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PolitiqueÉpisode 4/21

Bulgarie : Corruption et instabilité politique explosent lors des 8e élections en 5 ans

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-19
Illustration: Bulgarie : Corruption et instabilité politique explosent lors des 8e élections en 5 ans
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Un pays en échec politique

Huit élections législatives en cinq ans. La Bulgarie bat des records — et pas des bons. "C'est presque un record mondial dont on n'est pas fier du tout", lâche Anna Krasteva, professeure en sciences politiques à la Nouvelle Université Bulgare.

Regardons les faits. Depuis 2021, les Bulgares ont voté trois fois rien qu'en une année. À chaque fois, même scénario : des partis incapables de former une majorité stable, des coalitions qui explosent en vol, des électeurs excédés.

Pourquoi ? La réponse tient en deux mots : corruption systémique. "Le décalage entre les attentes des citoyens et l'offre politique est abyssal", analyse Krasteva. Les nouveaux partis anticorruption — comme le PPDB — ont percé. Mais ils n'ont jamais pu gouverner durablement.

Et pourtant. En 2021, des manifestations monstres ont secoué le pays. Des centaines de milliers de Bulgares dans les rues contre la corruption. Résultat ? La chute du gouvernement GERB de Boiko Borisov. Mais pas la fin du système.

Roumen Radev, l'ami de Moscou

Ancien pilote de chasse. Ex-membre du parti communiste. Admirateur déclaré de Viktor Orbán. Roumen Radev incarne la face pro-russe de la politique bulgare.

"Pour moi, toute personne qui croit que la Russie n'est pas un agresseur est exclue de mes options", assène-t-il. Pourtant, ce même Radev refuse d'envoyer des armes à l'Ukraine. Il considère la Crimée comme russe. Un "réalisme" qui sent bon les accords gaziers avec Moscou.

Ironie du sort : le favori des élections est porté par une vague anticorruption. Celle-là même qu'a initiée... le PPDB, formation pro-européenne. "Cette énergie citoyenne sera dirigée vers Radev", prédit Krasteva. Un paradoxe explosif.

Radev promet la stabilité. Mais à quel prix ? "Il ne sera pas Orbán dans toute son ampleur, mais il sera du côté d'Orbán", prévient la politologue. Bruxelles tremble déjà.

Boiko Borisov, le revenant

Ancien membre de la police secrète soviétique. Trois fois Premier ministre. Accusé de corruption puis disculpé. Boiko Borisov est l'autre visage du système bulgare.

Son parti, le GERB, a dominé la vie politique pendant une décennie. Jusqu'à ce que les manifestations de 2021 ne le fassent tomber. "Borisov disait à Bruxelles : je ne serai pas Orbán, mais fermez les yeux sur la corruption", révèle Krasteva.

Aujourd'hui, il revient. Deuxième dans les sondages. Avec le même discours pro-européen. Et les mêmes méthodes clientélistes. "C'est le chef de l'État qui est le nouveau. Moi, je suis considéré comme le vieux", ironise-t-il. Un vieux qui connaît tous les rouages du pouvoir.

L'éléphant dans la pièce : Délan Pevski

Sanctionné par les États-Unis et la Grande-Bretagne pour corruption. Non élu. Mais omniprésent. Délan Pevski est "l'éléphant dans la pièce" de la politique bulgare, selon Anna Krasteva.

Son mode opératoire ? "Les fonds de l'État pour les municipalités sont distribués de manière asymétrique. Ceux qui votent pour lui reçoivent plus." Un mécanisme de capture d'État pur et simple.

L'exemple de l'autoroute est éloquent. Commencée à la fin de l'ère soviétique, elle n'est toujours pas terminée. Des milliards engloutis. Des détournements massifs. Une impunité totale.

La démocratie bulgare résiste-t-elle ?

84e. C'est le rang de la Bulgarie dans l'indice de perception de la corruption de Transparency International. Pire que la Roumanie. Pire que la Hongrie.

"La Bulgarie est passée par tous les stades : corruption individuelle, systémique, puis capture d'État", explique Krasteva. Les institutions sont infiltrées. Les fonds publics détournés. Les contre-pouvoirs affaiblis.

Et pourtant. La société civile se bat. Les manifestations de 2021 l'ont prouvé. "Il y a une nouvelle génération contestataire déterminée à rendre les élites responsables", observe la politologue.

Malgré tout, l'espoir persiste. "La majorité des Bulgares sont pro-européens", rappelle Krasteva. L'adhésion à Schengen et à la zone euro en témoignent. Radev pourra-t-il détourner le pays de cette voie ? Rien n'est moins sûr.

Une certitude : avec ces 8e élections, la Bulgarie joue son avenir. Entre démocratie et oligarchie. Entre Europe et Russie. Entre transparence et corruption systémique. Le compte à rebours est lancé.

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