté, avec « la garantie des régions réintroduite » et « des engagements environnementaux forts ».
Mais le transfert des épreuves de glace de Nice à Lyon — après des désaccords avec la nouvelle municipalité niçoise — a modifié l'équilibre territorial. Virginie Dub Müller, députée Droite républicaine, s'interroge : « Les décisions prises par la nouvelle municipalité de Nice sont-elles susceptibles d'entraîner des surcoûts ? »
La ministre reste floue. Les détails, dit-elle, seront précisés lors du conseil d'administration du 29 juin.
La bombe Betclic : Mbappé, la FFF et l'addiction des jeunes
C'est le sujet qui électrise la commission. Julien Odoule, député RN, cite Kylian Mbappé : le joueur aurait refusé une campagne publicitaire pour les paris sportifs. Betclic aurait utilisé son image quand même. Et la FFF est partenaire commercial de Betclic.
« La Fédération française de football a un partenariat commercial avec Betclic », confirme la ministre. Elle ajoute que Mbappé et Ryan Sherky auraient refusé la campagne « Parier c'est parien ».
Mais elle refuse d'interdire les paris sportifs. « Je préfère un encadrement », dit-elle.
Les chiffres donnent le vertige. Le volume des mises a été multiplié par 35 entre 2019 et 2024. 24 millions de joueurs aujourd'hui, soit 3 millions de plus depuis 2022. Des jeunes de 13 à 15 ans sont concernés.
— Chiffre à retenir : 63 % du produit brut des paris sportifs provient de joueurs addictes en perte de contrôle — rapport d'Addiction France cité par la ministre elle-même.
Un jeune sur trois a eu des pensées suicidaires liées aux jeux, ajoute-t-elle.
La campagne de prévention « Parier c'est parien » aurait été bloquée. La ministre affirme qu'elle va sortir. Les députés restent sceptiques.
206 millions d'euros de taxe : le sport dépend des paris
La contradiction est flagrante. La taxe sur les paris sportifs a rapporté 206 millions d'euros au sport français en 2024. Manne indispensable pour financer le sport amateur, les équipements, les fédérations.
« 31 % des joueurs déclarent avoir joué en raison d'une exposition à une publicité », révèle la ministre. Elle cite un sondage Doxa : 41 % des Français déclarent pouvoir jouer pendant la Coupe du monde.
Alors, que fait le gouvernement ? Un observatoire des paris sportifs sera mis en place pendant la Coupe du monde, annonce-t-elle. Une limitation des mises pour les 18-25 ans est prévue dans la proposition de loi sur le sport professionnel, via un amendement du rapporteur Badate.
Mais pas d'interdiction. Pas de rupture avec Betclic. Pas de remise en cause du modèle.
Violences sexuelles : la ministre refuse une autorité indépendante
Le député écologiste Jean-Claude Rau interpelle la ministre sur les violences sexistes et sexuelles dans le sport. Il cite le rapport sur les dysfonctionnements dans le rugby : « La situation n'a pas changé. »
Il demande la mise en place de « cellules indépendantes de signalement et de traitement des VSS dans les fédérations ».
La ministre répond qu'elle préfère « la responsabilisation de chacun » à la création d'une autorité indépendante. Elle évoque les 80 référents violences sexistes et sexuelles mis en place dans les fédérations, les 1000 incapacités prononcées via la plateforme Signal Sport.
Mais les associations — Rouge Direct, SOS homophobie, FC Paris Arc-en-ciel, Fédération sportive LGBT+, Paname Pride Football Club — dénoncent son « silence et son inaction ». Elles demandent une rencontre. La ministre ne s'engage pas.
Laïcité dans le sport : une proposition de loi en attente
Le député RN Julien Odoule interroge la ministre sur la proposition de loi sénatoriale relative à la laïcité dans le sport, votée en février 2025. Le texte est en attente d'inscription à l'Assemblée.
