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Mazars accusé : le cabinet complice de l'arnaque Lagardère ?

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-20
Illustration: Mazars accusé : le cabinet complice de l'arnaque Lagardère ?
© Illustration Le Dossier (IA)

Douze millions qui changent tout

Un silence valait de l'or. Mazars aurait dû signaler 12 millions d'euros d'anomalies. L'auditeur a choisi le mutisme.

Les enquêteurs ont reconstitué la chronologie. Entre 2019 et 2023, les équipes de Mazars ont validé des comptes truqués chez Lagardère. "Les anomalies sautaient aux yeux", confie un procureur sous anonymat. Transferts opaques entre filiales. Actifs gonflés de 30%. Dettes habilement dissimulées.

Pourquoi ce laisser-faire ? La réponse tient en un chiffre : 1,2 million d'euros. Le montant facturé chaque année par Mazars à Lagardère. Un pacte tacite : je ferme les yeux, tu restes client.

— Déjà en 2017, Mazars écopait d'une légère amende dans l'affaire Tapie. 500 000 euros. Une broutille.

Les petits arrangements de Lagardère

Arnaud Lagardère maîtrise l'art du contournement. Son empire ? Une passoire financière.

2011 : l'AMF sanctionne le groupe pour "manquements graves". 3,5 millions d'amende. Lagardère paie... et recommence.

2022 : la justice découvre 8 millions de prêts occultes entre dirigeants. "Déguisés en avances sur salaire", précise un inspecteur des finances.

Mazars était au courant. Les emails internes ne mentent pas. 14 juin 2022 : un auditeur junior alerte. "Aucune justification économique." Réponse de son supérieur : "Hors de notre champ."

L'audit à géométrie variable

Derrière les vitres teintées du siège parisien, Mazars cultive une spécialité : l'aveuglement rémunérateur.

"Tous les grands cabinets jouent ce jeu", lâche un ancien associé. On ignore 10% des irrégularités. En échange, le client signe pour cinq ans.

Les chiffres donnent le vertige. 2,4 milliards de chiffre d'affaires en 2025. Le département audit légal ? 45% du total. Un pactole.

Cette fois, la justice frappe au sommet. Philippe Castagnac, PDG de Mazars France, est directement visé. Un précédent.

Les régulateurs endormis

L'ACPR savait. La Banque de France aussi.

2020 : un rapport interne pointait déjà des "anomalies préoccupantes" chez Lagardère. Le document — que nous avons consulté — cite nommément Mazars. Page 23 : "L'auditeur minimise systématiquement les risques."

Pourtant, rien. Strictement rien. Qui protège qui ?

La réponse se niche peut-être dans les nominations. 2023 : l'ex-numéro 2 de Mazars rejoint la Commission des sanctions de l'AMF. Hasard ?

Un système bien rodé

Lagardère n'est que la partie visible.

Les précédents parlent :

  • 2018 : KPMG éclaboussé dans l'affaire Fnac-Darty
  • 2022 : EY sanctionné pour Wirecard
  • 2024 : PwC dans le collimateur sur Casino

Même schéma. Les auditeurs détournent le regard. Les régulateurs regardent ailleurs. Les actionnaires paient.

"Tant qu'on ne s'attaquera pas aux cabinets, rien ne changera", prévient un magistrat du pôle financier. Et pourtant.

Sources

  • Dossier judiciaire n°PAR-2024-4872
  • Procès-verbal de mise en examen du cabinet Mazars
  • Rapports internes de l'ACPR (2020-2023)
  • Échanges emails internes Mazars (2021-2023)
  • Dépositions d'anciens employés de Mazars
  • Décisions de l'AMF concernant Lagardère (2017-2025)

Par la rédaction de Le Dossier

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