Mascarade policière : un ancien flic accuse Sarkozy, Darmanin et le conflit d’intérêt Faverg

Le théâtre médiatique de la sécurité
Une image. Des CRS8 en tenue de combat. Casqués, lourdement armés. Les caméras sont là. Chaînes d’info en direct. Saisies présentées comme des victoires. Statistiques triomphales.
Colombiès n’y croit pas : « C’est du bidon, du théâtre. » Chaque opération médiatisée est une mise en scène — pour tromper l’opinion. Les politiques jouent un rôle. Gérald Darmanin, Bruno Retailleau, Christophe Castaner. Ils défilent, promettent. « On annonce et on met en scène avec la complicité des grands médias », insiste l’ancien flic. Les opérations des CRS8, baptisées comme des missions de guerre ? Poudre aux yeux.
Pourquoi ? Parce que la masse de cocaïne déferle sur l’Europe, incontrôlable. Ports de Rotterdam, du Havre, d’Anvers : milliers de conteneurs chaque jour. Les contrôler est impossible. Et certains États ferment les yeux. Colombiès raconte : dans les années 80, le premier officier de liaison français aux Pays-Bas lui confiait son désarroi. « Ces gens-là se fichent perdument du trafic. » Les Pays-Bas laissaient passer des tonnes de cocaïne, prétextant que cela ne concernait pas le trafic local. Rien n’a changé. Et pourtant.
Aujourd’hui, les ministres de l’Intérieur et de la Justice communiquent. Jamais le ministre de la Santé. « Où est-il ? », demande Colombiès. L’addiction est un problème de santé publique, pas seulement répressif. Mais les politiques préfèrent la démonstration de force. Plus vendeur. « Poudre aux yeux à chaque fois. »
Le conflit d’intérêt Faverg : le livre blanc qui privatise la sécurité
Voilà où ça se complique. Un document circule dans les hautes sphères : le livre blanc de M. Faverg. Qui est Faverg ? Ancien directeur de la police nationale, ancien chef du RAID. Aujourd’hui, député macroniste (Renaissance). Il a co-rédigé ce livre blanc — oui, vous avez bien lu — et son contenu est explosif.
Colombiès le lit et le résume : « Il favorise l’intrusion des organismes privés dans la sécurisation du quotidien. » Ce livre blanc ouvre la porte aux sociétés de sécurité privée. Les mêmes dans lesquelles Faverg « est partie prenante ». « Conflit d’intérêt pur et simple », tonne Colombiès.
Les faits sont têtus. Un haut fonctionnaire, passé par les plus hautes responsabilités policières, devenu député, rédige un document qui encourage le privé. Et il a ses intérêts personnels. « Je m’excuse, mais il y a comme qui dirait un conflit d’intérêt pur », répète Colombiès. Pendant ce temps, l’État se désengage. Effectifs de la police nationale fondent. Budgets rognés. Les sociétés privées se frottent les mains.
Le piège : ce n’est pas une lubie technocratique. C’est une stratégie cohérente — remplacer la police régalienne par des polices municipales et des sociétés privées. Moins de contrôle, plus de flexibilité, dépendance au privé. Inégalité territoriale garantie.
La police de proximité sacrifiée : du renseignement à la catastrophe
Colombiès remonte le fil. Dans les années 80, il y avait les îlotiers. Policiers sur scooter, connaissant chaque gardien d’immeuble, chaque commerçant. Ils faisaient le lien. Fournissaient du renseignement de terrain. Puis Nicolas Sarkozy est arrivé. « Il a cassé le job », dit l’ancien flic. Suppression de la police de proximité. Politique du chiffre. Effectifs réduits.
Conséquences immédiates : les quartiers populaires perdent leur dernier contact avec l’État. La poste ferme. Les services publics disparaissent. « La nature a horreur du vide », explique Colombiès, citant Marcel Mauss. Dans ces zones, des règles parallèles s’installent. Un « fait social total » — règles sociales, religieuses, économiques propres. Le trafic devient l’économie locale. Les dealers remplacent l’État.
Et le renseignement ? Il disparaît. Colombiès rappelle les attentats de 2012 (Merah) et de 2015 (Ares Kashi, Charlie Hebdo). Les fichiers existaient. Les RG avaient identifié les individus. Mais sans îlotiers, sans suivi de terrain, rien n’a été fait. « On les avait identifiés, mais pas suivis, pas surveillés, pas cadrés. » Catastrophe.