« Le gouvernement n'a pas inscrit ce texte », constate Odoule. Il dénonce « l'inaction du gouvernement face aux dérives communautaristes et aux atteintes à la laïcité dans le sport ».
La ministre répond que le gouvernement a « amendé le texte » et qu'il « suit son cours parlementaire ». Elle ne donne pas de date.
Coupe du monde 2026 : la ministre refuse de commenter Trump
Plusieurs députés — Pierri Courbon, François Piquemal — interpellent la ministre sur la politique migratoire américaine. L'arbitre somalien Omar Artan, désigné pour officier lors de la Coupe du monde, aurait été refoulé à son arrivée aux États-Unis malgré un visa valide.
« Comment garantir l'universalité du sport lorsque les considérations migratoires empêchent arbitres, sportifs ou délégations de participer à des compétitions internationales ? », demande Courbon.
La ministre est catégorique : « Il ne m'appartient pas de commenter la politique de délivrance des visas des États-Unis. » Elle ajoute : « Je n'apprécierais pas qu'un État vienne commenter la politique de délivrance des visas en France. »
François Piquemal insiste : « Votre rôle en tant que ministre des sports est d'alerter et de soutenir ces appels. » La ministre ne cède pas.
Bénévolat : pas de trimestres de retraite
La députée Véronique Riotton propose d'expérimenter un dispositif de reconnaissance du bénévolat sportif : 50 heures de bénévolat actif ouvrant droit à un trimestre validé pour la retraite.
La ministre refuse : « À partir du moment où on a une rétribution, ce n'est plus vraiment du bénévolat. » Elle ajoute : « Les bénévoles ne le demandent pas. »
Elle craint que le coût ne soit pas « financièrement maîtrisé » au vu du déficit des retraites.
Sport santé : 500 maisons sport santé déployées
La ministre vante les résultats de la stratégie nationale sport santé 2025-2030. 500 maisons sport santé sont déployées sur le territoire. 61 % des Français déclarent une activité sportive régulière, soit 2 points de plus qu'en 2023.
L'opération « Septembre bouge » sera lancée en septembre 2025. Le mois de l'activité physique et sportive sera instauré en 2026.
Une étude Cosmos, citée par la ministre, affirme que « 1 euro investi dans le sport santé permet d'économiser 13 euros en dépenses de santé ».
Le sport professionnel : une réforme attendue
La proposition de loi relative à l'organisation, à la gestion et au financement du sport professionnel sera examinée en séance publique le 29 juin. Le texte prévoit la création de deux sociétés distinctes pour les sections masculines et féminines du football professionnel, ainsi que la transformation de la Ligue de football en société commerciale.
La ministre salue « le travail des rapporteurs » et rappelle que le texte est « attendu par tout le secteur du sport professionnel français, pas que par le foot ».
Mais Virginie Dub Müller met en garde : « Tout ne va pas bien dans le football français. La crise des droits audiovisuels, le fléau du piratage, les interrogations sur la gouvernance constituent autant de défis. »
Les questions qui restent sans réponse
Où est passé l'argent des 131 millions d'euros d'équipements sportifs non versés ? Qui paiera la différence entre 462 et 724 millions pour les JO 2030 ? Pourquoi la FFF reste-t-elle partenaire de Betclic alors que l'addiction explose chez les jeunes ?
La ministre promet des réponses « dans les semaines à venir ». Les députés promettent de la revoir.
L'audition s'achève sur une note presque surréaliste : le député de La Réunion Frédéric Maillot demande la rediffusion des matchs de la Coupe du monde sur la chaîne publique Réunion Première. M6 a refusé. La ministre s'engage à « prendre à tâche les diffuseurs ».
Pendant ce temps, Betclic continue de sponsoriser le football français. Mbappé continue de marquer des buts. Et les jeunes continuent de parier.
Sources : Audition parlementaire de la ministre des Sports (transcript YouTube), Le Canard enchaîné, Rapport de la Cour des comptes sur le pilotage du sport, Rapport Diagana-Buffet, Rapport Addiction France, Inspection générale des finances.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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