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PolitiqueÉpisode 3/24

Mali-Algérie : la Russie en médiatrice du dégel diplomatique

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-15
Illustration: Mali-Algérie : la Russie en médiatrice du dégel diplomatique
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Accroche

C'était une brouille glaciale. Quinze mois sans ambassadeur, sans ciel ouvert entre les deux pays. Vendredi dernier, Alger et Bamako ont annoncé la fin de cette impasse. La réouverture des espaces aériens mutuels et le retour des ambassadeurs respectifs. Un geste qui marque un tournant dans les relations entre le Mali et l'Algérie — deux voisins liés par une frontière de plus de 1 300 kilomètres.

L'affaire commence au printemps 2025. Un drone militaire malien est détruit près de la frontière commune. Les autorités maliennes accusent Alger d'ingérence. L'Algérie dément. Les relations diplomatiques s'effondrent. Les ambassadeurs sont rappelés, les espaces aériens fermés. Pendant plus d'un an, le silence.

Vendredi, la nouvelle tombe : les deux pays annoncent conjointement la reprise des relations. Coïncidence ? Non. D'après France 24, qui a consacré un long reportage à ce dégel, le rôle de la Russie est central. Le sociologue malien Mohamed Amara, invité de la chaîne, est catégorique : « Tout ça s'explique aujourd'hui par la nécessité d'amorcer un temps de paix, mis en avant par les différents partenaires, en particulier le partenaire russe. »

Les faits

Que s'est-il exactement passé ? Vendredi, les autorités maliennes et algériennes ont publié des communiqués identiques. La réouverture de l'espace aérien est immédiate. Les ambassadeurs reprennent leur poste. Aucune précision n'est donnée sur les modalités de cette reprise ni sur les éventuelles conditions. Mais les faits sont là.

D'après France 24, les tensions avaient débuté après la destruction d'un drone malien « près de la frontière commune entre les deux pays au printemps 2025 ». L'incident avait provoqué une escalade verbale. Le Mali avait dénoncé une « violation de souveraineté ». L'Algérie avait rétorqué en accusant Bamako de « provocation ». Les ambassades avaient été vidées, les vols suspendus.

Pendant quinze mois, les échanges diplomatiques sont restés inexistants. Puis, en février 2025, un signal : la visite à Alger d'Abdourahamane Tiani, le chef de l'État nigérien. Selon France 24, Tiani a été reçu « en grande pompe par Abdelmadjid Tebboune ». Un geste qui a pesé, selon Mohamed Amara : « Le Niger a une zone frontalière avec l'Algérie et le Mali. La visite de Tiani s'inscrit dans le cadre des relations diplomatiques, mais aussi des politiques d'investissement. »

Puis, un autre événement : la visite du ministre russe des Affaires étrangères à Bamako et Niamey. La Russie, partenaire clé des deux pays, a multiplié les déplacements. « On a vu aussi l'arrivée du président de la commission de l'Union africaine à Bamako », ajoute le sociologue. Mais c'est bien Moscou qui tient les rênes.

Le vendredi de l'annonce, aucun responsable n'a expliqué qui avait fait le premier pas. Mohamed Amara, lui, avance une hypothèse : « La Russie, qui est un des partenaires importants des deux pays, a jugé nécessaire de ramener les deux protagonistes à la table de la paix. » La Russie, en position de force, « peut tordre la main aux uns et aux autres en raison de sa position géostratégique et géopolitique dans la région », dit-il.

Le contexte

Ce dégel ne surgit pas de nulle part. Il s'inscrit dans un contexte régional marqué par la guerre, les rébellions et les ingérences étrangères. Le Mali est en proie à des attaques djihadistes et à une rébellion indépendantiste dans le nord, menée par le CSP (Cadre stratégique permanent) et ses alliés. L'accord d'Alger de 2015, censé instaurer la paix, a été dénoncé par le pouvoir malien en janvier 2024. Depuis, les combats ont repris.

L'Algérie, historiquement médiatrice, s'est retrouvée isolée. Le rappel de l'ambassadeur malien en décembre 2023 — une information confirmée par RFI — avait déjà marqué le début des tensions. « Les relations fraternelles sont très importantes », rappelle Mohamed Amara, qui insiste sur les liens culturels et historiques entre les deux peuples. Mais la politique a pris le dessus.

Un autre acteur émerge : l'imam Mahmoud Dicko, opposant malien exilé en Algérie. Figure politico-religieuse influente, Dicko est considéré par certains comme un pont possible entre Bamako et Alger. Le sociologue le décrit comme « une pièce du puzzle à reconstituer ». « Il aura son mot à dire », ajoute-t-il, précisant qu'il parle de « l'homme politique » plutôt que de l'imam.