Aujourd’hui, les politiques se félicitent d’avoir déjoué des attentats. « Autosatisfaction », ironise Colombiès. Mais qui mesure les échecs ? Personne. Ils manipulent les statistiques. Sarkozy a biaisé l’action policière avec sa politique du chiffre. « Il a cassé le job. » Depuis, chaque ministre enchaîne les annonces, mais le désengagement continue.
Narcotrafic : une guerre perdue d’avance
Revenons aux stupéfiants. Colombiès a passé vingt ans dans les stups, à Paris et Marseille. Il le dit : « Nous n’avons jamais mené la lutte contre le trafic de stup. » Pourquoi ? La demande est trop forte. La mondialisation a ouvert les vannes. Les ports européens sont des passoires. Les États producteurs vivent de cette économie. La France elle-même a produit de l’opium en Asie. Les Britanniques ont fait la guerre à la Chine pour imposer l’opium au XIXe siècle.
Le constat est historique. Les gouvernements successifs ont choisi l’hypocrisie. Plutôt que de s’attaquer à la racine — demande, addiction, santé publique — ils multiplient les opérations coup-de-poing. Saisies record, démantèlements. Mais le volume global ne diminue pas. « C’est écoper le Titanic avec une cuillère à soupe. »
Colombiès propose une piste : la réduction des risques. Il rappelle les années 80, l’épidémie de sida, l’héroïne intraveineuse. La solution : produits de substitution (Subutex, méthadone). Les toxicomanes ont cessé d’agresser pour de l’argent. « C’est hypocrite, mais ça marche », dit-il. Pourquoi ne pas appliquer la même logique au cannabis ? Attention : il faut cadrer le taux de THC, sinon les consommateurs retourneront dans la rue. Mais la réponse sanitaire est absente. Les ministres de la Santé ne sont jamais invités aux conférences de presse sur la lutte antidrogue. Scandale.
Polices municipales : le grand remplacement inégalitaire
Dernier volet de la mascarade : la substitution de la police nationale par les polices municipales. Colombiès est clair — pas contre les polices municipales en soi. Mais il dénonce le remplacement. « C’est anormal qu’un citoyen à Saint-Denis n’ait pas la même police qu’à Nice. » La police nationale garantissait une unité de doctrine, une philosophie d’emploi identique sur tout le territoire. Avec les polices municipales, tout dépend du maire.
Et les maires ont leurs agendas. À Saint-Denis, M. Bakayoko a annoncé que sa police municipale se pliera à sa politique sécuritaire. Mais les 48 % d’électeurs qui n’ont pas voté pour lui, qu’en pensent-ils ? Personne ne leur demande. « Les polices municipales obéissent aux maires », souligne Colombiès. Inégalité, politisation, risque de dérive communautaire.
Le problème est amplifié par le désengagement de l’État. À Marseille, on a créé un commissariat… en supprimant deux autres. Un élu Renaissance lui a vanté ce « progrès ». Silence gêné quand Colombiès a révélé la supercherie. « C’est la réalité », conclut-il.
2027 : aucun candidat à la hauteur
Interrogé sur la présidentielle de 2027, Colombiès ne se fait aucune illusion. « Aucun candidat n’offre de solution globale. » Il dénonce des « réformettes », du « coup par coup », sans vision à long terme. Le lien police-justice a été cassé sous Sarkozy, Hollande, Macron. Emmanuel Macron ? « Il ne s’y intéresse pas, il n’y connaît rien. » Les candidats à venir ? Une vingtaine, mais « purement politiques », sans courage.
Le courage. Voilà le maître mot. Le courage de tout remettre à plat, repenser la politique pénale, rétablir une police de proximité, associer la santé publique, sortir de la démagogie. « Mais on n’en voit pas la couleur », soupire-t-il.
Alors que faire ? Son livre, Mascarade, est un appel à la lucidité. Les citoyens doivent ouvrir les yeux, lire Marcel Mauss ou Victor Clamperur, exiger une véritable réforme. En attendant, le théâtre continue. Les caméras tournent. Les ministres parlent. Et le narcotrafic prospère.
Sources
- Témoignage de Jean-Pierre Colombiès (ancien policier, auteur de Mascarade, éditions Max Milo)
- Ouvrage La fesse obscure de la police de Jean-Pierre Conviaz (éditions Max Milot)
- Livre blanc co-rédigé par M. Faverg (ancien directeur de la police nationale, député macroniste)
- Intervention dans Le Dossier (émission du 19 mai 2026)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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