La Russie, elle, semble orchestrer les réunions. Son ministre des Affaires étrangères a sillonné la région, rencontrant les dirigeants maliens et nigériens. L'Union africaine, par la voix de son président, a également envoyé des signaux. Mais tous les regards se tournent vers Moscou, qui consolide son influence au Sahel au détriment de la France, ancienne puissance coloniale.

Le traitement judiciaire

Sur le plan juridique, la question centrale est celle de l'accord d'Alger de 2015. Cet accord, signé entre le gouvernement malien et les groupes rebelles de la Coordination des mouvements de l'Azawad, a été dénoncé unilatéralement par Bamako en janvier 2024. Le dégel diplomatique pourrait-il le relancer ? Mohamed Amara l'espère : « C'est l'espoir que tous les hommes de paix souhaitent. Cette baisse de tension participe des mécanismes de relance des possibilités de paix. »

Aucune procédure judiciaire n'est en cours. Les décisions sont politiques. Mais le sociologue insiste sur la nécessité de « réhabiliter les hommes politiques » et de mettre en place « une alliance républicaine impliquant l'ensemble des acteurs maliens ». Le dialogue avec les rebelles, longtemps tabou, redevient une option.

Le chemin est semé d'embûches. Les groupes armés du nord, notamment le Front de libération de l'Azawad (FLA), n'ont pas été consultés. Leur position reste floue. « Il faut dialoguer avec ceux avec lesquels on est en désaccord sur pas mal de sujets », rappelle Amara, qui reconnaît que « les sujets de discorde sont indénombrables ».

La question de la légitimité des acteurs se pose. Qui est habilité à parler au nom du Mali ? Le pouvoir militaire, issu du putsch de 2020, conteste la représentativité des partis traditionnels. L'Algérie, de son côté, a accueilli des figures de l'opposition malienne, comme Mahmoud Dicko. Ce qui irrite Bamako. Le dégel actuel pourrait permettre de remettre tout le monde autour de la table.

Ce que ça dit de la France

Ce rapprochement, orchestré par la Russie, révèle les limites de la souveraineté des États africains face aux logiques d'ingérence extérieure. Le Mali, pourtant souverain, a dû se tourner vers Moscou pour débloquer une situation diplomatique bloquée. L'Algérie, puissance régionale, a accepté une médiation russe. « La Russie est aujourd'hui dans une possibilité de tordre la main aux uns et aux autres », résume Mohamed Amara.

La France, ancienne puissance coloniale au Sahel, observe ce nouvel équilibre. Depuis le retrait de ses troupes du Mali en 2022 et la fin de l'opération Barkhane, Paris a perdu de l'influence. Moscou a pris sa place, déployant des mercenaires de Wagner (aujourd'hui Africa Corps) et multipliant les accords de coopération. Le dégel entre le Mali et l'Algérie, sous l'égide russe, confirme ce basculement.

Ce n'est pas un simple incident diplomatique. C'est le symptôme d'une transformation profonde des relations de pouvoir au Sahel. Les États africains sont pris entre des pressions internes — guerres, crises humanitaires, péril humanitaire — et des pressions externes — ingérences russes, chinoises, turques. Leur marge de manœuvre se réduit.

« La paix nécessite l'implication de tous les acteurs », rappelle Mohamed Amara. Mais quels acteurs ? Les militaires maliens, les rebelles, les diplomates algériens, les émissaires russes. Les populations civiles, elles, subissent. Le sociologue évoque « un péril humanitaire, un péril humain avec les différentes morts, les différentes attaques qui n'épargnent aucun Malien du nord au sud ».

Le dégel diplomatique est une bonne nouvelle. Mais il ne règle rien sur le fond. Les violences continuent. Les déplacés se comptent par centaines de milliers. L'économie est exsangue. La souveraineté, sans la paix, n'est qu'un mot.

Ce dossier, Le Dossier l'a déjà exploré dans ses précédents épisodes sur l'ingérence russe en Afrique. Ici, le schéma se répète : une puissance extérieure s'impose comme médiatrice, tire les ficelles, et les États locaux s'alignent. La question, posée par le sociologue, reste ouverte : « La paix, on la fait avec les autres. » Mais à quel prix ?

À suivre.

Sources : France 24 (journal de l'Afrique, interview de Mohamed Amara) ; RFI (rappels historiques sur le rappel de l'ambassadeur malien en décembre 2023).

📰Source :youtube.com

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